Comme un air de déjà-vu. Ce début d'année scolaire, dont le coup d'envoi est donné ce jeudi 2 septembre, est une fois encore marqué par la crise sanitaire. L'école se heurte à une nouvelle difficulté par rapport à l'année dernière : un variant Delta particulièrement contagieux. Le fait que les enfants de moins de 12 ans n'aient pas accès au vaccin, contrairement au reste de la population, aggrave le risque de propagation. Lors de sa conférence de presse de rentrée, le 26 août dernier, Jean-Michel Blanquer a déroulé la stratégie du ministère de l'Education nationale visant à lutter contre la circulation du virus... tout en mentionnant aborder ces prochaines semaines "avec sérénité". "Je crois qu'après un an et demi, nous avons une crédibilité sur cette question, a-t-il avancé. Je suis parfois un peu étonné de voir les mêmes arguments ressurgir à chaque fois et, parfois, avec de la création d'inquiétude qui n'est pas adaptée". Allusion aux syndicats d'enseignants qui, quelques jours avant la reprise des cours , pointaient une nouvelle fois les "failles" du protocole sanitaire et l'absence de réponses à leurs nombreuses interrogations. Que doivent en penser les parents ? Quelles sont les avancées par rapport à l'année dernière ? Mais aussi les difficultés, nouvelles ou persistantes, qui attendent les enseignants et leurs élèves cet automne ? L'Express fait le point.

Protocole sanitaire : aller au-delà des gestes barrières

Le niveau deux (sur une échelle de quatre) du cadre sanitaire sera appliqué dans les écoles, les collèges et les lycées. Concrètement, cela implique le maintien des gestes barrières désormais bien connus : lavage régulier de mains, respect des distances et limitation du brassage des élèves dans la mesure du possible, port du masque en intérieur... Désormais, les élèves pourront s'en passer lors des récréations, sauf dans les villes où son usage en extérieur est à nouveau obligatoire. Une respiration bienvenue, notamment pour les plus jeunes. Mais Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU, estime que "cette question est problématique". "Ce n'est pas comme quand on se promène dans la rue. A la récréation, les élèves jouent entre eux de façon très rapprochée. Et on sait que, même en extérieur, le variant Delta a un fort pouvoir contaminant", alerte la responsable du syndicat majoritaire chez les enseignants du primaire.

Comme bon nombre de ses collègues, la jeune femme insiste sur l'importance d'aller au-delà des gestes barrières et de miser sur d'autres outils comme l'installation de capteurs de CO2 visant à vérifier la qualité de l'air dans une salle de classe ou un réfectoire de cantine. Jean-Michel Blanquer, tout en rappelant que cette compétence est celle des collectivités locales, a précisé qu'il encourageait "la généralisation de leur acquisition et de leur usage dans l'ensemble du système scolaire". Une aide financière devrait être accordée aux acteurs territoriaux... reste à savoir quel en sera le montant car, pour l'instant, ce point n'a pas été précisé. "Heureusement, certaines collectivités n'ont pas attendu pour équiper leurs établissements scolaires de capteurs de CO2. L'académie de Nantes, ou celle d'Orléans-Tours, vont ainsi pouvoir en être doté", souligne Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du secondaire.

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Enfin, la stratégie "tester, alerter, protéger" - qui a montré ses limites l'année dernière - reste en vigueur. Des autotests seront distribués dans le premier et le second degré. Le ministère promet également d'encourager le recours massif aux tests salivaires pour les élèves du primaire qui n'ont pas accès à la vaccination. Objectif annoncé ? Au moins 600 000 tests par semaine. "Mais le gros problème auquel nous nous heurtons, sur le terrain, est le taux d'acceptation très faible des parents", prévient Guislaine David. L'année dernière, seuls 60 % d'entre eux avaient donné leur accord. "Il faudrait mettre en place des campagnes de communication pour mieux en expliquer l'enjeu aux familles. Tant qu'on ne le fera pas, des enfants passeront entre les mailles du filet", insiste-t-elle.

La vaccination des 12-17 ans est la grande nouveauté de cette année. Le gouvernement mise évidemment sur cette opportunité pour limiter la circulation du virus. En cette rentrée, 57 % des adolescents concernés ont déjà reçu une première dose et 32 % d'entre eux affichent un parcours vaccinal complet. Le chiffre devrait grimper d'ici les vacances de la Toussaint grâce aux centres de vaccination éphémères qui seront installés dans les établissements scolaires ou à des structures installées à proximité. Les familles seront informées dès la rentrée du dispositif mis en place dans le collège ou le lycée de leur enfant. Rappelons qu'en dessous de 16 ans, un élève doit nécessairement détenir une l'autorisation parentale pour bénéficier du vaccin. "Or l'expérience des autotests nous a montré qu'il y avait très peu d'adhésion de la part des élèves et des familles, insiste Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. Notamment parce que les familles tiennent à être présentes aux côtés de leurs enfants pour les gestes médicaux." Et le responsable syndical de rappeler que la vaccination à l'intérieur de l'établissement n'est pas l'unique option. Il est toujours possible de passer par la voie externe "classique".

