L'alerte émane des services centraux du ministère de l'Education nationale. Dans une note envoyée à toutes les académies de France, ils signalent "une mobilisation sur les réseaux sociaux visant à remettre en cause la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux ostensibles à l'école". Le signalement procède du pôle national "Valeurs de l'école de la République" du ministère, chargé d'apporter un soutien opérationnel aux équipes sur le terrain, notamment sur les questions de laïcité. "Le ministère informe régulièrement les académies des tendances relatives aux atteintes à la vie scolaire, qu'il s'agisse des faits de violence, de harcèlement ou des atteintes aux valeurs de la République, en particulier à la laïcité", confirme-t-on rue de Grenelle.

Un courrier interne du rectorat de Dijon, parmi les premiers à réagir, fait état de cette alerte nationale. "Je sais pouvoir compter sur votre vigilance et votre détermination", avance Pierre N'Gahane, recteur de Dijon et ancien préfet, dans ce courrier adressé le 6 septembre dernier à tous les chefs d'établissement et directeurs d'école de son académie.

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La lettre, que L'Express a pu consulter, entre ensuite dans les détails . "Les tentatives d'atteintes aux valeurs de la République peuvent prendre diverses formes", précise-t-elle. Certaines sont aujourd'hui connues : "encouragement à porter des vêtements marquant une appartenance religieuse à l'école", "conflictualisation des relations entre élèves et personnels", ou encore "critiques ou menaces sur les réseaux envers les personnels". Plus étonnant, il est également question d'"appel à la prière dans les établissements" ou d'"invitation au chantage à la photo de jeunes femmes musulmanes dévoilées"....

Une imagination "très fertile"

Une source proche du ministère s'inquiète de ces nouvelles méthodes déployées sur le terrain et encouragées par des appels lancés sur le Web. "L'imagination de ceux qui s'en prennent aux valeurs de la République est hélas très fertile", soupire cette source. "Cette recrudescence de l'activité en ligne fait suite à ce qui avait été observé en fin d'année scolaire 2021-2022", précise encore Pierre N'Gahane dans son courrier. Le 2 juin dernier, le journal L'Opinion dénonçait une "épidémie" de tenues islamiques aux portes des lycées, notamment des abayas ou des kamis, ces tuniques longues portées jusqu'aux chevilles. Se basant, entre autres, sur une alerte des renseignements territoriaux auprès du ministère de l'Intérieur, et sur des remontées de plusieurs rectorats, le quotidien avait relaté différentes tentatives d'atteintes à la laïcité. "Comme sur toute matière, quand il y a des épidémies, il faut qu'il y ait des symptômes, et on mesure", avait alors réagi Emmanuel Macron. "Il ne doit y avoir aucun tabou, aucun interdit et non plus aucun fantasme. Donc, moi, je veux de la vérité, de la clarté sur tous les chiffres", avait poursuivi le chef de l'Etat.

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Pour le ministère de l'Education nationale, il s'agirait aujourd'hui avant tout d'un "simple rappel des procédures habituelles fait par cette académie". Le 25 juin dernier, dans une interview accordée au Parisien, Pap Ndiaye s'était livré à un état des lieux, révélant que, de décembre 2021 à mars 2022, l'institution avait dénombré 627 signalements pour des atteintes à la laïcité dans les écoles, collèges et lycées. Des chiffres "globalement stables", avait souligné le nouveau ministre de l'Éducation nationale.

La part des tenues religieuses dans le total des atteintes à la laïcité avait toutefois augmenté puisqu'elles représentaient 22% du total des signalements. "J'ai décidé d'avoir une évaluation mensuelle à partir du mois de septembre plutôt que trimestrielle, pour avoir moins d'attente sur ces chiffres", avait enfin annoncé Pap Ndiaye. Nul doute que ces nouvelles données seront attentivement scrutées.