C'est une condamnation qui ne faisait guère de doute, dans la mesure où Patrick et Isabelle Balkany avaient reconnu, au moins partiellement, une fraude fiscale. La cour d'appel de Paris a condamné le couple Balkany à trois ans de prison ferme et à une inéligibilité immédiate ce mercredi.
Dans le détail, Patrick Balkany a été condamné à quatre ans prison dont un avec sursis, sans mandat de dépôt, et Isabelle Balkany à trois ans de prison ferme sans mandat de dépôt. Une peine complémentaire de dix ans d'inéligibilité avec exécution provisoire est également prononcée.
Le maire LR de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et sa première adjointe avaient été condamnés en première instance respectivement à quatre et trois ans de prison ferme, et dix ans d'inéligibilité. Ils avaient immédiatement fait appel.
Les époux Balkany ont annoncé ce mercredi par la voix de l'avocat d'Isabelle Balkany qu'ils renonçaient à se pourvoir en cassation. "Ils ont pris la décision de ne pas se pourvoir en cassation", a déclaré à Me Pierre-Olivier Sur, confirmant une information de BFMTV, se refusant à tout autre commentaire. Si aucun recours n'est effectivement déposé dans le délai légal de cinq jours, cette condamnation des édiles sera donc définitive.Un pourvoi en cassation aurait été suspensif pour la détention mais pas pour l'inéligibilité.
LIRE AUSSI >> Privilège ou application du droit : quatre questions sur la remise en liberté de Balkany
Incarcéré dans la foulée du jugement le 13 septembre 2019, Patrick Balkany, 71 ans, ancienne figure flamboyante de la droite française, a passé cinq mois entre la maison d'arrêt parisienne de la Santé et l'hôpital. Visage émacié mais toujours souriant, il a été libéré sous contrôle judiciaire le 12 février, au vu d'une alarmante expertise médicale : une grave pathologie digestive "difficilement compatible avec la détention".
Un homme avec "un genou à terre"
Sa sortie de prison a donné lieu à un dernier grand show télévisuel, commenté en direct par Isabelle Balkany, 72 ans, "partie comme une folle de la mairie" pour venir chercher l'homme qu'elle "aime depuis 44 ans". À quelques jours des élections municipales, le maire de Levallois-Perret, commune ravie il y a plus de 30 ans aux communistes, est un futur retraité, un homme "un genou à terre", selon l'expression de son avocat.
À l'audience en décembre, pour une "fraude fiscale assumée qui confine à l'arrogance", le parquet général avait requis quatre ans de prison ferme contre Patrick Balkany, avec incarcération immédiate, et quatre ans, dont deux avec sursis, contre son épouse Isabelle.
L'accusation avait aussi demandé dix ans d'inéligibilité contre les prévenus et "l'exécution provisoire" de cette peine complémentaire. C'est face à cette menace d'inéligibilité que le couple Balkany a choisi de se retirer de la course aux municipales.
Une "fraude érigée en système"
Pour l'avocate générale Muriel Fusina, il ne s'agissait "pas de faire un exemple" mais de "rétablir l'équilibre social" face à des élus qui "se sont mécaniquement enrichis en utilisant l'impôt qui devait abonder les ressources publiques".
Fisc et accusation reprochent aux époux de n'avoir pas payé d'impôt sur la fortune (ISF) entre 2010 et 2015, malgré des actifs estimés à 16 millions d'euros annuels, mais également d'avoir payé un impôt sur le revenu amplement sous-évalué entre 2009 et 2014. Au total, les sommes éludées sont estimées à quatre millions d'euros, un montant vigoureusement contesté par la défense.
Isabelle Balkany, seule à la barre, son époux étant hospitalisé, avait sidéré la salle par son aplomb et ses interventions intempestives, plaidant des "erreurs de bonne foi", invoquant des héritages familiaux ou raillant l'ISF, "ce merveilleux impôt tellement formidable qu'il a été supprimé".
LIRE AUSSI >> Procès pour fraude fiscale : la saga Balkany, saison II
Pour les représentants du ministère public, rien n'est venu justifier l'origine de l'argent dépensé, bien au-delà des revenus déclarés. "Aucune trace" notamment de la vente de lingots d'or que Patrick Balkany aurait hérités de son père. L'accusation a fustigé une "fraude érigée en système", décrivant l'utilisation d'une cascade de sociétés offshore, de Suisse au Panama, destinées à occulter un patrimoine riche de luxueuses villas aux Antilles et au Maroc.
Les Balkany devront par ailleurs encore attendre le 22 avril la décision de la cour d'appel dans le volet blanchiment de leur dossier : le parquet général a notamment requis quatre ans ferme contre lui et deux ans ferme contre elle, pour avoir dissimulé 13 millions d'euros d'avoirs au fisc entre 2007 et 2014.
