"Au début, le confinement a été une grosse frustration. Je suis hyperactive sexuellement et je passe rarement trois semaines sans partenaire", raconte Marie*, responsable de contenus de 26 ans, qui a choisi le retour chez ses parents pour ne plus bouger pendant l'épidémie de Covid-19. Dans la maison familiale, la jeune femme a retrouvé sa chambre d'adolescente et redoutait cette privation de liberté par-dessus tout. "Puis je me suis rendu compte qu'on avait plus de temps pour l'imagination, plus de temps pour se masturber...", continue-t-elle. Au point d'apprécier ce moment hors du temps pour savourer les instants de liberté sans contraintes horaires et loin du train-train quotidien.
L'annonce du confinement par le gouvernement a, pour beaucoup de personnes restées seules chez elles (en couple ou non), sonné le glas d'une vie sexuelle avec un(e) ou des partenaires. D'après un sondage Ifop pour Charles.co, 44% des Français n'auraient pas eu de rapport sexuel ce dernier mois. Mais qui dit vie solitaire ne dit pas nécessairement abstinence générale et morosité ambiante. Emilie Bachette, sexologue à Paris, le promet : "Cette période laisse du temps pour soi. Il est intéressant d'aller visiter sa sexualité, de faire le bilan, de réfléchir aux expériences satisfaisantes pour comprendre ce qui nous anime." Ce temps libre laissé à l'imaginaire, Marie l'apprécie d'autant plus qu'elle a découvert une nouvelle façon de communiquer avec une partenaire rencontrée pendant le confinement : "On s'envoie des scénarios érotiques par texto. On ne s'est jamais rencontrées mais cette pratique laisse place à l'imagination et au fantasme et nous vivons maintenant une véritable relation."
De la créativité partout
Seul.e dans son appartement ou collocation, l'esprit créatif en matière sexuelle donne de nouvelles expériences concluantes. Caresses, exploration du corps, histoires ou vidéos érotiques... : les possibilités de redécouvrir sa sexualité sont nombreuses et offrent des occasions inédites d'en apprendre plus sur soi. A 27 ans, Justine est en couple libre et confinée loin de son compagnon. D'abord inquiète à l'idée de passer la période seule, elle a profité d'une réunion avec un cercle de femmes sur les sextoys et la masturbation, pour apprécier à nouveau la pratique : "Je me suis vraiment amusée sans me mettre de pression, ça a été l'occasion de réexplorer des choses". Elle-même le reconnaît : "Je ne m'étais jamais fait si bien jouir." Mais Justine est même allée plus loin puisqu'elle s'est lancée dans l'écriture d'histoires érotiques "pour sublimer l'exploration", selon ses mots.
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Si le traditionnel porno ainsi que les nudes (photos dénudées) sont légion, "la période permet aussi d'avoir des relations qui se poursuivent différemment. C'est l'occasion de jouer ensemble, d'avoir une nouvelle façon de se séduire, d'user de créativité", assure la sexologue Emilie Bachette. C'est exactement ce que Dominique a vécu depuis qu'il s'est retrouvé seul chez lui. Adepte du tantrisme - terme définissant au départ des textes, doctrines et rituels fondés sur l'utilisation des énergies positive chez l'humain - il a découvert l'auto-érotisme grâce à cette pratique qui se fait habituellement à deux, au sein de ce qu'on appelle "des structures". "J'ai appris que je n'avais pas forcément besoin de partenaire et que je pouvais avoir un extrême plaisir seul grâce à un travail sur le toucher, les caresses, etc.", se réjouit le professeur de 49 ans. Plus encore, Dominique a également pu apprécier les rapports par téléphone, rien qu'avec la voix d'une partenaire. Il avoue : "Entendre juste le souffle de la personne m'a donné l'impression qu'elle était dans le même lit et a laissé la place à mon imaginaire." Les sens non convoqués comme le goût, la vue ou le toucher peuvent se rêver entre quatre murs et apporter une nouvelle sensibilité dans la pratique sexuelle.
Un travail sur soi
Si le quotidien laisse d'habitude place à une routine parfois rodée, le confinement peut aussi promettre de nouvelles réflexions. Gwen, professeure de 24 ans restée avec une proche de la famille, a trouvé dans cette période un moyen de travailler sur son rapport au corps. "Tout ce temps est mis à profit pour que je puisse respecter ou encore mieux accepter mon corps, afin qu'après le confinement, les relations ne se fasse pas dans le noir ou que j'assume les compliments", promet-elle. Soin du corps, observations dans le miroir et réappropriation de son physique, Gwen a appris à se regarder d'un autre oeil et à se respecter.
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"Aujourd'hui, la sexualité est parfois utilisée comme un produit de consommation, la période de confinement peut nous inviter à vivre pleinement notre sexualité et lui redonner une place sacrée", ajoute Emilie Bachette. Exactement le travail qu'a commencé Simon depuis la mi-mars. Utilisateur chevronné de l'application Grindr, grâce à laquelle il enchaînait deux ou trois "plans cul" par semaine, il a passé en revue ses usages pour y réfléchir posément. "Je me demandais pourquoi je le faisais. Quand t'arrives dessus, c'est rigolo, il y a plein de mecs et tu vois que tu plais, ça renforce la confiance en soi. Mais j'ai aussi eu des frayeurs et je me suis dit que c'était bien de prendre le temps de discuter et de penser plus à du slow sex", dépeint le jeune homme de 24 ans. Depuis, Simon a privilégié Tinder pour des rencontres afin d'apprendre à connaître plus amplement les personnes avec lesquelles il matchait. Il confie : "Je suis plus en confiance avec eux et je pense que nos rapports n'en seront que plus respectueux de nos désirs et fantasmes."
Se retrouver
Reste maintenant à se retrouver, dès que cela sera possible. Sur ce point, certains confiné(e)s seuls craignent un peu le retour à "la vie normale". "J'ai l'impression d'avoir tout oublié et de ne plus savoir comment on fait", s'amuse Simon, qui espère tenir compte des réflexions entreprises pendant ces deux mois de non-rencontres. "Appréhension", "pas comme avant", "peur d'avoir trop fantasmé" reviennent aussi dans la bouche des interrogés. A cela, la sexologue Emilie Bachette répond : "Nous pourrons goûter chaque instant de la rencontre, être dans l'éveil des sens. Après deux mois sans s'être approchés, nous pouvons imaginer de nouvelles façons de se toucher." Les rencontres et les retrouvailles n'en pourront qu'être meilleures.
*L'ensemble des prénoms cités a été modifié
