Le Premier ministre l'a lui-même annoncé ce dimanche : en région Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), la liste La République en marche (LREM) s'est retirée de la course pour les élections régionales des 20 et 27 juin 2021, au profit du président sortant Renaud Muselier (Les Républicains).
Celui-ci avait appelé jeudi "au bon sens" des Marcheurs, lors de sa première conférence de presse en tant que candidat officiel. "La majorité présidentielle répond très favorablement" à cette "initiative", a expliqué Jean Castex dans Le Journal du Dimanche, en évoquant une fusion des deux listes. La secrétaire d'État aux personnes handicapées Sophie Cluzel, tête de liste de LREM en Paca ainsi que "des représentants de la majorité parlementaire vont intégrer le dispositif conduit" par Renaud Muselier, affirme le Premier ministre. Sophie Cluzel a précisé au JDD qu'elle serait candidate dans le Var.
En revanche, Renaud Muselier n'a pas confirmé de fusion de liste. Contacté par l'AFP, il a répété ce qu'il avait dit sur Twitter : il "prend acte" et "se félicite" de l'annonce du Premier ministre. Jeudi, il avait refusé d'avance un "accord d'appareil" avec LREM. Mais le Premier ministre a pourtant évoqué cela dans le JDD, estimant que cette "union" irait même "bien au-delà d'accords d'appareils". "C'est un exemple de la recomposition politique", estime Jean Castex. Après cette annonce, les ténors des Républicains, de Christian Jacob à Xavier Bertrand, ont fustigé une "terrible erreur", et le président de la région sortant ne pourra pas bénéficier de l'étiquette des Républicains.
Front républicain
Interrogée ce dimanche matin sur France info, Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté et tête de liste LREM à Paris pour les régionales, a évoqué un "front républicain (...) fondamental". "Il y a un risque très élevé de Rassemblement national dans la région Paca", estime la ministre. Elle a rappelé qu'aux précédentes régionales, Christophe Castaner, alors candidat socialiste de Paca, "avait décidé dans un deuxième temps de retirer sa liste pour faire barrage au RN".
Mais l'idée d'une "alliance" a semé la zizanie à droite. En Paca, l'alliance est soutenue par Christian Estrosi, le maire de Nice et prédécesseur de Renaud Muselier à la tête de la région. Le maire de Toulon Hubert Falco s'est également déclaré favorable à cette union des listes. "Quand je suis allé reconquérir la mairie de Toulon en 2001 et mettre fin à la gestion catastrophique du FN, j'y suis allé à une condition, celle de faire une liste de rassemblement avec des gens qui ne partageaient pas forcément mes opinions. Et pourquoi aujourd'hui le faire avant le 1er tour ? Au moins, c'est clair pour les électeurs!", a-t-il déclaré à Var Matin.
Le premier adjoint au maire de Nice, Anthony Borré, s'est pour sa part exprimé en ligne : "Certains semblent avoir tout oublié : l'élection de 2015, l'union UDF/RPR avec des candidats différents aux présidentielles et les valeurs gaullistes. Ceux-là s'inquiètent pour leur propre avenir et ignorent le risque RN", a-t-il déclaré dans un tweet relayé par Renaud Muselier.
"Ils ont osé l'inacceptable"
En revanche, Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et président de la commission nationale d'investiture LR pour les régionales a dénoncé "un coup de poignard dans le dos" sur Twitter. Il affirme avoir su "dès avant le premier tour de la présidentielle, (qu'ils) préparaient leur mauvaise soupe sur le petit feu élyséen dans la mauvaise marmite En Marche." "Ils ont osé l'inacceptable", estime-t-il. "Ce matin, je pense à la France qui mérite tellement mieux. Ainsi qu'à nos militants et à nos électeurs, trahis dans leurs convictions", termine-t-il.
Le député du Vaucluse Julien Aubert a exigé sur franceinfo ce dimanche "une clarification". Il pense que, si la fusion a lieu, "il ne faut pas être grand devin pour comprendre que les Républicains risquent d'exploser." Annonçant qu'il ne participerait pas à cette fusion, il a déclaré : "Je maintiens que nous devons être un parti d'opposition à Emmanuel Macron, je me bats contre sa politique au Parlement, ce n'est pas pour aller siéger pour un fauteuil avec sa ministre ou certains de ses députés."
Du coté de l'état-major des Républicains, la réaction a été rapide : Renaud Muselier "ne pourra pas bénéficier de l'investiture LR", a déclaré le patron du parti Christian Jacob. Il s'en est pris dans un communiqué publié sur Twitter aux "petites manoeuvres électorales en Paca": "Le premier tour doit être celui de la clarté et de la fidélité à ses convictions, ses engagements et ses alliés naturels".
De con côté, le président de la région Hauts-de-France et candidat à la présidentielle Xavier Bertrand a jugé sur BFMTV que "cet accord nous amènera au déshonneur et à la défait. Selon lui, Renaud Muselier "a fait une terrible erreur" en acceptant une alliance avec LREM dès le premier tour en région Paca. "Avec En Marche, il ne gagnera pas. Cet accord il est irresponsable, car il fait du Front national le seul opposant."
La gauche unie mais sans les écologistes
Thierry Mariani, ministre sous le président Sarkozy et désormais chef de file du Rassemblement national pour les régionales en Paca, a appuyé sur ces dissensions au sein des Républicains en saluant sur Twitter les réactions négatives de Nadine Morano ou Guillaume Peltier, vice-président délégué LR, et en se félicitant que "quelques rares personnes (aient) gardé une colonne vertébrale"
Selon plusieurs sondages effectués avant cette annonce de dimanche, Thierry Mariani arriverait en tête du premier tour aux régionales mais serait devancé au second par Renaud Muselier. Une étude de l'Ifop mi-avril pour La Tribune et Europe 1 avait cependant suggéré qu'une alliance LR-LREM dès le premier tour permettrait au duo de devancer le RN et de gagner au second, y compris dans l'hypothèse d'une triangulaire avec une union de la gauche et des écologistes.
La gauche devrait se présenter unie au premier tour cette année, mais sans les écologistes, qui menacent toujours de partir seuls en lice. Mais elle n'a pas encore fait connaître sa ou ses têtes de liste. Elle est absente au Conseil régional depuis six ans, suite au retrait entre les deux tours des régionales de 2015 de la liste conduite par Christophe Castaner face à la menace de victoire de la liste FN menée par Marion Maréchal-Le Pen.
