"L'élection présidentielle, c'est la rencontre d'un homme et d'un pays", disait, après beaucoup d'autres, François Bayrou. "Mais cela peut commencer par celle d'un homme et d'une région", glisse-t-on dans l'entourage de Laurent Wauquiez. Les régionales sont terminées, et l'ancien chef de file des Républicains, en retrait de la scène politique nationale depuis les élections européennes, a gagné son pari. Largement réélu à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, il entend désormais transformer l'essai, pour donner à ce résultat une envergure nationale. Car selon l'équipe de l'ancien ministre, son score rebat les cartes, à droite, en vue l'élection présidentielle à venir.

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"Je ne sais pas s'il y pense en se rasant, parce qu'il ne se rase plus", sourit un député LR parmi ses proches, qui voit dans la performance de Laurent Wauquiez le lancement d'une dynamique. "L'Auvergne-Rhône-Alpes est acquise à sa cause, reste à voir si cela va infuser dans les autres régions", avance-t-il. Sur son territoire, depuis 2019, le président démissionnaire des Républicains veut s'imposer en homme de confiance, un gestionnaire sur lequel on peut compter en cas de coup dur, comme cela a été le cas au moment du Covid, au printemps 2020. "C'est quelqu'un qui a reconstruit la région à son image, c'est un bâtisseur", assène Dino Cinieri, député LR de la Loire et conseiller régional qui rappelle le bilan économique de la région (une baisse de 5,9 % des dépenses de fonctionnement, notamment).

"C'est un homme de crise, qui sait être présent dans les situations difficiles"

"C'est un homme de crise, qui sait être présent dans les situations difficiles, et la population lui en est reconnaissante, analyse Damien Abad qui préside le groupe LR à l'Assemblée nationale. Il faudra compter avec lui pour l'avenir, car Laurent Wauquiez est une voix qui porte à droite." Encore doit-il redorer son blason auprès du grand public, car l'image du président de région détonne entre ses terres d'élection et la scène nationale ; en particulier depuis le cuisant échec aux européennes, où son candidat, François-Xavier Bellamy, a à peine dépassé les 8 %. Mais Laurent Wauquiez le dit bien volontiers : "On apprend plus d'une défaite que de ses victoires successives", et il tient à faire savoir qu'il a tiré les leçons de celle-ci. "J'ai connu les moments où il faut être capable de se remettre en question, et je ne les oublierai pas", assène-t-il, au soir du second tour.

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"Les régionales constituent pour lui une forme de réhabilitation politique, soutient un proche conseiller. Cela montre que lorsqu'il se présente sur son nom, ça marche. Il n'a d'ailleurs jamais perdu une élection où il était lui-même candidat." Etape par étape, Laurent Wauquiez enfile le costume du présidentiable, et fusent déjà les attaques envers les autres candidats putatifs. "Lui n'a jamais trahi sa famille politique", tacle Dino Cinieri, pointant du doigt Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, qui ont claqué la porte du parti.

"Laurent Wauquiez ne peut pas gagner avec sa ligne"

"Il incarne une ligne politique claire, celle d'une droite cohérente", estime Damien Abad. Et pour l'ancien chef des Républicains, pas question de transiger avec ses idées axées sur l'économie des dépenses publiques, la sécurité et la lutte contre le communautarisme, quitte à se mettre à dos une partie de la droite. "Laurent Wauquiez ne peut pas gagner avec sa ligne, affirme un conseiller à la région. Je ne crois absolument pas qu'une position si radicale puisse prévaloir lors de l'élection présidentielle, et Nicolas Sarkozy l'a prouvé en 2012." "La perception que les gens ont de Laurent Wauquiez est non pas négative, mais destructrice. Il veut juste vendre un poids pour peser en cas de victoire de la droite, il sait qu'il ne peut pas y arriver cette fois", souffle-t-on dans les rangs de Xavier Bertrand.

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Si le patron de la région Auvergne-Rhône-Alpes a obtenu son ticket pour le match à venir, qui déterminera celui qui portera le drapeau de la droite à la présidentielle, il ne veut pas se précipiter pour autant. D'autant que le dernier sondage Ifop le place en quatrième position dans les intentions de vote, derrière Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et François Baroin. Deux enquêtes d'opinion seront lancées, fin septembre et mi-octobre, pour tenter de déterminer un candidat naturel. En cas d'échec, le parti optera pour une méthode de départage, bien souvent source de déchirements internes chez Les Républicains, mais à laquelle Laurent Wauquiez est favorable. "Il faut profiter de la dynamique régionale pour installer les choses, mais ne pas sortir du bois trop tôt", commente un conseiller. Pas de prise de position officielle, mais autour du potentiel candidat, on s'organise. Et Brice Hortefeux de coacher son poulain pour 2022 : "Je lui ai dit : 'tu n'as pas de baie vitrée mais tu as une fenêtre, vois si elle s'ouvre'."