Qu'elle soit rédigée sur des pancartes ou scandée aux terrasses des cafés, il s'agit de l'attaque la plus répétée à l'égard du vaccin contre le Covid-19 : "Nous n'avons pas suffisamment de recul." Alors que la pandémie repart de plus belle - plus de 10 000 cas recensés vendredi soir - la question de la vaccination fracture les Français. Parmi les personnes réticentes à se faire piquer, beaucoup opposent le manque d'informations sur ce que contient le précieux sérum. Mais qu'en est-il maintenant ? Depuis sept mois, plus de 3,5 milliards de doses ont été administrées dans le monde. Et à travers ce large échantillon, le tableau s'éclaircit : des effets indésirables extrêmement rares ont été identifiés et l'efficacité des vaccins à ARN messager a été démontrée.
A la rentrée 2020, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) recensait 168 vaccins en cours de développement dans le monde, dont 28 au stade des effets cliniques ; six d'entre eux en étaient à la phase 3, la plus avancée. Aujourd'hui, quatre vaccins ont été autorisés en France : les vaccins à ARN messager (Pfizer/BioNTech et Moderna) et les deux autres à adénovirus (AstraZeneca et Janssen). "C'est une pandémie qui a débuté il y a un an et demi et les vaccins sont apparus très rapidement", concède à L'Express Mylène Ogliastro, chercheuse à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). Cette célérité dans l'obtention des vaccins s'explique par les financements hors normes qui ont été trouvés et la mobilisation internationale sur le dossier. Mais cette rapidité de fabrication des vaccins à ARN - peu connu du grand public - a souvent été utilisée pour mettre en doute son efficacité.
Une fois dans l'organisme, cette technique permet la production de protéines Spike pour créer une réponse immunitaire. "C'est une technologie qui est apparue dans les années 90 et qui a été améliorée depuis. Elle a été testée depuis quelques années - au début des années 2010-2014 - pour faire de l'immunothérapie anti-cancer", précise la virologue. A l'époque, l'objectif était d'aider les patients malades à combattre la tumeur grâce à leur propre système immunitaire. Chercheur en immuno-oncologie et spécialiste des vaccins pour le collectif "Du côté de la Science", Eric Billy abonde en ce sens : "Cela fait dix ans que les scientifiques bossent sur l'ARN messager et qu'ils injectent leurs vaccins à des patients. Si le public ne s'en est pas rendu compte, c'est que ce n'est pas le type d'information qui passe aux 20 heures."
"Il n'y a jamais eu autant de transparence"
Parmi les craintes liées à cette technologie, il y avait la question de la modification de notre ADN par l'ARN. Il s'agit aussi de l'un des arguments phares des personnes réticentes à la vaccination. La virologue Mylène Ogliastro balaye cette idée. Selon elle, l'ARN se dégrade très vite et la probabilité que ce dernier aille jusqu'au noyau - où se trouve notre matériel génétique - est "infime". D'autant que l'ARN du virus ne reste finalement que quelques heures dans notre organisme après injection du vaccin. Pas d'inquiétude donc sur ce point-là. "Par contre, les virus font cela beaucoup mieux. Les séquences d'origine virales dans nos génomes possèdent environ 10 % de séquences modifiées par des virus", éclaire Mylène Ogliastro. Dans les colonnes de L'Express, Gilbert Deray, professeur à la Pitié-Salpêtrière (Paris) va dans le sens de la chercheuse, déclarant qu'"à l'inverse de l'ARN, le SARS-CoV-2, lui, pourrait modifier l'activité de votre génome".
Par ailleurs, la couverture vaccinale d'une large partie de la planète a permis une identification précise des effets indésirables. "Ils sont bien caractérisés grâce à un système de pharmacovigilance qui est particulièrement important - réalisé au regard du fort taux de vaccination qui est colossal", constate Mylène Ogliastro. Deux fois par mois, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé publie un point de situation dans lequel elle fait état des signalements reçus du public et enquête sur les signaux enregistrés. "Il n'y a jamais eu de médicaments ou de vaccins qui ont donné accès à autant de données médicales. Rien n'est caché. Les vaccins à ARN messagers sont les médicaments qui ont été les plus scrutés, les plus attendus et les plus contrôlés, abonde Eric Billy. Aujourd'hui, une telle communication est une première et une bonne chose. Il n'y a jamais eu autant de transparence."
"Les effets indésirables sont vus après deux ou trois mois"
Depuis le début de la vaccination, 33 296 cas d'effets indésirables ont été analysés et validés par le réseau des Centres Régionaux de Pharmacovigilance (CRPV) sur les plus de 45 779 000 injections réalisées au 8 juillet 2021 en France. Mais alors, doit-on craindre l'apparition d'autres effets secondaires ? "Historiquement, les effets indésirables sont identifiés après deux ou trois mois", continue Eric Billy. En d'autres termes, les effets secondaires indésirables sont déjà apparus, et il y a aujourd'hui peu de chances d'en découvrir de nouveaux. "On a décelé les problèmes de thromboses avec le vaccin AstraZeneca au bout de deux mois. Même chose concernant les myocardites chez les garçons avec le vaccin Pfizer. Quand les gens disent que nous n'avons pas assez de recul, c'est faux.", tance Eric Billy.
Même son de cloche du côté de Mylène Ogliastro qui affirme que "l'on a fait le tour" du côté des effets indésirables. A sa connaissance, "dans la longue histoire de la vaccination, il n'y a pas d'effets qui soient apparus subitement, un an ou deux ans après le début de l'administration d'un vaccin." À noter que les personnes ayant reçu un vaccin Pfizer lorsqu'il était encore en phase 1 et 2 sont vaccinées depuis plus d'un an - et ils sont toujours suivis. Sur son site, le collectif "De l'autre côté de la Science" explique aussi pourquoi l'étude de suivi du sérum court jusqu'en 2023." Les concepteurs ont défini une période plutôt longue pour étudier l'efficacité du vaccin (...) Mais il y a un amalgame est fait entre efficacité prouvée conduisant à une autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle et la continuité de l'étude visant à comprendre la persistance de la réponse immunitaire."
Pharmacovigilance, effets indésirables, efficacité... Sept mois après le lancement de la campagne vaccinale dans les premiers pays, les scientifiques ont étayé leurs connaissances. Notamment sur la question des vaccins à ARN messager : "On a appris qu'ils fonctionnaient très bien. Il y a beaucoup d'avantages purement vaccinaux. Il s'agit d'une réponse immunitaire complète - avec des anticorps et des cellules immunitaires -, chose qui n'était pas nécessairement obtenue lorsqu'on faisait un vaccin à base de protéine. La réponse immunitaire cellulaire apporte aussi une meilleure durée dans le temps", insiste Eric Billy. De son côté, Mylène Ogliastro parle de "bijoux technologiques" estimant avoir été bluffée par cette technique qu'elle compare à une "avancée majeure en termes de lutte contre les maladies infectieuses."
