La liste des activités nombreuses et variées d'Alexandre Benalla s'allonge au fil des rebondissements de cette hallucinante saga. Selon les informations de L'Express, alors qu'il était officiellement "chargé de mission" auprès du chef de cabinet du président de la République, le jeune homme n'aurait pas hésité à intervenir afin de favoriser l'obtention d'un titre de séjour. Pas à n'importe qui : à l'oligarque russe Iskander Makhmudov, un proche de Vladimir Poutine, impliqué dans les transports, l'énergie et les mines, partenaire de Bouygues et Alstom en Russie. Un milliardaire qui, avec son associé Andrey Bokarev, possède le groupe Kalachnikov. Une personnalité en tout cas sulfureuse.

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Doté d'une fortune incommensurable - plus de 6 milliards de dollars -, Iskander Makhmudov, qui dispose de biens immobiliers en France comme à Monaco, ne se déplace plus en Europe et demeure prudemment en Russie : son nom est cité dans plusieurs enquêtes criminelles pour ses liens avec un groupe mafieux, notamment en Espagne.

Mais son représentant en France, l'homme d'affaires Jean-Louis Haguenauer, aurait, nous confie un proche, sollicité Alexandre Benalla afin qu'il intervienne au niveau des autorités monégasques. Objectif, aider le sulfureux milliardaire à obtenir un titre de séjour sur le Rocher. Haguenauer serait ainsi entré en contact avec le "garde du corps" d'Emmanuel Macron. Intervention de Benalla ou pas, Iskander Makhmudov dispose désormais d'un titre de séjour monégasque. Contacté par téléphone ainsi que par SMS, son représentant n'a pas donné suite aux messages qui lui ont été laissés. De même pour Alexandre Benalla et son avocate Jacqueline Laffont, qui n'ont pas répondu à nos questions.

Les contradictions de l'ancien chargé de mission

L'oligarque n'est pas un inconnu dans l'environnement de l'affaire Benalla, loin de là. Son nom est apparu à l'occasion d'un curieux virement de 300 000 euros, révélé par Mediapart en décembre 2018. Une société appartenant à Vincent Crase, un réserviste de l'Elysée, l'acolyte de Benalla pendant les manifestations du 1er mai, avait reçu cette somme émanant d'un compte monégasque du Russe, fin juin dernier. Une partie de l'argent avait ensuite transité vers la société de sécurité privée, Velours, proche d'Alexandre Benalla.

Le paiement était intervenu en paiement d'un contrat, renouvelable chaque trimestre, portant sur "la protection des biens immobiliers en France de l'homme d'affaires, et de sa famille à Monaco". La suite est connue. Les enregistrements diffusés par Mediapart risquent de mettre l'ancien chargé de mission devant ses contradictions : devant la commission d'enquête sénatoriale le 21 janvier dernier selon lesquelles il n'avait "jamais (...) contribué" à la "négociation" ou à la "conclusion" du fameux contrat. Les extraits diffusés par le site d'information laissent comprendre le contraire.

Ce contrat de protection est-il la contrepartie de l'éventuel coup de pouce donné par Alexandre Benalla en faveur du milliardaire russe ? La question se pose avec d'autant plus d'acuité que le parquet national financier (PNF) vient d'ouvrir à propos de ce contrat une enquête préliminaire, probablement pour corruption (le PNF ne souhaite pas apporter de commentaire à ce stade). En tout cas, le représentant de l'oligarque en France, Jean-Louis Haguenauer, avait déclaré à Mediapart que Vincent Crase "avait été désigné par Alexandre Benalla pour mettre en oeuvre le contrat". Autre question : un collaborateur aussi proche du chef de l'Etat, habilité secret défense, pouvait-il entretenir des relations d'affaires avec une personnalité aussi controversée qu'Iskander Makhmudov ?