Alors que les températures s'affolent en France, avec 32 départements en vigilance orange canicule ce vendredi, Jean Castex a voulu montrer qu'il n'oubliait pas les personnes âgées. "Je suis venu ici voir les dispositifs en place pour affronter le Covid et la vague de chaleur et constater que tout était prêt avec un recours aux tests et des salles rafraîchies", s'est félicité le Premier ministre, masque sur le visage, au sortir d'une visite de l'Ehpad des Ancolies, à Peronnas près de Bourg-en-Bresse, où le mercure frôlait les 35 degrés à l'ombre, et où quatre résidents sont mortes des suites du coronavirus ces derniers mois.

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Marqués par l'épidémie (fin juillet, près de la moitié des plus de 30 000 morts du Covid-19 en France étaient des résidents d'Ehpad, décédés dans leur établissement ou à l'hôpital), les établissements pour personnes âgées ont dû encaisser l'arrivée de l'été et de ses fortes chaleurs, tout en maintenant un dispositif spécifique anti-Covid-19. Alors que le thermomètre a commencé à dépasser les 40 degrés dans certains départements, leur personnel n'affiche pas le même optimisme que le Premier ministre, face à une double peine qui entraîne des nécessités contradictoires.

"Les équipes ont été extrêmement mobilisées depuis des mois pour lutter contre le virus et protéger les résidents, elles sont aujourd'hui épuisées. Elles continuent à être mobilisées de manière exemplaire. Il est donc essentiel que les établissements puissent renforcer la présence des personnels, notamment via la réserve sanitaire et les équipes de renfort COVID qui vont rester actives jusqu'à la fin du mois d'août", indique le Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées (Synerpa).

Comment en pratique concilier le besoin d'air frais et son contrôle ? Agnès Verrier, chargée d'expertise chez Santé publique France, livre des exemples de ces "injonctions contradictoires" qui supposent de s'adapter : en période de fortes chaleur, outre les conseils d'hydratation, on recommande de fermer fenêtres et volets le jour et pour le Covid d'aérer le plus possible; de renforcer le lien social et pour le Covid la distanciation physique.

Résultat, le personnel s'adapte comme il peut. Cette aide-soignante de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-marne a par exemple dû se poser la question de l'ouverture des fenêtres, pour permettre de respirer : "Le matin et la nuit, on essaie le plus possible d'aérer le logement, parce que ce sont les moments de la journée où il fait le plus frais", explique-t-elle à France 3. "Il faut faire coïncider les protocoles canicule et ceux liés à l'évolution du Covid, ce qui n'est pas évident", dit Eric Fregona, directeur adjoint de l'association des directeurs d'établissements AD-PA. Selon lui, il n'est pas aisé de cumuler "l'hydratation et l'humidification des corps aux gestes barrières". En outre, les espaces communs ayant des capacités d'accueil plus limitées, "il faut être beaucoup plus présent auprès des personnes âgées, leur proposer des douches ou des linges frais plus régulièrement, autant de temps humain et de bras de personnels déjà épuisés par cinq mois de crise", poursuit-il.

Climatisation à double tranchant

Autre cas problématique, les ventilateurs, bien pratique pour rafraîchir mais machines à propagation du virus. Parmi les préconisations : ce type d'appareil doit être nettoyé deux fois par mois (plutôt de deux fois par an en temps normal), les petits ventilateurs individuels ne seront autorisés que dans les chambres individuelles fermées, et l'appareil doit être éteint lorsqu'un soignant entre dans la pièce. Car "les ventilateurs ne font que brasser l'air intérieur, ils ne permettent pas d'évacuer l'air vers l'extérieur contrairement à des climatiseurs. Cela propage les petites particules, et potentiellement le virus un petit peu partout", a expliqué mardi sur BFMTV une infirmière coordinatrice d'un Ehpad de Haute-Garonne.

Par ailleurs, le ministère de la Santé a insisté sur une surveillance de la qualité de l'air brassé par la climatisation, qui pose le même souci logistique que les ventilateurs. "Le problème, c'est le brassage d'air", a confirmé jeudi sur RTL Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du syndicat Synerpa (les Ehpad privés). Elle a notamment appelé à être vigilant aux "climatiseurs à air recyclé" qui "doivent être utilisés avec précaution et plutôt dans des salles vides : on refroidit la pièce d'abord et puis ensuite on fait revenir les résidents".

"Pour les établissements dotés d'une climatisation fonctionnant en 100% air neuf, le port du masque n'est pas obligatoire pendant l'utilisation de la climatisation si la distanciation physique est respectée. Pour les établissements dotés d'une climatisation dont l'air est recyclé, il est nécessaire de porter systématiquement un masque et de la couper pendant les heures de repas", détaille-t-on du côté du syndicat.

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Mais "c'est un pic de chaleur, pas une canicule, donc c'est tout à fait gérable", a nuancé la représentante du Synerpa, rappelant que depuis l'épisode meurtrier de 2003 qui avait fait 15 000 morts, les établissements ont développé "un arsenal anti-canicule". Parmi les autres méthodes pour rafraîchir les résidents, la représentante du Synerpa cite l'"humidification des façades", "une adaptation des menus" ou encore "des tournées d'hydratation régulières".

Reste qu'il faut prendre en compte le rebond de l'épidémie, y compris chez les personnes âgées, les plus touchées par la première vague : selon les derniers chiffres de Santé publique France, depuis quinze jours, 70 Ehpad sur près de 7000 ont déclaré au moins un nouveau cas de Covid-19 parmi les résidents ou le personnel. "En augmentation depuis début juillet", le nombre de signalements semble toutefois "se stabiliser durant cette dernière semaine" avec 80 signalements de personnes contaminées contre 108 la semaine précédente, précise l'organisme.

Prudentes, certaines maisons de retraites ont quand même préféré remettre en place un confinement, notamment en Bretagne ou dans les Alpes-Maritimes. Par exemple à l'Ehpad Alexis Julien de Ploudalmézeau, dans le Finistère, où les visites de personnes extérieures sont à nouveau interdites depuis le 16 juillet. Selon son directeur David Guével, ce reconfinement était la décision "la plus raisonnable et la plus rationnelle à faire" pour mettre les résidents à l'abri de la chaleur et du Covid.