Il y a des croyances qui ont la peau dure. L'idée qu'il ne faut pas solliciter son dos après un lumbago, par exemple. On entend même des kinés, des médecins du travail ou des généralistes dispenser de bonne foi les pires conseils. Reposez-vous et restez au lit autant que vous pourrez. Portez un corset pour immobiliser la colonne vertébrale. Et plus tard, quand vous devrez soulever une charge lourde, apprenez à garder le dos droit tout en fléchissant les genoux, pour éviter de vous blesser à nouveau! En réalité, les connaissances médicales n'ont cessé de progresser ces vingt dernières années pour aboutir à la conclusion inverse: la meilleure façon de traiter le mal de dos, c'est... de rester actif, malgré la douleur.
Rester actif? Plus facile à dire qu'à faire! La tentation est grande de bouger le moins possible quand le moindre geste se traduit par des coups de poignard à la hauteur de la colonne. Utilisés à bon escient, les médicaments antidouleur et les anti-inflammatoires permettent généralement de passer le cap difficile et de retrouver une certaine liberté de mouvement. Mais le mal de dos, plus que d'autres problèmes articulaires, terrifie ceux qui en sont victimes. "Lumbago, sciatique sont des mots qui font peur, alors qu'il s'agit, ni plus ni moins, d'une entorse du dos, dédramatise le Dr Jacques Vanvelcenaher, responsable à Hellemmes, près de Lille, d'un programme modèle pour retrouver l'usage de son dos en cinq semaines. La plus bénigne guérira en quelques jours, la plus grave en trois mois. Mais elle finira par guérir, à de rares exceptions près, alors que beaucoup de patients pensent tout de suite que leur dos est fichu!" Or les problèmes de dos sont fréquents. Entre 5 et 10% des individus déclarent en souffrir ou en avoir souffert au cours de l'année écoulée, selon les études disponibles. La lombalgie commune - autrement dit le tour de reins - représente, en France, près de 6 millions de consultations par an selon la Haute Autorité de santé. A elle seule, elle suscite 7% des arrêts maladie.
La lombalgie, première cause d'arrêt de travail en France
Et ces chiffres promettent de grimper encore. Car le stress est le premier facteur de risque, avant même le caractère physiquement pénible du métier exercé. En période de crise économique, l'expression "en avoir plein le dos" prend tout son sens. La lombalgie est, encore et toujours, la première cause d'arrêt de travail en France. Chaque jour, 50 000 personnes manquent à leur poste en raison d'un mal de dos qui s'est déclenché sur leur lieu de travail. Or les bons soldats tombés au nom de la productivité ont plus besoin de soutien moral et d'attention que de médicaments: la figure vers laquelle se tournent massivement ces patients, depuis plusieurs années, est l'ostéopathe, réputé plus disponible et à l'écoute que les autres professionnels de santé. L'engouement pour cette solution alternative a d'ailleurs suscité de nombreuses vocations et, dans la foulée, l'apparition de formations de nature médiocre. En mars dernier, le ministère de la Santé a annoncé un durcissement des conditions d'exercice de ce métier afin de garantir une qualité plus homogène des consultations, dont l'objet concerne à 70% le mal de dos. Le "mal du siècle" apparaît, plus que jamais, comme une pathologie aux causes multiples. Pour y faire face et éviter des répercussions trop importantes sur le quotidien, il faut renoncer à trouver la solution miracle. Admettre qu'il y a des jours avec et des jours sans. Garder confiance dans ses facultés de récupération. Et aussi s'informer. Car il existe à présent des techniques et des programmes de réhabilitation. L'Express a choisi de détailler, parmi les traitements aujourd'hui disponibles en France, ceux dont l'efficacité est avérée. Sans tomber pour autant dans l'angélisme car, dans la plupart des cas, on le sait, le médecin peine à trouver l'origine précise de la souffrance. A chacun de découvrir la technique la mieux à même de le soulager.
[Eclairage] Notre dossier complet sur le mal de dos
