Mal compris, ignoré et méprisé, l'appendice a longtemps été perçu comme une structure anatomique dénuée d'intérêt. Cette partie longue de quelques centimètres - considérée comme accessoire, voire dangereuse à cause du risque d'inflammation qui peut survenir - est située dans l'abdomen, appendue au côlon. Et elle retrouve aujourd'hui ses lettres de noblesse, grâce à une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Inserm et du Muséum National d'Histoire. Les conclusions de leurs travaux : la présence de cette petite structure serait en fait corrélée à l'allongement de la longévité. Les résultats ont été publiés le 7 juillet dans le Journal of Anatomy.

L'appendice est présent chez de nombreux mammifères. On le retrouve, par exemple, chez l'orang-outan, le koala ou encore le lamantin. Pour l'instant, l'étude souligne qu'il n'existe aucune corrélation avec le régime alimentaire, la vie sociale ou l'environnement. Et alors que les théories de Charles Darwin qualifient l'appendice d'inutile, les chercheurs de l'Inserm concluent le contraire : "L'appendice est apparu au moins seize fois au cours de l'Histoire évolutive des mammifères et sa fonction conférerait donc un avantage sélectif positif à ceux qui le possèdent."

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L'équipe menée par le chercheur de l'Inserm Eric Ogier-Denis et son collègue Michel Laurin du Muséum National d'Histoire Naturelle a décidé de se pencher sur la question précise de la longévité. Pour cela, les spécialistes ont analysé les données de 258 espèces de mammifères dont 39 avec et 219 sans appendice. A travers leurs recherches, les scientifiques ont montré que la présence de l'appendice est corrélée à un allongement de longévité maximale observée pour l'espèce. "Comparé à un mammifère de même poids ne possédant pas d'appendice, un mammifère qui présente cette structure anatomique a une durée de vie plus longue", résume l'équipe de l'Inserm. Pour la première, fois un lien est donc établi entre l'appendice et la longévité.

Un sanctuaire bactérien qui permet de diminuer la mortalité

Encore faut-il savoir pourquoi. Parmi les hypothèses les plus probables : l'appendice favoriserait la constitution d'un sanctuaire bactérien sélectif "qui permettrait de diminuer la mortalité par diarrhée infectieuse en favorisant la recolonisation rapide des espèces bactériennes essentielles à l'hôte", éclaire l'étude. Autrement dit, la présence de l'appendice serait ainsi liée à une diminution de la mortalité et donc à l'allongement de la longévité chez les mammifères qui en sont dotés. Mais alors, faut-il arrêter les appendicectomies - acte chirurgical consistant en l'ablation de l'appendice suite à une appendicite ? La réponse est non.

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Les chercheurs de l'Inserm sont clairs sur ce point : "En effet, l'appendicite dans le jeune âge est certainement bénéfique en exacerbant l'éducation du système immunitaire et en lui permettant de lutter plus efficacement en cas d'infection ultérieure. Le traitement de l'appendicite reste l'appendicectomie et ce travail n'apporte aucun argument suggérant de modifier cette attitude thérapeutique". Eric Ogier-Denis soutient que seule l'appendicectomie réalisée sans appendicite pourrait avoir des conséquences délétères dans le contexte de pathologies inflammatoires et infectieuses intestinales. Autre précision importante : ces travaux ne montrent pas qu'une appendicectomie pour appendicite réalisée chez l'Homme modifie la longévité.

Comment ces chercheurs ont-ils eu l'idée de porter leurs recherches sur ce sujet longtemps délaissé ? "L'idée de s'intéresser à la longévité nous a été suggérée par nos travaux portant sur la relation entre appendicite/appendicectomie, rectocolite hémorragique et l'implication du système immunitaire. Avec un système immunitaire plus actif et mieux éduqué, on doit théoriquement mieux résister à l'environnement et vivre plus longtemps" déroule Eric Ogier-Denis. Avec cette étude, les chercheurs ouvrent de nouvelles pistes pour mieux comprendre le rôle de l'appendice dans notre corps. Et ce n'est pas terminé : leurs travaux seront complétés dans les mois à venir par des études de terrain auprès de différentes espèces de mammifères.