Entre coup de coeur et caprice, les premières vacances d'un président ne sont jamais neutres. Nicolas Sarkozy se brûla les ailes à Wolfeboro dans le luxueux New Hampshire, François Hollande épuisa son crédit sur les plages du Var. En août 2017, Emmanuel Macron impose son choix : Brégançon, c'est non, ce sera Marseille et tant pis si les services de sécurité de l'Elysée s'en souviendront longtemps. Le président avait décidé de loger avec son épouse dans la résidence privée du préfet de région, qui possède un parc de plusieurs hectares et une grande piscine. Il avait surtout choisi de n'en faire qu'à sa tête, entre promenade sur la plage du Prado, visite au château de la Buzine, et, surtout, rencontre avec les joueurs de l'Olympique de Marseille sur les lieux de leur entraînement, à La Commanderie. L'OM avait déjà donné lieu à cet échange mémorable dans un documentaire que TF1 avait diffusé au lendemain de la victoire, en mai 2017. Emmanuel Macron : "Oh merde. Deuxième fois, putain !" Brigitte Macron : "Quoi donc ??!" Emmanuel Macron : "Monaco a encore battu l'OM."
Entre le président et Marseille, c'est du sérieux. Pour preuve, cette longue visite qu'il entame ce mercredi et qui se prolongera jusqu'à vendredi soir afin de présenter un plan qui claque comme un slogan électoral, "Marseille en grand" - en 2002, une affiche de Jacques Chirac candidat à sa réélection s'intitulait "La France en grand, la France ensemble". Pour un chef de l'Etat aux allures parfois très parisiennes, aimer Marseille ne peut pas faire de mal. La ville avait déjà été envisagée comme une destination possible du fameux "pèlerinage" avant l'été, avant donc la série de meurtres des derniers jours.
Le maire PS Benoît Payan, une bonne surprise pour la Macronie
Mercredi, le plus jeune président que la France ait élu se rend chez le plus jeune maire que Marseille ait connu (à défaut de l'avoir élu directement: c'est Michèle Rubirola à la tête du Printemps marseillais que les électeurs avaient choisie). Benoît Payan le socialiste, c'est la bonne surprise pour la Macronie. Celui que l'on n'attendait pas et qui n'était pas censé devenir le premier magistrat de la ville aurait été très impressionné par sa rencontre avec Emmanuel Macron, au début de l'année. Il a depuis déjeuné avec le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et même reçu, au lendemain de sa prise de pouvoir sur la Canebière, un coup de fil amical de son voisin de bureau pendant le quinquennat de François Hollande, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal - le premier était collaborateur de Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées, le second conseiller de Marisol Touraine, ministre de la Santé.
Alors que le chéquier sera de sortie pour la cité phocéenne, Payan multiplie ces jours-ci les propos constructifs vis-à-vis de l'hôte de l'Elysée. Lequel avait déjà réussi à s'attirer les louanges de Jean-Claude Gaudin (LR), qui, disait-il au premier semestre 2021, "cherche sans trouver" qui aurait fait mieux que le président face à la crise sanitaire, le qualifiant au passage de "jeune, déterminé, courageux". Le personnel politique est presque à l'unisson, de Renaud Muselier, le président LR de la région Sud, à Martine Vassal, la présidente LR du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, qui a signé à la surprise générale au début de l'été une tribune dans le Journal du dimanche saluant "le courage des décisions prises par Emmanuel Macron" après son allocution télévisée du 12 juillet.
Emmanuel Macron était arrivé troisième au premier tour de l'élection présidentielle en 2017 (20,4%), derrière Jean-Luc Mélenchon (24,8 %) et Marine Le Pen (23,7%). Comme souvent en Macronie, ce socle solide ne s'est pas traduit localement, le candidat LREM Yvon Berland ayant été écrasé aux municipales. Cette fois, c'est le président qui sera en première ligne, mais l'ombre du candidat ne sera pas loin, peut-être même ne verra-t-on qu'elle. Quand on aime, on ne compte pas.
