C'est une première médicale en France. Le 31 mars dernier, une femme de 34 ans a pu bénéficier d'une greffe d'utérus, a annoncé ce jeudi l'hôpital Foch de Suresnes, situé en région parisienne.
Cette greffe a été réalisée par l'équipe du professeur Jean-Marc Ayoubi, chef de service de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction de l'hôpital Foch, grâce à une donneuse vivante qui n'est autre que la mère de la jeune femme. La donneuse âgée de 57 ans et sa fille, dont les identités n'ont pas été dévoilées, "vont bien", a assuré le chirurgien.
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La patiente greffée, atteinte du syndrome de Rokitansky, est née sans utérus, une condition qui touche une femme sur 4500 à la naissance. La greffe dont elle a bénéficié est destinée aux femmes nées sans utérus ou à celles auxquelles il a dû être enlevé. Elle représente une alternative expérimentale à la gestation pour autrui (GPA) interdite en France, ou à l'adoption.
La Suède, pionnière
Réalisé auparavant avec succès dans d'autres pays, ce type de greffe a déjà permis des naissances ailleurs dans le monde. "La patiente transplantée n'est pas encore enceinte et le transfert d'embryons préalablement congelés pourrait se faire dans dix mois", précise le chirurgien. Dans les autres cas à l'international, "cela s'est fait entre six et douze mois".
La première naissance au monde après une greffe d'utérus a eu lieu en Suède en 2014. La naissance, survenue un an après la transplantation, avait été annoncée dans la prestigieuse revue médicale The Lancet par l'équipe du professeur Mats Brännström de l'université de Göteborg. La donneuse vivante avait 61 ans.
Pour leur part, les Brésiliens ont réussi à obtenir la première naissance au monde grâce à une greffe d'utérus de donneuse décédée chez une femme également née sans utérus en raison du même syndrome. La naissance, datant du 15 décembre 2017, avait été révélée un an après par l'équipe du Dr Dani Ejzenberg de l'hôpital de Sao Paulo. Les précédentes tentatives, aux États-Unis et en Turquie, notamment, avaient échoué.
Plus de 10 ans de recherche
La première greffe française est le résultat de plus de 10 ans de recherche et de collaborations, en particulier avec le professeur Brännström. "On travaille avec cette équipe pionnière suédoise depuis 7 à 8 ans (...). Nous avons apporté notre expertise en chirurgie robotique, qu'ils ont utilisée pour leurs cinq dernières greffes" afin d'effectuer le prélèvement de l'utérus, poursuit le Pr Ayoubi, en soulignant que cela facilitait la récupération de la donneuse.
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La durée opératoire a été de l'ordre de 14 heures pour les deux interventions, celle du prélèvement étant la plus longue. Le prélèvement doit être très méticuleux pour que l'utérus soit réimplantable. Le robot, offrant une meilleure vision, en 3D, facilite la dissection de vaisseaux très fins. La greffe se fait, elle, par chirurgie classique.
Une greffe "provisoire" pour enfanter
Cette greffe n'a pas vocation à être permanente en raison du traitement antirejet. Il s'agit d'une "greffe provisoire" pour avoir un enfant, rappelle le chirurgien. A sa connaissance, deux ou trois femmes dans le monde ont conservé l'utérus greffé pour mener une deuxième grossesse. Plus de 25 équipes dans le monde travaillent dans ce domaine, selon lui.
D'après le Pr Brännström, "quinze" naissances ont été obtenues dans le monde après greffe utérine : "Neuf en Suède dont la dernière il y a quatre jours, deux aux États-Unis, une au Brésil, en Serbie, en Chine et en Inde", détaille-t-il. Parmi les 13 pays qui ont pratiqué cette greffe avant la France figurent aussi selon cet expert le Mexique, le Liban, l'Arabie Saoudite, l'Allemagne, la République tchèque et la Belgique.
L'équipe du professeur Ayoubi a reçu l'autorisation de l'Agence de la biomédecine et de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de conduire un essai clinique pour dix greffes avec donneuses vivantes apparentées. Une autre équipe au CHU de Limoges a eu l'aval pour huit greffes avec donneuses en état de mort cérébrale.
