Péniblement accepté par une petite partie de la population, le passe sanitaire a finalement fait ses preuves. Alors que le dispositif est sur le point d'être remplacé par le passe vaccinal, une étude menée par une dizaine de chercheurs et publiée ce mardi sur le site du Conseil d'analyse économique (CAE), service rattaché à Matignon réunissant des universitaires indépendants, a étudié l'impact d'une telle mesure sur la situation sanitaire mais aussi économique du pays, depuis le 1er juillet 2021, en pleine lutte contre l'épidémie de Covid-19.
Décès, réanimations, vaccination, restrictions sanitaires et donc santé du PIB... S'il est difficile de n'attribuer qu'à cette disposition les améliorations observées depuis l'été dernier, les chercheurs se sont intéressés à ce que serait la situation sans l'application du passe pour mettre en lumière ses retombées. Et ce, en comparant la situation dans trois pays ayant eu recours à une mesure similaire : la France, l'Allemagne et l'Italie.
+ 13 points de couverture vaccinale
C'est en France que les chiffres sont d'ailleurs les plus marquants. Selon les estimations menées par les chercheurs, l'application du passe sanitaire dans l'Hexagone a permis d'augmenter de 13 points la couverture vaccinale. Sans cette disposition qui conditionne de nombreuses activités (restaurants, bars, trains, cinéma...) à un schéma vaccinal complet ou un test négatif au Covid-19, le taux de vaccination dans le pays atteindrait en effet 65,2%, loin des 78,2% observés au moment de l'étude [79,3% actuellement, selon VaccinTracker]. Une estimation "assez précise statistiquement puisque l'intervalle de confiance (à 95%) pour ces impacts se situe entre 9,7 et 14,9 pour la France", précisent les auteurs de l'étude.
L'Allemagne a en revanche enregistré une moindre retombée sur sa campagne vaccinale (6,2 points). Pour les scientifiques, ce chiffre s'explique par une communication moins claire outre-Rhin, une mise en oeuvre moins centrale et des restrictions moins strictes.
Près de 4000 décès évités
Fatalement, cette progression de la couverture vaccinale en France a également eu un impact sur les données hospitalières, et notamment sur le nombre de patients en soins intensifs et sur le nombre de décès. "En utilisant les données disponibles sur l'impact de la vaccination (en distinguant entre première et seconde doses) sur les admissions à l'hôpital ainsi que sur le nombre de décès Covid, on peut aussi estimer l'impact du passe sur ces variables de santé", notent les chercheurs qui s'appuient sur la moyenne d'efficacité du vaccin à hauteur de 81% après une dose et 92% après deux doses.
Selon eux, la France a ainsi évité près de 4000 décès du Covid-19 entre juillet et décembre 2021, soit 32% des 12 000 morts enregistrées pendant cette période. Par ailleurs, le nombre cumulatif d'admissions à l'hôpital à la fin de 2021 aurait été environ 31% plus élevé en France que la situation finalement observée en fin d'année. En soins intensifs, le nombre de patients atteints de Covid-19 aurait été fin 2021 d'environ 45% supérieur à ce qu'on a connu, soit "des niveaux de pression hospitalière au-dessus des seuils atteints lors des confinements précédents", souligne l'étude.
"Dans cette étude, nous n'avons pas pris en compte le fait que la vaccination réduit la transmission du virus, ni le changement de comportement des personnes vaccinées, qui auront tendance à relâcher leurs efforts sur les gestes barrières, explique au Monde Miquel Oliu-Barton, mathématicien et co-auteur de l'étude. Ces deux phénomènes s'opposent et sont difficiles à estimer. Nous nous en sommes tenus à la protection directe de la vaccination sur les formes graves de la maladie, donc les hospitalisations et les décès."
6 milliards d'euros de pertes évitées
Sans le passe sanitaire, aurait-on eu droit à un nouveau confinement ? C'est possible, car l'outil, comme déjà expliqué par l'étude, a permis de réduire les entrées à l'hôpital et donc la saturation des services de soins critiques. C'était le principal levier de restrictions aussi dures que le confinement ou le couvre-feu, aussi bien socialement qu'économiquement.
C'est en partant de ce constat que l'étude pointe également les pertes économiques évitées par le passe sanitaire qui a permis "aux personnes vaccinées d'avoir, avec moins de risque, davantage d'interactions sociales et économiques". Ainsi, la santé économique du pays se porte mieux que sans le passe. "En moyenne augmenter la part des vaccinés dans la population de 1 point de pourcentage permet d'augmenter le PIB hebdomadaire un mois plus tard d'environ 0,052 point de pourcentage", expliquent les auteurs. A la fin 2021, sans le passe sanitaire, le PIB hebdomadaire aurait ainsi été plus bas de 0,6% (l'intervalle de confiance est de 0,5 à 0,8%) : "Cela correspond pour le second semestre de 2021 à des pertes d'environ 6 milliards d'euros en France".
Le passe vaccinal, désormais adopté par le Parlement et dont l'entrée en vigueur pourrait intervenir dans les prochains jours, pourrait-il s'avérer aussi efficace ? Au Monde, Miquel Oliu-Barton fait part de ses doutes : "Les personnes à atteindre sont désormais beaucoup plus campées sur leurs positions".
