L'incendie hors norme de l'usine Seveso Lubrizol en 2019 à Rouen (Seine-Maritime) a eu un "effet négatif" sur la "santé psychologique" de la population exposée, selon une étude de Santé publique France (SPF) publiée lundi. "Il y a une altération de la santé mentale un an après" l'incendie, a souligné Franck Golliot, directeur adjoint de SPF lors d'une réunion sur l'incendie en préfecture.

SPF a enquêté sur 5300 personnes représentatives de 340 000 habitants de 133 communes impactées, dont 3764 adultes et 1029 enfants de la zone exposée, et 1015 adultes et 208 enfants représentant la population du Havre et de ses environs. Les données ont été recueillies par questionnaire à l'automne 2020.

Symptômes psychologiques

Selon cette étude, 62% des habitants ont ressenti au moins un symptôme ou problème de santé qu'ils ont attribué à l'incendie. Ce chiffre est de 60% chez les enfants et 66% chez les adultes. Les troubles les plus fréquents chez les adultes sont des symptômes psychologiques : nervosité, stress, anxiété, angoisse et/ou panique ont été rapportés dans 40% des cas. Chez les enfants, la fréquence de troubles oto-rhino-laryngologiques (ORL) est de 33%, et celle de stress ou de panique de 30%.

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Près de 38% des adultes ont perçu des picotements des narines, de la gorge, de la langue, un écoulement ou une obstruction nasale, 37% des maux de tête des malaises ou des vertiges, 15% une toux ou un encombrement bronchitique ou une difficulté à respirer ou une crise d'asthme. Seuls 17% des adultes qui ont ressenti au moins un trouble de santé ont eu recours au système de soin.

Les symptômes perçus après l'incendie sont principalement psychologiques, ORL (picotement des narines, de la gorge, écoulement et obstruction nasale), généraux (céphalée, malaise, fatigue), oculaires (larmoiement, rougeur conjonctivale), respiratoires (toux, dyspnée, plus rarement crise d'asthme) et de troubles du sommeil.

Le délai de l'étude en question

"Pourquoi a-t-il fallu un an pour lancer l'étude sanitaire", alors qu'aux États-Unis, où une usine du groupe Lubrizol a été touchée par un incendie à Rockton mi-juin, "ils sont déjà en train de lancer un suivi sanitaire", a demandé Christophe Holleville, secrétaire de l'Union des victimes de Lubrizol lors de la réunion.

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A Rockton, le choix a été fait de "laisser brûler" pendant plusieurs jours, ce qui "a obligé à évacuer sur 1,5 km la population", alors qu'à Rouen l'incendie a été éteint en 24h, a précisé le préfet Pierre-André Durand. La population n'avait pas été évacuée en 2019.

"Pourquoi ne pas avoir choisi une approche toxicologique?"

"Pourquoi ne pas avoir choisi une approche toxicologique?", avec des analyses du sang de la population, a par ailleurs demandé Nathalie Le Meur, pharmacienne biologiste de l'association Rouen Respire. Ce ne serait "pas pertinent", a répondu Sébastien Denys de SPF car il n'y a "pas d'élément objectif en faveur d'une surexposition à long terme des populations riveraines" aux substances dangereuses susceptibles de provenir de l'incendie (hydrocarbures, dioxines).

Les mesures environnementales "ne permettent pas de conclure à une contamination en lien avec l'incendie différenciable d'une pollution industrielle historique", antérieure à l'incendie, a-t-il ajouté. "Comment expliquez-vous que l'on retrouve du xénène, de l'éthylbenzène et du toluène dans le lait maternel, qu'on observe un pic après l'incendie et qu'ensuite ça diminue?", a réagi Nathalie Le Meur. Près de 10 000 tonnes de produits chimiques ont brûlé lors de l'incendie de Lubrizol et Normandie Logistique le 26 septembre 2019 à Rouen.