Oui, ce n'est qu'un sondage. Oui, l'élection présidentielle n'aura lieu que dans quatorze mois et les Français n'ont pas encore la tête à cela. Mais tout de même : Nicolas Dupont-Aignan pointe à 7% d'intentions de vote dans une enquête réalisée par l'institut Ipsos pour L'Obs. Une étude Harris Interactive, publiée fin janvier par L'Opinion, le crédite du même score. Plus que ses résultats de 2012 (1,8%) et 2017 (4,7%). La crise interne qui frappe Debout la France (DLF) et l'hémorragie de cadres n'y changent rien. Le souverainiste parvient à se faire une (petite) place entre Les Républicains (LR) et le Rassemblement national (RN).
"Je suis très satisfait", confie à L'Express Nicolas Dupont-Aignan. Le député de l'Essonne voit dans ces chiffres la consécration de sa "cohérence idéologique sur le patriotisme", validée par la crise sanitaire. Il entend attirer à lui à un électorat "anti-système modéré", proche de celui séduit par François Bayrou en 2007. "Il est à un niveau élevé, constate le directeur Général Délégué d'Ipsos Brice Teinturier. Il existe un électorat qui ne souhaite pas aller vers le RN et qui est réticent à une candidature potentielle de Xavier Bertrand, jugée pas assez à droite."
"Il est souvent haut au départ et chute après"
Nicolas Dupont-Aignan, qui admet avoir "un pied dans chaque électorat", s'engouffre dans cet interstice. Après avoir soutenu Marine Le Pen au second tour de la présidentielle 2017, il a décidé de s'affranchir de la tutelle du RN. Il lâche ses coups contre son ancienne alliée, dont il fustige le programme et l'incapacité à battre Emmanuel Macron au second tour.
"Il est évident que la seule répétition du duel de 2017, comme un automatisme, une sorte de méthode Coué, ne ferait que favoriser la réélection d'Emmanuel Macron", lançait-il le 28 janvier lors de ses voeux à la presse. Son objectif : atteindre 10% d'intentions de vote en septembre pour déclencher une dynamique.
LR et RN observent avec distance la bonne forme de l'ancien maire de Yerres. Ils en sont convaincus : les sondages du souverainiste sont à manier avec précaution. "Je ne crois pas en sa capacité à troubler le jeu. Il est souvent haut au départ et chute après", glisse un député LR. "Dupont-Aignan a le talent de se tirer une balle dans le pied dès qu'il obtient un bon score dans les sondages, ajoute un cadre RN. Il croit que c'est acquis et tente de faire du buzz. Mais les électeurs de son parti sont à cheval sur certains principes."
Un électorat "très politisé"
Au RN, on assure ne pas s'inquiéter du cas Dupont-Aignan. Créditée de 25% d'intentions de vote dans le sondage Ipsos, Marine Le Pen est aujourd'hui bien placée pour atteindre le second tour de scrutin. "Cela serait plus simple qu'il s'efface derrière Marine Le Pen, mais on ne va pas adapter notre stratégie en raison de candidats aux résultats marginaux", juge un élu au RN. Le parti mise sur un bon report des voix du souverainiste au second tour, en raison de la proximité idéologique avec le RN.
Les Républicains affrontent une autre équation. Chaque vote prêté à Nicolas Dupont-Aignan peut freiner leur ambition d'être finaliste de la présidentielle. Xavier Bertrand est crédité de 15 à 16% des suffrages, dans l'enquête Ipsos. A droite, le regard porté sur Debout la France diffère selon les sensibilités politiques internes. Ceux qui veulent reconquérir les déçus du macronisme - majoritaires dans le parti - se montrent presque indifférents. Pas question de courir deux lièvres à la fois. "Je ne crois pas en notre capacité à capter cet électorat, estime un cadre LR. Il est très politisé et souhaite voir apparaître une droite hors les murs, type Marion Maréchal. On peut davantage capter des gens moins politisés et déclassés."
Tenant de la ligne souverainiste au sein de son parti, Julien Aubert porte un regard plus intéressé - et inquiet - sur le cas Dupont-Aignan. Le député du Vaucluse y décèle l'importance du thème de "l'indépendance nationale" pour une partie de l'électorat de droite. En témoigneraient les assauts d'amabilités entre Xavier Bertrand et Arnaud Montebourg. "Si on avait un candidat plus souverainiste pour siphonner ou s'allier avec Dupont-Aignan, cela changerait la face du monde", prophétise-t-il.
LR comme le RN peuvent enfin apparaître comme une solution de refuge en 2022. "Certains électeurs, qui craignent un duel Macron-Le Pen, peuvent basculer sur un vote utile de droite", assure un député LR. Nicolas Dupont-Aignan reconnaît un "vrai danger". Mais veut croire que 2022 peut échapper à ce scénario. "A l'époque, LR et FN étaient deux montagnes insurmontables. LR ne représente plus le vote utile aujourd'hui." Le chemin est encore long.
