"Madame, mettez un masque ou veuillez descendre à la prochaine station", lâche le policier. Depuis début octobre, alors que le nombre d'infections redécolle en Allemagne, les contrôles se multiplient dans les métros et les trains où le port du masque n'a jamais été supprimé. A Berlin, au moins 10% des voyageurs - à vue d'oeil - n'en mettent pas dans les transports en commun.
Un taux d'incidence qui explose
Selon les derniers chiffres des centres de santé, publiés le 18 octobre par l'Institut de veille sanitaire Robert-Koch (RKI), le taux d'incidence est passé à 687 cas pour 100 000 habitants (sur une période de 7 jours) en Allemagne contre 248 il y a un mois [576 en France au 10 octobre, NDLR.]. "Nous nous attendons à une énorme vague de Covid cet automne", a prévenu Johannes Nießen, le président de la Fédération des médecins du service public de la santé (BVÖGD).
Un alarmisme partagé par le ministre social-démocrate de la Santé, réputé pour sa politique coercitive de prévention. Afin d'enrayer la nouvelle vague qui s'annonce, Karl Lauterbach - dont le logement à Berlin est surveillé jour et nuit (un enlèvement avait été planifié par un groupuscule antivax d'extrême droite) -, tente actuellement de convaincre les élus et la population d'étendre le port du masque aux espaces clos.
Comme en France, une campagne vaccinale qui patine
"Le Covid-19 est de retour", a d'ailleurs insisté le ministre social-démocrate de la Santé lors de la présentation de sa nouvelle campagne de vaccination à 33 millions d'euros qui est passée quasiment inaperçue. Pour présenter son plan pour l'hiver, il s'est pourtant fait accompagner par l'écrivaine Margarete Stokowski, atteint de symptômes Covid long, pour faire prendre conscience à la population des dangers du virus.
Si près de 80% des Allemands se disent favorables au port du masque obligatoire, selon un sondage de l'Office fédéral des statistiques (Destatis), ils ne le mettent pas dans les faits. Non seulement, ils ne portent pas le masque si cela n'est pas obligatoire (commerces, hall de gare, etc.) mais ils sous-estiment aussi les risques de transmission du virus. Une étude de la caisse d'assurance maladie Pronova BKK a révélé que 10% des personnes testées positives se rendent au travail si les symptômes sont légers.
Pour convaincre la population que la pandémie n'était pas finie, le ministre a pris en exemple la Fête de la bière qui s'est déroulée à Munich du 17 septembre au 3 octobre : le taux d'incidence s'est immédiatement envolé les jours suivants en dépassant la barre des 1 000 cas, largement supérieur à la moyenne nationale. La tenue de cette fête populaire la plus fréquentée du monde (6 millions de visiteurs) a été "la plus mauvaise idée de la rentrée", a lâché le ministre.
Les chefs de régions, qui tiennent à garder leurs prérogatives en matière de santé, restent sourds aux appels du ministre. Markus Söder, le patron de la puissante Bavière, est le principal détracteur de Karl Lauterbach. L'ultra-conservateur de la CSU (branche bavaroise de la CDU), qui remet son mandat en jeu l'année prochaine, refuse catégoriquement toutes contraintes sanitaires pour des raisons électoralistes. Au début de la pandémie, il avait été un des partisans des restrictions les plus radicales. "Chacun peut se protéger en mettant le masque et en se faisant vacciner", estime-t-il. Même si sa région enregistre l'un des taux d'incidence les plus élevés du pays.
