"Système inégalitaire", "usine à gaz", "manque de transparence"... A quelques mois du lancement de la réforme du bac - qu'expérimenteront les élèves de 1re à partir de la rentrée prochaine - les opposants rivalisent de critiques à l'égard du contrôle continu. Celui-ci comptera à 40 % dans la note globale des futurs bacheliers (les 60 % restants seront composés des résultats obtenus aux épreuves dites finales). Mais de quoi parle-t-on exactement ? Quelles seront les modalités de cette nouvelle forme d'évaluation ? Pourquoi est-elle mise en place ? Quels effets pervers peut-elle engendrer ? Beaucoup d'élèves, ainsi que leurs parents, se disent perdus face à des explications souvent obscures.
"Le terme même de contrôle continu, formule employée dans les textes officiels, prête à confusion", reconnaît Jean-Rémi Girard, président du Snalc, syndicat très hostile à la mise en place du nouveau bac. Car, sur les fameux 40 % de contrôle continu, les bulletins scolaires de première et de terminale ne compteront qu'à hauteur de 10 %. Les 30 % restants seront basés sur ce que le ministère appelle les "épreuves communes" : soit deux examens organisés en première, et un en terminale. Des sortes de bacs blancs dont les notes compteraient vraiment.
A chaque établissement d'organiser les "épreuves communes"
"En étalant ainsi les différentes échéances, l'Education nationale souhaitait éviter le bachotage de dernière minute et faire travailler les élèves davantage dans la continuité", explique Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du SNPDEN, syndicat des personnels de direction, qui salue cette démarche. Autre avantage de la mise en place de ces examens perlés : une meilleure articulation entre le lycée et l'enseignement supérieur. "Certains résultats du bac pourront être enregistrés plus tôt dans Parcoursup ce qui permettra aux universités, aux écoles, aux prépas, d'en tenir compte dans leurs choix d'admission ou de refus des candidats", poursuit Bruno Bobkiewicz. Jusqu'ici, la plupart des affectations se décidaient en amont de la publication des résultats du bac, d'où sa perte de valeur.
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Reste à savoir comment se dérouleront ces fameuses "épreuves communes"... Pour cela, il faudra s'en remettre à chaque établissement. A eux de les organiser comme ils l'entendent. "D'un lycée à l'autre, les conditions seront extrêmement variées. Le fait de passer d'un système national à un système local induira forcément de fortes inégalités", attaque Claire Guéville, secrétaire nationale du Snes, syndicat majoritaire dans le secondaire. Charge également aux équipes pédagogiques de fixer les dates d'examen, dans un calendrier contraint. Mais aussi de choisir, elles-mêmes, les sujets regroupés dans une "banque nationale numérique". "Les enseignants ne seront-ils pas tentés de privilégier un thème sur lequel ils se seront particulièrement attardés ? D'orienter leurs cours afin de donner un coup de pouce à des classes qu'ils suivent au quotidien ?", interroge Claire Guéville. "Le principe de toute évaluation a toujours reposé sur le professionnalisme des enseignants et la confiance qui leur est accordée", rétorque Bruno Bobkiewicz.
Des directives floues
Les textes officiels prennent soin de rappeler que les copies seront anonymes et corrigées par d'autres professeurs que ceux des élèves. Si le nombre de correcteurs est insuffisant, il laissera la possibilité aux lycées d'échanger leurs copies avec les établissements à proximité. "Là encore, les directives sont floues et posent énormément de questions d'organisation, soupire Jean-Rémi Girard du Snalc. "Rien ne garantit que nous ne nous retrouverons pas à devoir noter l'un de nos élèves. Si, par hasard, celui-ci le découvrait en reconnaissant, par exemple, notre écriture, cela pourrait être source de tensions", poursuit-il. Au diapason avec Claire Guéville, du Snes, qui craint que les "pressions des élèves, des parents, des chefs d'établissement ne poussent les enseignants à relever leurs notes".
Pour garantir une véritable impartialité, l'une des solutions, évoquée par ministère, serait de numériser les copies. Une fois scannées, celles-ci pourraient être dispatchées sur tout le territoire ou, du moins, dans un périmètre assez large. De quoi garantir une meilleure impartialité. L'efficacité de ce système, expérimenté cette année lors des épreuves anticipées de français dans certaines académies, est actuellement à l'étude. Mais le temps presse...
Si le compte à rebours avant les premières épreuves de contrôle continu est lancé, beaucoup de questions restent en suspens. Dire que la volonté du candidat Macron était de simplifier l'organisation du bac ! Depuis plusieurs années, de nombreuses voix s'élevaient contre son coût, la réquisition des locaux, la mobilisation des professeurs, bref la lourdeur de ce rite de passage. "Mais, face à certaines levées de boucliers, le gouvernement a dû revenir sur sa volonté de départ qui était de s'appuyer sur un contrôle continu uniquement basé sur les bulletins et les notes de l'année", rappelle l'historien de l'éducation Claude Lelièvre. "Il a dû trouver un compromis qui, finalement, ne satisfait personne complètement", poursuit le spécialiste. La rentrée scolaire promet d'être mouvementée. Voilà au moins une certitude.
