C'est un ultime coup de théâtre dans la (très) médiatique course à la mairie de Marseille : la présidente de la métropole et du département des Bouches-du-Rhône Martine Vassal (LR) a annoncé ce jeudi qu'elle se retirait de la course à la succession de Jean-Claude Gaudin à Marseille, pour laquelle LR présentera finalement la candidature du député Guy Teissier.

"J'ai fait le choix de la sagesse, j'ai fait le choix de l'expérience, j'ai fait le choix du consensus", a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse, aux côtés de Guy Teissier. La désormais ex-candidate à la mairie de Marseille a ainsi assuré que le candidat dissident LR Bruno Gilles apporterait ses trois voix au député, lors de l'élection du maire prévue samedi.

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Par ce jeu de chaises musicales, c'est un bras de fer qui se conclut, Bruno Gilles ayant auparavant annoncé qu'il était prêt à voter pour un candidat LR, mais pas pour Martine Vassal - battue dimanche soir dans son secteur, où Jean-Claude Gaudin était régulièrement réélu dès le premier tour.

Le doyen des candidats marseillais

"Les listes que j'ai menées, elles ont bien résisté", a estimé Martine Vassal, jugeant que son camp des "modérés, des humanistes" avait "toute légitimité" pour présenter un candidat à la mairie centrale, malgré son arrivée largement en seconde position dimanche soir.

"Notre choix, c'est de ne pas laisser l'ultra-gauche prendre la ville de Marseille", a-t-elle poursuivi, évoquant l'âge de Guy Teissier - 75 ans - pour justifier la décision de lui passer la main. Car dans le match ultra-serré et imprévisible du troisième tour pour la mairie de Marseille, Guy Tessier peut miser sur cet atout : en cas d'égalité lors du vote devant le conseil municipal, le doyen des candidats "devient maire de droit", relevait-il mardi dernier.

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C'est bien la date de naissance qui pourrait s'avérer décisive lors du vote des 101 conseillers municipaux marseillais chargés d'élire le maire samedi : au 3e tour du vote, qui se joue contrairement aux deux premiers à la majorité relative, en cas d'égalité de voix entre deux candidats, le plus âgé des deux l'emporte. Michèle Rubirola (Printemps marseillais), 63 ans, serait alors battue.

"Possible recours"

Dès le début de la bataille, le député LR de la 6e circonscription des Bouches-du-Rhône n'avait pas hésité à se poster en première ligne. Mardi, il indiquait ainsi se voir en possible "recours" de la droite pour emporter l'élection du maire de Marseille, si Martine Vassal n'était finalement pas candidate.

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"Je serai loyal jusqu'au bout à Martine Vassal, mais je pourrais être un recours si elle décide de ne pas y aller pour des raisons qu'elle a jugées bonnes", a-t-il ajouté. "Je ne serai candidat que si Martine Vassal le décide". "J'ai l'expérience, j'ai présidé la communauté urbaine (...), j'ai eu beaucoup de succès électoraux", a-t-il plaidé.

"Vieux routier" de la politique marseillaise

Ancien président de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), Guy Teissier a toutes les cartes en main pour jouer de sa longue expérience. Député des Bouches-du-Rhône depuis 27 ans, président de la MPM puis du territoire Marseille-Provence de 2014 à 2017, le septuagénaire est un vieux routier de la politique marseillaise, où il a été maire du 5e secteur pendant 18 ans - élu en 1983, puis en 1995, 2001 et 2008.

En 2014, il est une nouvelle fois tête de liste dans les 9e et 10e arrondissements, pour l'équipe du maire sortant de Marseille Jean-Claude Gaudin. Sa liste l'emporte au second tour, avec plus de 51,4% des voix en triangulaire - Guy Tessier cède alors sa place de maire du 5e secteur à l'un de ses proches, Lionel Royer-Perreaut, lequel a d'ailleurs annoncé jeudi soir sa candidature, lui aussi, au poste de maire de Marseille et son refus de soutenir Guy Teissier.

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En parallèle, Guy Teissier s'est largement impliqué sur le terrain de sa circonscription, où il a notamment présidé le Groupement d'intérêt public des Calanques de Marseille et de Cassis, de 1999 à 2012. À l'origine du Parc national des Calanques, créé en 2012, il se targue aujourd'hui d'être le candidat "le plus écologiste" à la mairie de Marseille.

"Enfant des quartiers nord"

En cas de victoire samedi, celui qui se présente comme "un enfant des quartiers nord" promet déjà d'être "un maire de rassemblement", "un maire de Marseille qui sera loyal avec la présidente du conseil départemental, et celle de la métropole". Un clin d'oeil appuyé à Martine Vassal, désormais ex-candidate LR à la ville, qui dans les prochains jours pourrait tenter de conserver sa place à la tête de la présidence de la métropole Aix-Marseille-Provence, où la droite est largement majoritaire.

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Assurant qu'elle ne ferait "pas de compromissions", Martine Vassal a par ailleurs lancé un appel du pied à Samia Ghali en rappelant qu'elle avait retiré sa liste dans le 8e secteur des quartiers nord de la ville, où la sénatrice a été réélue dimanche, alors que le Printemps marseillais avait choisi de se maintenir contre elle, provoquant une triangulaire avec le RN.

Pas un mot en revanche en direction du Rassemblement National, qui pourrait se révéler un soutien embarrassant s'il orientait ses voix vers Guy Teissier, issu des rangs de la droite dure. Interrogé sur la position qu'il adopterait en cas de victoire grâce aux élus RN, ce dernier a préféré esquiver : "Ce n'est pas écrit sur les bulletins", a-t-il simplement lancé.