La cantine, "angle mort" du dispositif sanitaire

Autre changement par rapport à l'année dernière : au collège et au lycée, les élèves déclarés comme "cas contacts" d'un camarade contaminé par le Covid-19 pourront continuer à se rendre en cours s'ils sont vaccinés. Les autres devront rester chez eux et suivre les cours à distance durant les sept jours requis. "Mais tout sera fait sur la base d'une déclaration sur l'honneur des parents d'élèves", précise Sophie Vénétitay. La Rue de Grenelle assure que la Caisse primaire d'assurance maladie pourra effectuer des contrôles. "Qui, au sein des établissements - principaux et proviseurs, enseignants, conseillers principaux d'éducation assistants d'éducation -, aura connaissance du statut vaccinal des élèves ? La question mérite d'être posée car il s'agit tout de même d'une information sensible", interroge encore le Snes-FSU. Le ministère répond que "la CPAM transmettra les éléments de manière sécurisée à la seule attention des personnels de santé".

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En ce qui concerne la vaccination des enseignants, Jean-Michel Blanquer s'est félicité du taux d'adhésion enregistré. D'après un sondage Ipsos, 78 % d'entre eux ont terminé leur parcours vaccinal et 11 % s'apprêtent à recevoir leur 2ème injection. "Nous en aurons davantage après cette rentrée puisque c'est aussi à eux que s'ouvre la vaccination (au sein ou à proximité des établissements, ndlr.)", a-t-il avancé. Guislaine David reconnaît que les enseignants et les personnels affichent une "sérénité plus importante" quant au risque de contamination des adultes qui sera, forcément, moindre.

"Trous dans la raquette"

Comme l'an passé, la cantine représente l' "angle mort" du dispositif sanitaire. Pour limiter les brassages d'élèves, les plages horaires ont déjà été élargies au maximum. Difficile, souvent, d'aller au-delà. "Dans certains établissements, ça voudrait dire commencer le déjeuner à 10h et le finir à 16h", explique Sophie Vénétitay. L'aération régulière est également appliquée quand cela est possible. Mais toutes ces mesures risquent de se révéler insuffisantes pour contrer l'offensive du variant Delta. Du côté des syndicats, plusieurs propositions sont avancées. Ainsi le SE-Unsa insiste sur l'importance de faire déjeuner les élèves toujours à la même place, de façon à faciliter le contact-tracing en cas de contamination. "Pour limiter les brassages, pourquoi ne pas utiliser une deuxième salle dans l'établissement, ou à proximité en lien avec les collectivités locales ?", demande, à son tour, le SE-Unsa. Une piste régulièrement avancée mais peu suivie car jugée trop coûteuse puisqu'elle nécessiterait des recrutements supplémentaires d'assistants d'éducation et d'agents territoriaux.

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Enfin, si le passe sanitaire ne s'applique pas à l'école, il n'en va pas de même pour les activités organisées à l'extérieur. Jean-Michel Blanquer a tenté de rassurer les familles en précisant que les élèves non vaccinés pourront participer à certaines sorties (à la piscine ou à la bibliothèque par exemple) à condition que celles-ci se déroulent sur des créneaux réservés aux scolaires. Sans rentrer plus dans les détails. "Or, dans le cadre des enseignements de spécialités artistiques, et notamment de théâtre, les enseignants se penchent sur le programme de sorties culturelles dès ce début d'année. Il nous faudrait une réponse claire", insiste Sophie Vénétitay. En ce qui concerne le stage de 3ème, s'il "s'effectue dans une structure dont les professionnels sont tenus de détenir le passe sanitaire ou sont soumis à l'obligation vaccinale, les élèves doivent respecter ces obligations". Même règle pour les stages en entreprise que sont tenus de réaliser les lycéens des filières professionnelles.

Toutes ces mesures sont évidemment susceptibles d'être modifiées en fonction de l'évolution de l'épidémie. "Il y aura forcément des gens pour dire "ce n'est pas agréable". C'est vrai, nous aimerions tous que le virus ne soit pas là, mais nous nous mettons en situation de la gérer au plus près en tirant profit de l'expérience accumulée depuis 18 mois", a assuré Jean-Michel Blanquer au cours de sa conférence de presse de rentrée. Rentrée qu'il souhaite "la plus normale possible". "Depuis mars 2020, les personnels ont dû faire face à une trentaine de modifications du protocole", soupire, de son côté, Guislaine David. Enseignants et élèves vont devoir s'adapter. Cette année encore.