Déficit de précipitation de 25 % par rapport à l'an dernier, restrictions sur l'usage de l'eau dans les départements, agriculteurs inquiets ... Alors que la France subit les affres d'une nouvelle sécheresse, les experts de la Convention des Nations Unies, réunis à Abidjan (Côte d'Ivoire) dans le cadre de la COP 15 contre la désertification, nous alertent sur la fréquence et les conséquences de ce genre de phénomène.

Selon leur rapport rendu public ce mercredi 11 mai, les sécheresses majeures observées au cours du siècle dernier ont provoqué la mort de plus de 10 millions de personnes dans le monde. Ces événements ont également engendré des pertes économiques estimées à plusieurs centaines de milliards de dollars. Aucun continent n'y échappe.

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Sans surprise, l'Afrique reste en première ligne, avec plus de 300 épisodes enregistrés au cours des 100 dernières années, soit 44 % du total mondial. Cependant, au cours du siècle passé, 45 sécheresses majeures se sont produites en Europe, affectant des millions de personnes et entraînant plus de 27,8 milliards de dollars de pertes économiques. En moyenne chaque année, 15 % de la superficie terrestre du Vieux continent et 17 % de la population de l'Union européenne seraient concernés par la sécheresse. Il ne s'agit donc plus d'un phénomène exceptionnel.

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Même l'Amazonie, zone humide par excellence, se retrouve régulièrement sur le gril. Au cours des deux dernières décennies, elle a déjà subi 3 sécheresses importantes, qui ont toutes déclenché des incendies de forêt massifs. En raison du réchauffement climatique mais aussi de l'utilisation des terres pour les cultures, ces épisodes deviennent davantage fréquents, alertent les experts. De fait, 16 % des forêts restantes de la région disparaîtront probablement d'ici à 2050, réduisant un peu plus l'efficacité de ce "poumon de la planète''.

75% de la population mondiale touchée par la sécheresse d'ici 2050

Impossible d'enrayer le phénomène à court terme en raison de l'inertie du climat et de nos modes de vie. Résultat, d'ici à 2030, on estime que 700 millions de personnes risquent d'être déplacées par la sécheresse. D'ici à 2040, un enfant sur quatre vivrait dans des zones où les pénuries d'eau peuvent être qualifiées d'extrêmes.

Enfin, d'ici à 2050, les sécheresses pourraient toucher plus des trois quarts de la population mondiale. 4,8 à 5,7 milliards de personnes vivraient dans des zones qui manquent d'eau pendant au moins un mois chaque année, contre 3,6 milliards aujourd'hui. Au total, jusqu'à 216 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer d'ici à 2050, en raison de la sécheresse combinée à d'autres facteurs comme l'élévation du niveau de la mer ou la surpopulation.

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Pour atténuer ces tensions extrêmes, il nous faut "de toute urgence, utiliser tous les outils dont nous disposons ", soulignent les auteurs du rapport. Cela passe bien sûr par un reboisement mais aussi par une agriculture capable de produire plus de nourriture avec moins de terres et d'eau ou encore par une évolution vers des régimes alimentaires intégrant davantage de végétaux.

Dans les provinces sujettes à la sécheresse du Vietnam, du Cambodge, des Philippines et de l'Indonésie, de nouvelles pratiques permettent déjà aux petits maraîchers de mieux tirer parti de l'eau disponible. L'irrigation progresse aussi en Israël. Mais ces réussites restent peu nombreuses. La Grande muraille verte, destinée à lutter contre l'avancée du désert dans onze pays africains, peine toujours à se mettre en place. Cela fait pourtant quinze ans que le projet a été lancé. Depuis, de moins en moins d'eau coule sous les ponts.