Se lever, marcher, faire du vélo, nager... Des activités que Michel Roccati pensait ne plus jamais pouvoir accomplir. La moelle épinière gravement endommagée après un accident de moto, ce trentenaire se trouvait avec les deux jambes complètement paralysées depuis déjà quatre ans. Mais le jeune homme a accepté de participer à un ambitieux programme de recherche mené à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse. Et depuis, il a recouvré la faculté de bouger.
Une prouesse technologique qu'il doit au duo formé par le neuroscientifique français Grégoire Courtine, et la chirurgienne suisse Jocelyne Bloch. En 2018, ces deux chercheurs avaient déjà réussi à faire remarcher trois patients dont la moelle épinière avait été partiellement lésée, grâce à des stimulations électriques délivrées par des électrodes implantées dans leur colonne vertébrale et pilotées par un algorithme. "A l'époque, nous recourions à un système utilisé habituellement contre la douleur chronique. Cette fois, nous avons fait développer des électrodes spécifiques, plus longues et plus larges, qui peuvent stimuler une portion plus importante de la moelle", a détaillé Jocelyne Bloch lors d'une conférence de presse organisée en fin de semaine dernière. Ce nouveau dispositif leur a permis de proposer leur technologie à des personnes complètement paralysées, et ayant perdu toute sensation au-dessous de leur blessure.
Trois à quatre mois d'entraînement et l'aide d'un déambulateur
Plus fascinant encore, comme leur équipe le montre dans un article publié aujourd'hui par la prestigieuse revue Nature Medicine, le résultat est quasi-immédiat : une journée après l'implantation, le paraplégique peut déjà se mouvoir et réaliser les différents mouvements. "Bien sûr, au début, la démarche est un peu étrange, et les patients ont besoin d'un soutien pour supporter leur poids. Mais ils ont la capacité de démarrer immédiatement la rééducation. Au bout de trois à quatre mois d'entraînement, ils peuvent réellement marcher", a précisé le Pr Courtine lors du même point presse. Il leur faut tout de même l'appui d'un déambulateur, mais celui-ci leur a suffi pour se déplacer dans la rue.
Ce résultat est aussi le travail de nombreuses années de recherche, pour décrypter le plus finement possible les impulsions électriques normalement envoyées par le cerveau pour commander les mouvements. Chez les patients, ces impulsions sont reproduites par l'algorithme qui commande les électrodes. Les deux chercheurs assurent qu'il leur faut moins d'une heure pour adapter le dispositif aux caractéristiques de chacun. Toutes les personnes implantées se voient remettre une tablette qui leur permet de sélectionner le programme choisi - se lever, marcher, etc...

Si le patient peut se mouvoir une heure après l'implantation des électrodes, une longue rééducation est nécessaire pour trouver la faculté de marcher.
© / EPFL NeuroRestore
Pour l'instant, le système a été testé chez des individus dont le handicap était stabilisé. Mais le prochain objectif des scientifiques est de l'évaluer sur des patients aux blessures plus récentes, pour voir si cela pourrait permettre de faciliter la rééducation, et pourquoi pas de regagner la faculté de marcher en se passant du dispositif. "Certains de nos premiers patients peuvent se tenir debout y compris quand le système est éteint", explique Grégoire Courtine.
A plus long terme, le chercheur imagine aussi un équipement totalement implanté et relié à des électrodes posées directement dans le cerveau, pour éviter de devoir passer par une tablette pour sélectionner les programmes de mouvement. De la science-fiction ? Pas forcément : à Grenoble ou aux Etats-Unis, des expériences visant à faire commander un exosquelette par des patients paraplégiques grâce à des implants cérébraux sont déjà en cours d'expérimentation depuis plusieurs années.
