Au coeur de l'été, l'annonce a ébranlé certains parents jusqu'ici réticents à faire vacciner leurs enfants. Mercredi, Jean-Michel Blanquer a déroulé sur France Info les modalités de la prochaine rentrée scolaire. "Il y a désormais un protocole sanitaire avec quatre scénarios et donc des enjeux différents selon les quatre scénarios", a indiqué le ministre de l'Education nationale. Mais une précision a particulièrement retenu l'attention des familles : la règle qui consiste à fermer une classe à partir d'un cas de contamination continuera à s'appliquer dans l'enseignement primaire, et dans les classes de sixième, pour la plupart âgés de moins de 12 ans et donc non éligibles à la vaccination, a finalement indiqué le ministère de l'Education nationale, jeudi à BFMTV. En revanche, pour les autres classes du secondaire, à partir d'un cas de Covid-19 déclaré, "ce sont les élèves non vaccinés qui seront évincés, mais pas les élèves vaccinés". "C'est évidemment une forte incitation à être vacciné", a reconnu le ministre fidèle à sa "boussole" qui consiste à tout mettre en oeuvre pour garder les établissements scolaires ouverts.
Cette mesure choc a suscité des réactions très diverses. "Pour nous, elle va dans le bon sens", estime Hubert Salaün, porte-parole de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (Peep). "Une nouvelle catégorie d'élèves vaccinés apparaît. Ces derniers auront la possibilité d'aller au cinéma, au théâtre, à la piscine ou au bowling. On ne peut pas les empêcher de se rendre à l'école. Il aurait été incompréhensible de les renvoyer chez eux au même titre que leurs camarades non vaccinés !", estime ce représentant de parents d'élèves, tout en reconnaissant que les jeunes assignés à résidence risquent de se heurter aux limites de la continuité pédagogique. "Certes, ils bénéficieront de l'enseignement à distance mais on sait bien que la qualité n'est pas la même que celle des cours assurés en présentiel, ce qui risque d'accentuer les écarts entre élèves", poursuit Hubert Salaün, pour qui la meilleure solution reste la vaccination du plus grand nombre.
La Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) s'inquiète d'une "école à deux vitesses" qui risque d'exister. "Comment les enseignants vont-ils pouvoir assumer les cours à la fois en présentiel et en distanciel alors que nous manquons de professeurs ? Voilà plus d'un an que nous réclamons en vain des moyens supplémentaires pour faire face à la situation exceptionnelle que nous vivons", s'insurge la co-présidente Carla Dugault pour qui cette "marche forcée" vers la vaccination se révèle très "anxiogène" et "stressante" pour certaines familles. "Il y a un manque terrible d'informations et d'échanges sur le sujet", déplore-t-elle, soulignant que les premiers élèves touchés par cette crise du Covid-19 sont ceux qui habitent dans les quartiers les plus défavorisés. Et la représentante de pointer elle aussi du doigt le risque d'aggravation des inégalités scolaires. "L'école de la République c'est l'égalité et la réussite de tous les élèves. Marianne est censée aimer tous ses enfants. Or, aujourd'hui, on en est là et ça me met très en colère !"
Autre crainte avancée : le risque de stigmatisation des jeunes non vaccinés. "Ce distinguo entre élèves vaccinés et non vaccinés risque d'influer sur l'ambiance de classe et l'apprentissage du vivre ensemble", estime Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, syndicat majoritaire des enseignants du secondaire. "Aujourd'hui, on voit poindre des tensions dans le monde du travail entre les salariés titulaires du passe sanitaire et les autres. Il est fort possible que l'on se heurte aux mêmes difficultés relationnelles dans les établissements scolaires", renchérit Hubert Salaün, de la Peep. "Il ne s'agit pas d'ostraciser les non-vaccinés. Il s'agit de mettre chacun face à ses responsabilités. Le vaccin est l'ennemi du virus et c'est le virus qui est l'ennemi de nos libertés", répondait Jean-Michel Blanquer le 28 juillet.
Enfin, les syndicats d'enseignants et de parents s'interrogent sur le caractère opérationnel de la mesure annoncée par le ministre de l'Education nationale. Qui va contrôler le statut vaccinal des adolescents ? Ceux-ci seront-ils considérés comme vaccinés à partir de la première ou de la deuxième dose ?... Autant de questions pour l'instant laissées sans réponses claires. "On a l'impression que les annonces d'hier [mercredi] étaient surtout destinées à mettre un bon coup de pression sur les familles pour qu'elles accélèrent la vaccination de leurs enfants. Au risque de les braquer et d'engendrer des effets contre-productifs", déplore Sophie Vénétitay. Le ministre de l'Education nationale a toutefois apporté des précisions sur le dispositif de vaccination prévu : 6000 à 7000 centres seront installés "dans" ou "à proximité" des établissements scolaires.
Suffisant pour garantir l'accès à la vaccination de tous ceux qui le souhaitent ? Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-UNSA, syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale, se dit plutôt confiant. "Voilà plusieurs semaines déjà que l'on incite les parents à faire vacciner leurs enfants. Ceux qui le souhaitent ont ou auront la possibilité de le faire", assure-t-il. "Le fait de dispenser les élèves vaccinés d'isolement s'ils sont considérés comme cas contacts, mais d'éloigner ceux qui ne sont pas vaccinés pendant les sept jours requis, me semble également être la moins mauvaise des mesures", poursuit le chef d'établissement. Une déclaration qui fait écho à celle de Jean-Michel Blanquer pour qui il s'agit aujourd'hui de raisonner en termes de "moindre mal". Cette année encore, la rentrée s'annonce difficile... Bon nombre de parents et d'enseignants se seraient bien passés de cette petite piqûre de rappel en plein chassé-croisé des vacances.
