190 saisines pour la seule année 2021. L'ampleur des alertes concernant des églises évangéliques ou charismatiques reste à un niveau élevé, selon les dernières données de la Miviludes dévoilées en exclusivité par L'Express. Déjà, dans son dernier rapport annuel, qui portait sur la période 2018- 2020, l'organisme chargé de veiller aux dérives sectaires au ministère de l'Intérieur, relevait que 383 églises se revendiquant de cette mouvance avaient été signalées au cours des dix dernières années, que 200 signalements avaient été enregistrés en 2020 et quatre affaires transmises à la justice. Des suites judiciaires qui, visiblement, ne découragent pas ceux qui sont tentés d'abuser de la crédulité de leurs fidèles.
La très grande majorité des églises évangéliques n'est évidemment pas en cause, mais "des dérives sectaires peuvent apparaître dans des communautés dissidentes et se réclamant du courant évangélique", note la Miviludes. A l'oeuvre, des pasteurs isolés et autoproclamés, mais aussi des structures plus organisées. Parmi les "églises" particulièrement surveillées par les autorités, figure l'Eglise Universelle du Royaume de Dieu (EURD) d'origine brésilienne, implantée en France depuis les années 1970. En expansion dans l'Hexagone, elle fait l'objet de signalements pour le prosélytisme virulent de certains de ses adeptes, les sacrifices financiers importants demandés à ses fidèles, mais aussi pour ses propos diabolisant l'avortement ou l'homosexualité et sa pratique de "thérapies de conversion". "Parmi les autres mouvements qui ont fait l'objet de saisines, on retrouve l'église Charisma, l'Alliance des Nations pour Jésus-Christ (ANJC), Christ Embassy, Christian Fondacci Ministère ou encore David Storm (NDLR : décédé début décembre 2021)", ajoute la Miviludes.
Deux risques sont identifiés de manière récurrente par les autorités, lorsque les pasteurs abusent de leur charisme et de leur prosélytisme. Le premier concerne la dimension financière. Vente d'objets de culte, de livres, d'enregistrements audiovisuels, dîmes, dons, "impôt-maison", offrandes de toute nature pour des motifs aussi divers que la purification des pêchés, la lutte contre l'infertilité ou la guérison d'une maladie sont autant de manières de mettre les fidèles à contribution. Or, lorsqu'il y a abus, ces sommes ne servent pas à financer les actions de l'église mais le train de vie du pasteur ou du leader de la communauté.
La seconde inquiétude porte sur les "guérisons", un sujet particulièrement sensible ces derniers mois. Dans le contexte de la crise sanitaire, les offres de protection divine et la théologie de la guérison attirent plus qu'avant et alimentent les dérives. Une frange de la population en rupture familiale ou en situation d'isolement se révèle particulièrement vulnérable à ces discours. La Miviludes est notamment en alerte sur les "soirées de guérison", organisées par certaines communautés. Parfois retransmises en live sur les réseaux, elles promettent des guérisons miraculeuses par la foi et la prière dans un discours opposé à celui de la médecine conventionnelle. Les églises néocharismatiques, notamment, mettent l'accent sur les dons particuliers de l'Esprit Saint dont ferait partie le don de guérison.
Autre phénomène surveillé de près, les offres thérapeutiques basées sur le jeûne et la prière en accompagnement de pathologies psychiatriques (bipolarité, dépression, etc.), de cancérologie, ou encore d'addictions, proposées par certaines églises dites évangéliques comme Osez Jésus ou encore l'église du Mont Sion. D'autres courants défendent l'idée qu'il ne faut pas agir contre les lois de la nature. Et préconisent de laisser le corps réagir, se défendre par lui-même contre les attaques extérieures, telles que les infections comme le Covid. Dans tous les cas, les conséquences peuvent se révéler dramatiques, alerte la Miviludes : "Certains croyants vont jusqu'à délaisser la médecine conventionnelle y compris pour des affections graves. En suivant la doctrine selon laquelle "la foi guérit tout", ils se détournent du parcours de soins qui leur est prescrit, ce qui entraîne une perte de chance."
