Il n'avait jamais caché ses ambitions, mais avait dû se résoudre à se ranger derrière "l'union de la gauche". Le vent a tourné depuis pour Benoît Payan. Le 15 décembre, la maire de Marseille Michèle Rubirola a annoncé sa démission. Et, comme elle en avait émis le souhait, le socialiste de 42 ans lui a succédé ce lundi.

Il y a encore un an, Benoît Payan se voyait bien mener la campagne la liste de l'union de la gauche, baptisée Printemps marseillais, pour les municipales. Cet ancien soutien de Benoit Hamon à la présidentielle de 2017 portait cependant avec lui un lourd fardeau : socialiste de la première heure, il était contesté au sein du Printemps marseillais par la France insoumise et plus particulièrement Jean-Luc Mélenchon, rapporte Le Monde. Même si le député des Bouches-du-Rhône voit en lui l'une des figures de la gauche de "demain" dont l'avenir pourrait s'écrire en grandes lettres, relève Libération.

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Durant le dernier mandat de Jean-Claude Gaudin, Benoît Payan avait fait de ses prises de parole lors des conseils municipaux sa marque de fabrique, imprimant sa personnalité et maîtrisant le verbe à la perfection. Élu cet été dans les très populaires 2e et 3e arrondissements avec 46,28% des voix au deuxième tour, le quadragénaire a fait ses classes au département dirigé par l'ex-socialiste Jean-Noël Guérini qu'il affrontera plus tard. Il a aussi travaillé dans les cabinets de Michel Vauzelle à la région Provence Alpes-Côte d'Azur et de Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Déjà maire par intérim de façon officieuse

En l'espace de quelques mois, il aura plus souvent pris la parole que Michèle Rubirola. Sur Twitter, il est omniprésent, quand l'édile est absente, note l'Obs. Benoît Payan attire les micros, tout le contraire de Michèle Rubirola qui les contourne. Lors de l'annonce fin septembre de la fermeture, pour cause de crise sanitaire, des bars et restaurants, le premier adjoint dénonce très médiatiquement "un affront" du gouvernement envers les Marseillais. Les images sont diffusées en boucle dans les médias.

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Il se fait également remarquer pendant qu'il assure l'intérim en raison de l'absence de Michèle Rubirola, convalescente après une opération, en demandant aux organisateurs de la Coupe du Monde de rugby organisée pour partie à Marseille de revoir leur copie, estimant "la charge financière bien trop lourde" pour une des villes les plus pauvres de France.

Notaire de formation, il n'a jamais exercé, faisant ses premières armes au sein du département des Bouches-du-Rhône, alors dirigé par Jean-Noël Guérini, puis dans les cabinets, à la région, puis chez la ministre Marie-Arlette Carlotti au sein du gouvernement de François Hollande.

Validé par le conseil municipal

Tout n'était pas acquis pour Benoît Payan. Il devait encore passer l'étape ce lundi de l'élection au conseil municipal. En juin dernier, le Rassemblement national avait déserté le vote, rappelle l'Obs. Cette fois-ci, LR n'y a pas pris part non plus, dénonçant une "forme de déni de démocratie".

En juillet, en raison de la loi PLM (Paris-Lyon-Marseille) obligeant à un vote par secteur dans ces trois villes, l'élection de Michèle Rubirola s'était jouée au "troisième tour", c'est-à-dire au conseil municipal, au terme de multiples rebondissements.

Le Printemps marseillais avait finalement réussi à s'assurer du soutien de la liste de gauche concurrente conduite par Samia Ghali. Mais cette dernière avait indiqué qu'elle "réservait son expression", précise Le Monde. Si entre l'ancienne sénatrice et le successeur désigné de Michèle Rubirola, les relations ne sont pas au beau fixe, il a cependant pu compter sur le soutien de Ghali et de ses huit colistiers ce lundi. L'ancienne sénatrice socialiste avait évacué jeudi les doutes, en renouvelant son "contrat" avec le Printemps marseillais.

Benoît Payan, lui, veut continuer d'en porter les priorités : lutte contre le logement insalubre dans une ville marquée par l'effondrement de deux immeubles vétustes qui avait fait huit morts en 2018, rénovation des écoles et diminution des inégalités, dans une ville marquée par de fortes disparités.