C'est une petite musique qui montait depuis déjà plusieurs semaines. Après Israël et l'Allemagne, le gouvernement a annoncé mercredi le lancement à la mi-septembre en France d'une campagne de rappel de vaccin contre le Covid-19 pour les personnes à risque. "Les rendez-vous ouvriront dès la fin du mois d'août, début du mois de septembre, pour une campagne de rappel qui débutera à la mi-septembre" et "la liste des populations concernées sera établie par la Haute autorité de santé", a précisé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.
Il y a une semaine, le gouvernement allemand avait annoncé que dès le 1er septembre, les populations âgées et vulnérables, ainsi que les personnes n'ayant pas reçu de vaccin à ARN messager, pourraient bénéficier d'une dose de rappel de vaccin contre le Covid-19. Le projet n'étant pas encore finalisé, l'âge des personnes concernées n'a pas été précisé par le ministère allemand de la Santé. Fin juillet, Israël avait déjà autorisé l'administration d'une 3e dose pour les personnes âgées de plus de 60 ans.
Pour la virologue Mylène Ogliastro, directrice de recherche à l'Inrae de Montpellier, ces pays tentent d'anticiper la suite en "reboostant l'immunité face au variant Delta, pour lequel on sait que les anticorps ont une reconnaissance moins bonne de ce virus". Selon elle, "plus on va laisser circuler ce virus, plus il va probablement échapper au système immunitaire. Cela peut poser problème, il faut arriver à le contrôler pour empêcher sa diversification et l'apparition de nouveaux variants encore plus contagieux".
Dans une étude parue le 27 avril dans la revue spécialisée Clinical Infectious Disease, des chercheurs de l'Institut de virologie de Düsseldorf ont montré que 17 jours après la deuxième vaccination, 31,3 % des personnes âgées de plus de 80 ans n'avaient pas d'anticorps neutralisants détectables, contre seulement 2,2% pour le groupe plus jeune. "Cela suggère que cette population doit être étroitement surveillée et peut nécessiter une revaccination plus précoce ou/et une dose de vaccin accrue pour assurer une immunité durable et une protection contre l'infection plus forte", écrivent les auteurs.
Une nouvelle étude française confirme la nécessité d'une 3e dose
En France, le 12 juillet dernier, lors de sa dernière allocution, Emmanuel Macron avait déjà annoncé le lancement prochain d'une campagne de rappel. "Ceux qui, vaccinés les premiers, c'est-à-dire en janvier-février, verront prochainement leur taux d'anticorps baisser, leur immunité diminuer (...). Dès la rentrée, une campagne de rappel sera mise en place pour vous permettre de bénéficier d'une nouvelle injection", avait-il lancé. Le chef de l'Etat s'appuyait alors sur un avis du Conseil scientifique du 6 juillet 2021 qui recommandait un rappel de vaccination chez les personnes de plus de 80 ans résidant en Ehpad ou à domicile.
Dans un avis rendu le 16 juillet, la Haute autorité de santé (HAS) estimait qu'il n'y a pas lieu "pour le moment" de proposer une dose de rappel à la population en dehors des plus vulnérables et des plus âgés. "S'il paraît très probable qu'une injection de rappel procurera effectivement un effet boost, les données disponibles à ce jour ne permettent pas d'évaluer précisément l'impact ni la nécessité d'un tel rappel sur la prévention des échecs vaccinaux", indiquait la HAS.
La réponse médicale, elle, pourrait venir d'une équipe de chercheurs du CHU de Lille dirigée par l'immunologiste Guillaume Lefevre. D'après les premiers résultats de leur étude sur le sujet commencée en mars, non validés encore par les paires mais soumis à une grande revue scientifique, la réponse immunitaire conférée par le vaccin Pfizer, deux mois après la seconde injection, diminuerait chez les personnes âgées n'ayant pas contracté le Covid-19.
"On considère que deux doses, cela ne suffit pas"
L'étude a été réalisée grâce à la participation de 106 résidents d'Ehpad âgés en moyenne de 86 ans, en comparaison avec un autre groupe de personnels médicaux âgés en moyenne de 46 ans. 51 résidents, qui avaient déjà eu le Covid-19 et avaient été vaccinés à deux reprises, ont développé une réponse immunitaire comparable aux plus jeunes. Ceux n'ayant pas eu la maladie ont en revanche présenté un déficit très important d'anticorps et de lymphocytes T, responsables de la défense immunitaire.
"C'est le principe même des rappels vaccinaux. On considère que deux doses, cela ne suffit pas. On se dit que trois doses, ce sera forcément mieux que deux. Cela devrait permettre de faire durer l'immunité plus longtemps, notamment chez des sujets très âgés avec beaucoup de comorbidités mais aussi avec un système immunitaire défaillant", explique Guillaume Lefevre.
Selon lui, "à partir du moment où on constate une baisse des anticorps deux mois après, on estime que cela va baisser très vite ensuite. Quand bien même ça serait protecteur". Si leurs résultats n'ont pas encore été officiellement publiés, l'équipe de chercheurs se dit "extrêmement confiante". L'étude doit encore se poursuivre dans les prochains mois, pour étudier la réponse immunitaire neuf mois après l'injection.
