"Des vacances studieuses !". Chaque été depuis 2017, voilà comment l'Élysée décrit le passage d'Emmanuel Macron au fort de Brégançon... et la belle saison 2021 n'échappe pas à la règle. Après son voyage au Japon, durant lequel il a notamment salué les sportifs français participant aux Jeux olympiques, puis sa tournée de trois jours en Polynésie française, le chef de l'État a donc une nouvelle fois rejoint sa résidence officielle du Var. S'il ne recevra pas de dirigeants cette année, il n'est pas question pour lui de laisser transpirer le moindre signe d'oisiveté, surtout au moment où le variant Delta se propage et les manifestations contre le passe sanitaire se radicalisent.
Des vacances studieuses, donc, mais aussi innovantes. Lundi matin, Emmanuel Macron a posté sur les réseaux sociaux Instagram et TikTok une vidéo de lui, tournée par lui, demandant aux internautes de lui poser directement des questions sur la quatrième vague et la vaccination, "la seule arme que nous avons". "Beaucoup parmi vous s'interrogent encore, ont peur. Beaucoup entendent de fausses informations, de fausses rumeurs, parfois n'importe quoi il faut bien le dire... Alors j'ai décidé de répondre directement à vos questions, allez-y, posez-les moi, j'essaierai d'être le plus direct et le plus clair possible", a-t-il déclaré en tee-shirt noir, plus décontracté qu'à l'accoutumée.
"Ce n'est pas la première fois qu'il utilise ses réseaux sociaux, et le président de la République s'exprime régulièrement sur l'importance de se faire vacciner, rappelle l'Élysée qui se félicite des "millions" de vues et de retours sur la vidéo en quatre heures début août. Il s'agit de montrer qu'il faut agir, encore et encore. Discuter, encore et encore." À l'instar d'Emmanuel Macron, la situation sanitaire oblige également plusieurs ministres à adapter leurs vacances cette année : "Mes vacances seront inversement proportionnelles aux courbes sanitaires", a déclaré Olivier Véran au Parisien, qui indique que l'Élysée et Matignon ont demandé au ministre de la Santé d'aller sur le terrain pour "suivre l'installation du passe sanitaire". Même souplesse pour le secrétaire d'État chargé du Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne, qui fera plusieurs déplacements au Pays Basque pendant ses congés.
Chez les Écologistes, le mois qui vient sera important pour les candidats à l'élection présidentielle... qui sont avant tout candidats à une primaire ! Les scrutins pour départager Yannick Jadot, Éric Piolle, Sandrine Rousseau, Delphine Batho et Jean-Marc Governatori auront lieu du 16 au 19 septembre pour le premier tour, et du 25 au 28 septembre pour le second. En ce début de mois d'août, les quatre prétendants n'ont visiblement pas la même stratégie ni le même emploi du temps.
"Contrairement à d'autres, Yannick ne fait pas de tournée des plages"
Yannick Jadot, très présent ces derniers mois, a décidé de prendre un peu de champ et de partir en vacances en famille. Si on nous assure que ses quelque "deux cents" relais sur le terrain s'affairent pour poursuivre le travail de proximité, le député européen attendra le départ des universités d'été des écologistes - le 19 août à Poitiers - pour réapparaître en grande pompe. "Contrairement à d'autres, Yannick ne fait pas de tournée des plages, confie l'un de ses intimes. Il se repose, parce qu'il aura une campagne présidentielle à mener après. Notre horizon, ce n'est pas la primaire, c'est l'Élysée !"
"Contrairement à d'autres"... Et notamment à Éric Piolle, subtilement visé. Le maire de Grenoble, principal concurrent de Jadot pour la primaire, a quant à lui théorisé son "été en campagne". Il suffit de jeter un oeil à son agenda pour se rendre compte qu'il ne s'agit pas que d'un slogan. Un jour, un déplacement : Rodez, le Larzac, l'Essonne en ce moment même ; puis, à partir de ce mercredi, Piolle embarquera sa famille pour une tournée qui le fera passer par Rennes, le Morbihan, La Rochelle, Bordeaux et le bassin d'Arcachon. "Il ne prend pas de vacances, ou très peu, nous explique-t-on dans son équipe. Il rencontre des militants, des élus, des associations, des entrepreneurs "des solutions", comme il le dit, pour continuer à convaincre et arriver aux journées d'été avec un projet encore plus travaillé sur le fond." Il en va de même pour la députée et ex-ministre de François Hollande Delphine Batho, ces derniers jours en campagne dans les Hautes-Alpes pour le jour du dépassement, bien décidée à bousculer le duel Piolle/Jadot.
A droite, tout le monde s'active
Dans les rangs des Républicains, surtout parmi les prétendants à la présidentielle, le mois d'août ne sera pas celui de la déconnexion. Jusqu'à la désignation du candidat officiel de la droite, pas de répit pour ceux qui voudraient se lancer dans la course, et pas question de laisser leurs concurrents prendre de l'avance pendant l'été. "La première enquête d'opinion qui doit donner le ton sur la popularité des candidats est prévue fin août, d'ici là, ils ont tout intérêt à exister politiquement, voire à sortir du bois, parce que ce qui fait la légitimité d'un candidat, c'est sa déclaration", analyse un dirigeant du parti. Être présent et bâtir une image de présidentiable : tel est le défi estival des poulains de la droite.
Pour Valérie Pécresse, sur les conseils de son entourage, il s'agira de briser une image trop parisienne, en multipliant les déplacements en province. Après Nice et Dreux, la présidente de la région Île-de-France fera escale à Clermont-Ferrand, à Marseille, à Angoulême et en Bretagne. Même programme pour Xavier Bertrand, qui sillonne les routes de France, enchaînant les réunions pour vérifier que ses idées infusent bien sur l'ensemble du territoire. Le président des Hauts-de-France n'oublie pas de distiller sur ses réseaux sociaux, quasiment chaque jour, des petites vidéos face caméra de sa tournée. Derniers exemples en date : ce dimanche, Bertrand s'est mis en scène dans les champs de la plaine du Vermandois, autour de son fief de Saint-Quentin, en train de conduire un tracteur pour le démarrage des moissons. Ce lundi, le voilà sur le "parking de l'usine Bonduelle à Estrées-Mons" pour voir comme "le vaccinobus mis en place par la région et l'ARS fonctionnait".
Du côté des candidats non déclarés, on chuchote, en interne, qu'ils devraient bientôt sortir du bois. C'est le cas pour Michel Barnier. "On dit que ce n'est plus qu'une question de jours, glisse un cadre. A mon avis, il ferait mieux de se déclarer le plus rapidement possible pour ne pas perdre trop de terrain. "Laurent Wauquiez, de son côté, laisse planer le doute, et malgré une interview fleuve aux allures de candidat accordée au Figaro à la veille du mois d'août, il assure vouloir jouer collectif. "On dit plutôt qu'il attend 2027, parce qu'il sait que son heure n'est pas venue, avance un député LR. Je le soupçonne surtout de vouloir faire tout son possible pour mettre des bâtons dans les roues de Xavier Bertrand, qu'il déteste allégrement."
