L'Express : La première étape de la campagne concernera uniquement les personnes âgées résidant en établissement spécialisé (Ehpad, unités de soins de longue durée, résidences senior) et sera gérée directement par ces établissements. Mais ensuite, dans les phases suivantes, comment les personnes prioritaires sauront-elles qu'elles sont éligibles à la vaccination ?
Dominique Martin : Nous allons repérer dans les bases de données de l'Assurance-maladie les personnes fragiles en raison de leur âge ou de facteurs de risques identifiés, et nous leur adresserons un bon de vaccination. Ce bon vaudra invitation à une consultation systématique préalable à l'injection avec le médecin traitant. Il comportera un numéro qui permettra au médecin de bien identifier que la personne fait partie des sujets pouvant être vaccinés dans telle ou telle phase.
Allez-vous pouvoir repérer dans vos bases tous les facteurs de risque et toutes les professions identifiées par la Haute autorité de santé comme prioritaires ?
Dominique Martin : Pour les comorbidités, nous allons couvrir l'essentiel. Nous connaissons les patients souffrant d'affections de longue durée, qui bénéficient d'une prise en charge à 100% des dépenses de santé engendrées par leur pathologie. Certaines maladies connues pour exposer à des formes plus sévères de la covid peuvent être également repérées de façon indirecte, parce que les malades concernés prennent des traitements spécifiques. Mais nous ne pourrons naturellement pas être totalement exhaustifs.
Par exemple, l'indice de masse corporelle ne figure pas dans nos bases et nous ne pouvons donc pas savoir si telle ou telle personne est obèse, alors que l'obésité est un facteur de risque connu de formes graves du Covid. Pour ce qui concerne les professions ciblées en priorité, les soignants, qui feront partie des publics prioritaires, sont aussi enregistrés. Mais pour les autres professions très exposées (pompiers, enseignants...), nous passerons par les administrations concernées, ou par les fédérations professionnelles.
Faudra-t-il nécessairement un bon pour accéder à la vaccination ?
Dominique Martin : Non, ne pas en avoir reçu n'empêchera pas de se faire vacciner. Il reviendra aux médecins d'évaluer si, pour des raisons non identifiées en amont, une personne pourrait être éligible à la vaccination. D'ailleurs, les médecins joueront un rôle important pour repérer dans leur patientèle des personnes qui pourraient être concernées par les premières phases de la campagne, et ne pas avoir été contactées par nos services. Cela pourrait être le cas pour les personnes obèses, par exemple. Il faudra combiner les portes d'entrées.
Si les bons de vaccination ne sont pas obligatoires, ne craignez-vous pas que des personnes non prioritaires ne se fassent vacciner, ce qui limiterait d'autant l'accès aux doses pour les plus à risque ?
Dominique Martin : A priori, non. Ce qui nous inquiète plutôt aujourd'hui, c'est la réticence à la vaccination. Si un jeune de 25 ans en pleine forme voulait une injection, le médecin pourra lui faire comprendre qu'il serait sans doute préférable qu'il attende son tour. Mais même s'il y avait un peu de vaccination en avance de phase, ce ne sera certainement pas massif. Et si jamais c'était le cas, nous pourrions identifier le phénomène et agir en conséquence. Mais pour l'instant ce n'est pas du tout une crainte. Nous avons totalement confiance dans les médecins pour organiser la vaccination.
En dehors de la gestion des invitations, quels autres rôles va jouer l'Assurance-maladie dans la campagne ?
Dominique Martin : C'est à nous qu'il revient de construire la base de données qui permettra le suivi de la campagne. Sur le plan des systèmes d'informations, Santé publique France s'occupe de la gestion de la logistique et de la livraison des doses, de l'arrivée des vaccins sur le territoire jusqu'aux lieux de vaccination. L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) va suivre les effets secondaires, et le service statistique du ministère de la santé sera en charge de l'analyse des données et du pilotage de la campagne. Mais c'est bien l'Assurance-maladie qui créé la brique informatique centrale qui permettra d'enregistrer de façon exhaustive les personnes vaccinées, le numéro de lot, le bras d'injection, la bonne administration de la deuxième dose pour les produits qui le nécessiteront, etc.
Serez-vous prêts pour le démarrage de la campagne ?
Dominique Martin : Ce sera opérationnel pour le 4 janvier, tout à fait. Nous avons créé un système avec beaucoup de zones pré-remplies, pour faire gagner du temps aux médecins. Il y aura aussi un lien avec le site de déclarations des événements indésirables, pour faciliter les déclarations. A l'issue du processus, il sera également possible d'éditer un document qui vaudra certificat de vaccination. Ce système servira aussi à la rémunération des professionnels de santé vaccinateurs, pour rémunérer leurs actes.
L'Assurance-maladie va-t-elle jouer un rôle dans le repérage des événements indésirables ?
Dominique Martin : C'est avant tout la mission de l'ANSM, mais nous interviendrons par le biais de la pharmacoépidémiologie. Il existe un groupement d'intérêt scientifique entre la Cnam et l'Ansm, nommé Epi-Phare, qui rassemble des experts de nos deux organisations, et qui a déjà commencé à travailler. Il s'agira d'étudier les signaux remontant du réseau des centres régionaux de pharmacovigilance, à partir des déclarations des patients et des médecins. Mais nous utiliserons aussi des systèmes de screening de nos bases pour essayer de repérer d'autres phénomènes qui n'auraient pas fait l'objet de déclarations. Sans oublier que cette surveillance se déroulera aussi à l'échelle européenne et mondiale, ce qui en augmentera la puissance.
