Le gouvernement a décidé de se saisir d'un sujet qui prend de plus en plus de place dans le débat public. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili a créé la surprise en annonçant mardi que les animaux sauvages vont disparaître dans les années à venir des cirques ambulants et les orques et dauphins sortir des delphinariums. La ministre dit avoir ainsi voulu "ouvrir une nouvelle ère dans notre rapport à ces animaux". "Il est temps que notre fascination ancestrale pour ces êtres sauvages ne se traduise plus par des situations où l'on favorise leur captivité par rapport à leur bien-être" a-t-elle expliqué.
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Si le gouvernement a choisi de communiquer cette semaine sur le sujet des animaux de cirque, ce n'est pas totalement par hasard. En effet, à partir de jeudi en commission, puis du 8 octobre en séance publique, doit être examinée à l'Assemblée nationale une Proposition de loi portée par Cédric Villani et le groupe Écologie, démocratie et solidarité (EDS). Or, dans ce texte intitulé "conditions de vie des animaux" figure notamment une mesure prévoyant l'interdiction "des spectacles d'animaux vivants d'espèces non domestiques dans un délai de 5 ans à compter de la promulgation de la loi". Une formulation très proche de celle retenue par Barbara Pompili. Après ces annonces, le député mathématicien a d'ailleurs pointé : en "trois ans le gouvernement a tergiversé" sur le sujet, et s'est félicité : "Nous avons été plutôt efficaces en termes d'aiguillon".
"C'était une journée historique", se réjouit Alexandra Morette, la présidente de l'association animaliste Code animal. "C'est la première fois que la France statue sur ce sujet et elle rattrape enfin son retard sur les animaux de cirques par rapport aux législations de nos voisins européens", se félicite cette association qui a notamment travaillé avec le groupe EDS et qui doit rencontrer Barbara Pompili vendredi.
Les députés LREM suivent
Pour l'exécutif, la pression est d'autant plus forte qu'en parallèle, la campagne pour l'organisation d'un référendum d'initiative partagée (RIP) sur le bien-être animal, lancée depuis le début du mois de juillet, rencontre un certain succès. Un peu plus de 140 parlementaires ont apporté leur soutien à ce RIP et près de 800 000 citoyens ont fait connaître leur intérêt pour ce débat. Or, parmi les six propositions figurent l'interdiction de l'élevage à fourrure ainsi que celle des spectacles avec animaux sauvages.
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En présentant dès ce mardi 29 septembre des mesures consensuelles, le gouvernement espère couper l'herbe sous le pied de ces initiatives qui risquent de voir la majorité présidentielle se déchirer entre les défenseurs du bien-être animal, les indifférents et les partisans de la chasse et de l'élevage. Le groupe LREM est, en effet profondément divisé sur le sujet.
Mais mardi soir, la présidente déléguée du groupe de la majorité à l'Assemblée, Aurore Bergé a annoncé que députés LREM allaient, en partie, soutenir dès jeudi en commission les propositions de loi du groupe EDS, tout en émettant une réserve sur ses dispositions sur la chasse. "On n'a aucune raison de nous opposer par principe à ce texte. Il y a ce véhicule législatif. Il faut le saisir et ne pas être sectaire", fait ainsi valoir Aurore Bergé, qui "travaille" sur le sujet "depuis trois ans".
Le cirque plutôt que la chasse
En choisissant de se concentrer sur un nombre réduit de domaines, l'exécutif prend également moins de risques de susciter une bronca. En effet, il ne reste plus que quatre élevages de visons en France, trois delphinariums et les animaux sauvages dans les cirques sont quelques centaines. Rien de comparable en termes de pressions politiques avec la force de frappe des chasseurs ou des éleveurs qui savent se mobiliser lorsqu'ils estiment leurs activités en danger.
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A ce titre, les députés LREM ont également annoncé qu'ils ne voteront pas les mesures proposées par le groupe de Cédric Villani pour interdire certains types de chasses jugées "cruelles", comme la chasse à courre, au leurre, ou la vénerie sous terre. "On a considéré qu'il ne servait à rien de créer un nouvel antagonisme entre la ruralité et les métropoles. C'est un élément de fracture", argumente Aurore Bergé, qui rappelle que la chasse à la glu a été suspendue fin août par l'exécutif.
"On voit l'évolution de l'opinion publique ces dernières années avec le score du parti animaliste, EELV qui s'intéresse à la question animale, et l'intérêt pour les enquêtes de L214" constate Alexandra Morette. "Il y a une lame de fond qui monte dans la population française", s'enthousiasme-t-elle.
Alors que les Français évoluent très nettement en faveur de la défense du bien-être animal, que la présidentielle de 2022 pourrait bien être la première à faire de la condition animale un des thèmes centraux de la campagne, l'exécutif a choisi de prendre les devants. Et de donner des gages.
