"Dès le début de notre histoire, Florie n'a pas fait mystère de son penchant pour la domination et son goût pour le sexe sauvage. Elle me demandait régulièrement de l'attacher, de lui dire des mots crus pendant l'amour. Au départ un peu surpris, je me suis vite plié de bonne grâce à ses demandes. J'étais admiratif de sa sexualité affirmée et flatté qu'elle m'ait choisi.

Un soir, nous sommes rentrés assez soûls d'un dîner chez des amis. Dans la cage d'escalier de son immeuble, Florie m'a fait une fellation. Nos ébats se sont poursuivis dans le couloir de son appartement avant qu'elle me pousse dans la salle de bain. Nous avons fait l'amour en levrette, en prenant appui contre le lavabo.

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"Florie était en train de se soulager, sans retenue"

Pour nous remettre de nos émotions, nous avons partagé une douche chaude. J'étais en train de me savonner quand j'ai senti un liquide chaud couler sur mes pieds. Il ne venait clairement pas du pommeau de douche, fixé au-dessus de ma tête. Florie était en train de se soulager, sans retenue. Bien qu'un peu choqué, j'ai préféré ne rien dire.

Je ne voulais pas passer pour une oie blanche, apeuré par quelques millilitres d'urine. Après tout, moi aussi je fais pipi sous la douche. Mais je n'ai jamais compris ces couples qui urinent, voire plus, la porte des toilettes grande ouverte, en se racontant leur journée. Je me suis dit que l'attitude de Florie montrait peut-être qu'elle était plus à l'aise avec son corps que moi.

"Le plaisir d'être entièrement soumis à l'autre"

Cette soirée a en tout cas contribué à faire sauter, chez elle, le barrage de la pudeur. Ses toilettes sont dans la salle de bain. Elle a pris l'habitude de faire pipi à côté de moi, quand je me brossais les dents ou que je prenais ma douche. Dans un souci de parfaite réciprocité, elle entrait sans frapper quand c'était mon tour d'investir les lieux. Autant dire que je n'ai jamais été aussi rapide aux WC. Mon record : 32 secondes pour uriner. Pour le reste, je prétextais des courses de dernière minute et me ruais au café en bas de chez elle.

L'Everest de la gêne a été atteint un soir du mois de mai. Florie a dévoilé son fantasme le plus profond : que je lui pisse dessus. Je suis resté muet pendant une bonne minute. Le blanc total. Je ne voyais vraiment pas quoi dire. Elle a embrayé sur le côté transgressif de l'urophilie, le plaisir d'être "salie", "entièrement soumise à l'autre". Elle imaginait quelque chose de ludique et de joyeux.

Selon elle, l'urine n'était pas sale. Elle était stérile, composée à 95% d'eau et à 5% de déchets organiques. En Inde, on pratique même "l'Amaroli", c'est-à-dire le fait de boire sa propre urine pour rester en bonne santé.

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"L'excitation sexuelle était un lointain mirage"

Florie avait travaillé son sujet mais tous ses arguments n'ont pas réussi à dissoudre 27 ans de culture judéo-chrétienne et de dégoût bien ancré à l'égard des fluides corporels. Avec pragmatisme, j'ai fini par bafouiller que sur le plan pratique, son fantasme me semblait compliqué à réaliser : comment faire avec un parquet ancien ? Nous n'allions quand même pas étaler toutes les serviettes de bain disponibles pour nous adonner à ce petit jeu.

Elle a répliqué que la baignoire ferait très bien l'affaire pour une première fois. À court d'arguments, je me suis retrouvé nu, grelottant dans une baignoire sans eau, Florie allongée entre mes jambes écartées. Mon excitation sexuelle n'était plus qu'un lointain mirage.

Evidemment, je n'avais aucune envie de faire pipi. Rien. Je suis allé boire un grand verre d'eau. Florie a proposé de faire couler l'eau dans le robinet "pour me stimuler". Elle m'a aussi recommandé de fermer les yeux et de penser à une cascade. Je voulais tellement en finir que c'est ce que j'ai fait.

"Je ne voulais pas la quitter pour si peu"

Le liquide a commencé à s'écouler. J'avais l'impression que mon sexe était une sorte de lance à incendie à diriger vers le corps de Florie, qui en voulait "partout". Mais la voir ouvrir la bouche avec un air extatique était au-dessus de mes forces. J'ai dit que j'arrêtais. Nous avons pris une douche ensemble. Je me suis lavé longtemps. "La prochaine fois, on pourra faire l'inverse", a-t-elle proposé. Ce soir-là, nous n'avons pas fait l'amour. À la place, j'ai récuré la baignoire.

Malgré tout, je ne voulais pas la quitter pour si peu. Je commençais à avoir des sentiments pour elle. D'autant plus que cette expérience semblait avoir au moins eu le mérite d'étancher sa curiosité. Plusieurs semaines se sont écoulées, sans qu'elle ne me propose quoi que ce soit.

"Nous ne serions jamais sur la même longueur d'onde"

Quelque temps plus tard, nous sommes partis en week-end dans le sud. Dans les vagues, Florie s'est accrochée à ma taille, les jambes serrées autour de mon torse. L'eau était si fraîche que j'ai parfaitement senti le liquide chaud qui s'écoulait d'elle. "Tu n'es pas en train de me faire pipi dessus ?" lui ai-je demandé. "Je ne fais pas pipi sur toi mais dans la mer. Je ne comprends pas ce qui te dégoûte à ce point. Si tu ne supportes pas mon corps et ce qui vient de lui, on a un vrai problème", m'a-t-elle répondu, avant de sortir de l'eau, furieuse.

J'ai compris à ce moment-là que nous ne serions décidément jamais sur la même longueur d'onde. Je ne voulais même pas penser au fantasme suivant. Nous avons passé le reste du week-end dans une ambiance glaciale.

Florie prenait un malin plaisir à me mettre mal à l'aise. À l'hôtel, elle se changeait dans la salle de bain et allait aux toilettes le verrou tiré. Dans le train du retour, elle m'a dit que j'étais prude, prévisible, que je faisais l'amour sans générosité. Sa remarque m'a blessé, mais effectivement, je préfère garder certaines choses pour moi."