C'est une nouvelle encore difficile à avaler pour les personnes vivant à proximité de l'usine Lubrizol de Rouen. L'usine chimique pourrait être autorisée "dans les prochains jours" à accroître son activité, après un avis positif mardi du Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst), selon la préfecture.

Alors que les Rouennais peuvent encore sentir les fortes odeurs d'hydrocarbures qui flottent dans l'air, cette usine pourrait donc repartir sous peu. L'usine Seveso seuil haut a déjà partiellement redémarré en décembre, moins de trois mois après l'incendie spectaculaire qui a touché le site. Mais Lubrizol veut étendre la capacité de ces activités et en relancer d'autres, sans que la reprise soit totale. L'Express fait le point sur les raisons de cette remise en route étendue.

Un avis positif du Coderst

L'avis est consultatif mais "j'ai toujours considéré que dans ce cas précis je me devais, compte tenu de la sensibilité du sujet, de suivre l'avis du Coderst. Donc c'est ce que je ferai", a indiqué le préfet de Normandie Pierre-André Durand. Un arrêté pourrait être pris "dans les prochains jours", selon le haut fonctionnaire. Le Coderst a voté à 18 voix pour, quatre voix contre et 2 abstentions, a précisé le préfet.

Le Coderst est composé de vingt-quatre membres. Six représentants des services de l'Etat : la direction régionale de l'environnement, l'agence régionale de santé, l'Agence de l'eau, et la direction des territoires et de la mer. Isabelle Striga, la présidente de Lubrizol France bénéficie dans ce conseil d'un siège également ainsi que la métropole de Rouen et les associations de défense de l'environnement, qui disposent d'une voix chacun.

LIRE AUSSI >> La gestion des risques, clé d'un capitalisme vraiment responsable

Selon le préfet "on ne peut pas dire qu'il y ait le moindre sacrifice fait à la sécurité", dans le projet de décret. Selon Guillaume Blavette le représentant de France Nature environnement (FNE), qui a voté contre, l'union des médecins libéraux a également voté contre ainsi que l'association Que Choisir et l'agglomération de Dieppe. Selon le militant, la Chambre d'agriculture et la Fédération des pêcheurs se sont abstenues.

Le représentant de FNE a expliqué n'avoir voté contre que pour déplorer que les mesures de sécurité prévues pour cet élargissement des activités n'aient pas été en vigueur avant l'accident. Ces mesures "auraient peut-être permis d'éviter la catastrophe", a estimé le représentant de FNE.

Des moyens de détection des risques renforcés

Dans le projet d'arrêté, "les moyens de détection d'incendie sont renforcés, les moyens d'extinction sont renforcés ainsi que les moyens de rétention" dans l'hypothèse où des produits coulent, a détaillé le préfet. "Là où la réglementation prévoit d'avoir 20% des fluides pouvant être retenus, il a été imposé 100% de rétention", a souligné Pierre-André Durand.

Ces mesures s'ajoutent aux engagements pris par Lubrizol lors du redémarrage partiel en décembre, avec une forte diminution des quantités de produits stockés sur place, qui a induit "une réduction très importante du risque à la source", selon le préfet. Un autre arrêté est en préparation qui doit donner aux industriels jusqu'au 26 septembre pour nettoyer et démanteler la zone sinistrée.

Les odeurs ne sont pas un risque selon la préfecture

Dans un communiqué, la préfecture de Seine-Maritime a précisé que les odeurs nauséabondes et persistantes au sud et à l'est de Rouen ressenties pas les habitants étaient dues à "la combinaison des travaux de remédiation (c'est-à-dire le nettoyage du site) en cours sur le site de l'usine Lubrizol à Rouen avec les conditions météorologiques actuelles".

LIRE AUSSI >> Incendie de Rouen : Lubrizol mis en examen pour les dégâts environnementaux

Les fûts prioritaires ont été évacués en janvier dernier, et Lubrizol a annoncé récemment que le déblaiement du premier bâtiment de 900 m2 était terminé, détaille le site de France 3 Normandie. Le deuxième bâtiment doit désormais être nettoyé, ce qui représente un chantier beaucoup plus important car le site est dix fois plus vaste.

Le but : préserver les emplois selon Lubrizol

"Ce redémarrage est très important car il va nous permettre de relancer la chaîne de production de produits intermédiaires que nous étions obligés d'importer d'Asie ou des Etats-Unis. Il va nous redonner de l'autonomie et nous permettre de faire face au rebond du secteur de l'automobile après le confinement", a déclaré au journal Le Mondela présidente de Lubrizol, ajoutant que cela est "est fondamental pour la pérennité du site et des emplois."

Le site de Rouen compte 200 salariés, avec les sous-traitants et les emplois indirects, le groupe estime à environ 2 000 le nombre d'emplois impliqués au niveau de l'agglomération rouennaise, souligne le quotidien.

"La question centrale pour les ministères de l'Environnement et de l'Economie, c'est la reprise des profits pour Lubrizol et de l'activité économique", estime de son côté Gérald Le Corre, du Collectif Unitaire Lubrizol, une association fondée après l'accident. "On craint comme pour l'après AZF que la priorité à l'économie mette en danger la vie des salariés et des populations, et l'environnement", évoque-t-il à France 3.