Une désagréable sensation de déjà-vu. Le 23 avril 2017, François Fillon ne franchit pas l'épreuve du premier tour de l'élection présidentielle. Emmanuel Macron, Marine Le Pen ou vote blanc : les chapeaux à plumes des Républicains (LR) sont invités à se prononcer dès 20 heures. Convictions et stratégies s'entremêlent dans ce choix inédit pour la droite républicaine.

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Mais elle se rassure. L'ancien Premier ministre a échoué en raison des affaires, LR va retrouver sa place sur l'échiquier politique et sur le devant de la scène. A tort. Cet "accident de l'histoire" est en passe de se répéter. La candidate Valérie Pécresse, grande gagnante de la primaire, est distancée dans les sondages par les finalistes du précédent scrutin. La droite se prépare à un nouveau dilemme cornélien.

"Les gens ne croient plus la droite aujourd'hui"

En cinq ans, le parti n'a pas su trouver une place conforme à son assise idéologique. La France n'a jamais été aussi conservatrice. Et pourtant, Les Républicains sont plus faibles que jamais. A quoi sert désormais ce vieux "parti de gouvernement" ? Un devoir d'inventaire s'impose. Emmanuel Macron a agrégé la frange modérée et réformiste de la droite. Le Rassemblement national (RN) puis Eric Zemmour se sont emparés de son flanc populaire et plus radical. Des offres politiques vierges de trahisons, qui ne portent pas les stigmates du quinquennat de Nicolas Sarkozy. "Notre électorat a été dupé par le passé. Les gens ne croient plus la droite aujourd'hui", confie un stratège LR.

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Cette concurrence a plongé le mouvement dans une crise existentielle. Certes, le parti a multiplié depuis 2020 les conventions thématiques, préludes à son projet présidentiel. Mais cela s'est révélé insuffisant. "Les gens ne veulent pas des mesures mais du sens, note un cadre issu des Républicains. Nous n'avons pas produit d'idées neuves et nous avons pensé que le pouvoir nous reviendrait de droit."

"Nous ne sommes pas allés assez loin dans le reformatage de notre logiciel", admet le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau qui alerte depuis 2017 sur la nécessité de refonder idéologiquement la droite. Les victoires locales de LR - aux municipales puis régionales - n'ont été que le cache-sexe d'un effacement national. Elles signent la notabilisation d'une droite incapable de démontrer sa raison d'être.

Manque de ligne autonome

On a souvent glosé sur l'étau, la tenaille formés par Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Ce lieu commun n'est pas faux. Il a piégé la droite. Obnubilé par ses concurrents, LR n'est pas parvenu à définir une ligne autonome. Il s'est positionné par rapport à ses adversaires, au risque de perdre sa saveur propre. Son pan le plus modéré s'est présenté comme une version améliorée du chef de l'Etat. "Il faut faire du Macron en mieux", confiait en avril un fidèle de Valérie Pécresse. Sa frange droitière a semblé promettre une version crédible du lepénisme. En mai 2021, Eric Ciotti évoquait une "capacité à gouverner et une histoire différente" pour souligner les divergences entre son parti et le RN.

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Etre une vague copie d'un candidat plus fort n'est pas une rampe de lancement. "Nous pratiquons depuis 2012 une stratégie de la part de marché, regrette le n°3 de LR Aurélien Pradié Nous essayons de parler à notre coeur de 20%, devenu 15% et en passe d'être 10%. Quand on raisonne ainsi, on est obsédé par ses concurrents. Nous devons être dans une démarche de conquête et arrêter de penser aux deux mâchoires de la tenaille."

Voeu pieux. L'audace n'est pas le propre d'un parti en danger de mort. Le cas Pécresse en témoigne. Obsédée par le rassemblement des siens, la candidate n'a jamais donné une tonalité propre à sa campagne. Sa ligne de synthèse la prive de toute singularité. Cette fadeur est le produit d'un affaiblissement de la droite depuis la défaite de Nicolas Sarkozy. Héritier de l'UMP, LR est né à l'âge d'or du bipartisme. Puissante et dotée d'un leader fort, la droite pouvait mettre ses divergences stratégiques sous l'éteignoir. Nul ne percevait alors les différences entre Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand. Les défaites successives ont laissé éclater les courants. La force s'est muée en flou.