Ce sont deux cas sérieux pour des ministres en première ligne dans la crise sanitaire. On savait depuis le 14 mars qu'Elisabeth Borne avait été testée positive au Covid-19. Il a été indiqué ce lundi que la ministre du Travail, 59 ans, "a été placée sous surveillance médicale dans un hôpital de la région parisienne". Son état de santé est "en voie d'amélioration", a assuré le ministère dans un communiqué. C'est elle, notamment, qui doit inciter les entreprises à favoriser le télétravail, tâche compliquée alors que Matignon regrette le consensus entre organisations patronales et syndicales pour le freiner.

Roselyne Bachelot aussi a du pain sur la planche, qui multiplie les initiatives pour que le secteur dont elle a la charge, la Culture, survive à la pandémie. Or la ministre, bien qu'elle ait reçue la première dose du vaccin le 17 mars, a révélé trois jours plus tard avoir été testée positive. Agée de 72 ans, elle a fait état de "symptômes respiratoires".

Dites-le avec un tweet, écrivez-le dans un livre. Bruno Le Maire, en septembre 2020, a passé un sale moment qu'il raconte dans L'Ange et la bête : "Le soir, j'attrapai le Covid, par négligence, à la fête d'anniversaire d'une amie à laquelle j'avais tenu à accompagner Pauline [son épouse, NDLR]. [...] J'avais plongé ma main par inadvertance dans un bol à glaçons, qui avait dû servir de bénitier à la cinquantaine d'invités." Le virus, poursuit-il, "allait me faire vivre un moment d'angoisse, le matin où je sentis que mes poumons infectés étaient pris dans un étau et où je crus que j'allais mourir étouffé."

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Le ministre de l'Economie revient sur cet épisode dans un documentaire diffusé dimanche soir sur LCI : "Je suis un cas parmi des centaines de milliers d'autres, tous ceux qui ont vécu ça se souviendront toujours de cette panique qui vous saisit, quand vous sentez que vous n'arrivez plus à respirer, comme si vous aviez la tête sous l'eau et que c'était impossible de sortir la tête de l'eau." Un dernier mot, comme un dernier frisson : "Ça a basculé du bon côté, ça aurait pu basculer du mauvais côté, ça crée rétrospectivement une grande inquiétude."

Certains ministres n'ont pas dit qu'ils avaient été malades

Franck Riester (hier chargé de la Culture, aujourd'hui du Commerce extérieur) témoigne aussi en avoir beaucoup bavé, lui qui fut atteint dès le printemps 2020, de même que Brune Poirson, encore secrétaire d'Etat à l'Ecologie, et Emmanuel Wargon, toujours ministre déléguée au Logement, qui pour avoir tweeté "J'ai été diagnostiquée ce jour positive au Covid-19. Je n'ai que des symptômes bénins à ce stade. J'applique la règle : je reste chez moi pour me reposer et protéger les autres", fut rattrapée par la polémique : en ces temps qu'on pourrait croire très anciens, même se faire tester alors que l'on n'avait pas de symptômes graves était censé relever du luxe.

Il y a aussi ceux qui restent discrets sur le sujet, à l'image de Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, qui n'a pas fait état publiquement de sa maladie - or il a été asymptomatique. Edouard Philippe dont deux conseillers ont été gravement atteints quand il était encore à Matignon, a, lui, été touché par le virus dans sa ville du Havre dont il est redevenu le maire.

Le 17 décembre 2020, Emmanuel Macron, quelques minutes avant d'accorder un entretien à L'Express, apprend qu'il est positif. Il s'isole dans la résidence de La Lanterne, si bien que l'interview a lieu par visioconférence. Il choisira de tenir les Français informés de l'évolution de sa santé en enregistrant plusieurs messages, dont le premier : "J'ai été testé positif, ce qui montre que le virus vraiment peut toucher tout le monde, parce que je suis très protégé, je fais très attention, je respecte les gestes barrière, les distances, je mets le masque, je mets du gel hydroalcoolique et malgré tout, j'ai attrapé le virus."