C'est un tour de passe-passe comme seule la France, semble-t-il, est capable de les réussir. En l'espace de quinze jours, nous sommes passés d'un débat sur la confiance dans les vaccins contre le coronavirus à un débat sur la confiance dans l'Etat. Entre ce que l'exécutif, y compris le président, dit et ce qu'il fait, l'écart se creuse, comme si coexistaient deux voies parallèles, qui donc ne se rejoindront jamais : le verbal et le réel. Emmanuel Macron, dans son entretien à L'Express, relevait : "Le jour où on a dit à la France qu'elle était une puissance moyenne, quelque chose de grave a commencé." De quoi notre pays est-il le nom depuis quelques jours ? D'une grande puissance, vraiment ? Vanter nos performances nationales en matière de lutte contre le Covid, répéter que nos résultats sont "parmi les meilleurs d'Europe" ne suffit pas à en faire une réalité ressentie comme telle par nos concitoyens. Parmi les pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU, seul un ne dispose pas de son propre vaccin : la France.

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Le 16 décembre, le Premier ministre Jean Castex affirmait : "La France a pris l'initiative pour que soit constituée une task force européenne [grâce à laquelle] tous les vaccins seront livrés à chaque pays européen au même moment. Nous avons précommandé de quoi vacciner 100 millions de personnes." Abracadabra... La folle journée du 22 décembre, qui a vu Emmanuel Macron demander que soit retiré un projet de loi sur la gestion des urgences sanitaires présenté la veille en Conseil des ministres, alimentait déjà le doute sur la capacité à tenir un cap. Car, au fond, ce qui trouble le plus, ce qui nuit le plus à la confiance, c'est l'incapacité à fixer une ligne et à s'y tenir. Depuis qu'Olivier Véran a exposé une stratégie le 29 décembre sur France 2, pas un jour ne passe sans que l'exécutif explique, annonce, avance le contraire de ce que le ministre de la Santé indiquait ce soir-là, assumant la lenteur de la vaccination et justifiant l'absence de vaccinodromes.

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Face au doute qui envahit l'ensemble de la sphère publique et remet en question jusqu'au moindre choix scientifique, face au complotisme qui ne lésine pas sur les approximations, l'Etat aurait vocation à jouer le rôle de valeur refuge. Il démontre plutôt le contraire : ce n'est pas l'Etat profond qui nous menace, c'est l'Etat moribond.