Voici donc, enfin, 2022. Année électorale.
Nous avions pensé que le millésime 2017 resterait comme une exception, par l'ampleur du big bang, et surtout l'incapacité de la plupart des acteurs et observateurs politiques à l'anticiper. A la même heure, en 2017, François Fillon faisait encore figure de favori, Emmanuel Macron commençait tout juste à être pris au sérieux par ses concurrents, et le duel Manuel Valls-Benoît Hamon n'était pas encore tranché...
Las !, cinq ans plus tard, l'incertitude semble tout aussi grande, sinon plus importante encore. Les acteurs sont désormais connus. Marine Le Pen, Valérie Pécresse, Yannick Jadot, Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon... Eric Zemmour, en guise de surprise, et sans aucun doute, d'ici quelques semaines, Emmanuel Macron. Les données de l'équation sont connues, mais de nombreuses options restent ouvertes.
Le mois de janvier marque l'entrée dans la campagne présidentielle d'une grande partie des Français, qui jusqu'ici regardaient de très loin, d'un air mi-étonné mi-désabusé, les gesticulations des acteurs politiques. Désormais, ils savent qu'il va falloir se déterminer. Leur attention va donc se faire de plus en plus grande, ce qui pourrait engendrer quelques bouleversements dans les sondages au cours des semaines qui viennent.
Mais à ce stade, ce que disent les sondages, c'est avant tout que quatre personnes, au moins, sont en capacité de se qualifier au second tour de la présidentielle : Emmanuel Macron, qui fait la course en tête dans toutes les intentions de vote, puis dans un ordre d'arrivée différent selon les instituts, Valérie Pécresse, Marine Le Pen, et Eric Zemmour. L'hypothèse d'une primaire capable d'imposer un candidat unique à gauche ayant été relancée par l'irruption de Christiane Taubira dans le débat, il n'est pas non plus impossible que la surprise vienne de ce côté-là de l'échiquier politique dans les semaines à venir.
Il est à craindre que la forme ne l'emporte encore une fois sur le fond
Au moins quatre, voire cinq prétendants sérieux à la fonction suprême, donc. Avec, certes, des chances très inégales de triompher à l'issue du second tour. Si l'on en croit les études d'opinion, encore une fois, la seule candidate à même de battre Emmanuel Macron serait aujourd'hui Valérie Pécresse. Mais nous savons tous combien les projections, au-delà des intentions de vote du premier tour, sont fragiles et sujettes à caution. S'ajoute à cela la possibilité, déjà avérée lors des dernières régionales, que les instituts sur ou sous-estiment la participation électorale, ce qui pourrait rebattre les cartes de manière aussi inattendue que considérable.
Le jeu est ouvert, et les offres politiques qui s'affrontent semblent réellement différentes. Même si la gauche est à la peine, les options qui sont offertes à l'électeur ne sont pas simplement des nuances de gris, comme il le croit trop souvent. Il y a fort à parier que les sociétés façonnées par chacun des candidats soient véritablement différentes à l'horizon de cinq ou dix ans. Il y a là de vrais choix à faire. Encore faudra-t-il que le Covid laisse une place au débat, et surtout que nous soyons vraiment attentifs à ce que chacun dit, ce qui suppose que certains d'entre nous sortent d'une forme de paresse intellectuelle encouragée par le bombardement quotidien et ininterrompu d'images, de sons et d'émotions dont nous sommes les objets.
Car ce qui est peut-être le plus à craindre sur le plan politique, pour cette année qui débute tout juste, est que dans cette campagne la forme ne l'emporte encore une fois - et toujours plus - sur le fond, que l'image n'efface le verbe, que l'incarnation n'occulte le projet. La politique, ce sont évidemment des émotions, de l'humain, nous ne sommes pas simplement des êtres purement rationnels, homo oeconomicus calculateurs et cherchant à optimiser leur utilité. Mais nous ne pouvons pas, collectivement, continuer à nous enfoncer toujours plus dans une forme de consumérisme politique dont l'origine est autant notre propre paresse que la défiance abyssale dont les élus font l'objet.
Ne passons pas à côté des choix de société qui s'offrent à nous, en avril prochain. C'est ce que je nous souhaite à tous. Car il y a là, aussi, une bonne raison de s'enthousiasmer : une offre politique vraiment diversifiée est gage de vitalité démocratique. Compte tenu de l'ampleur des enjeux économiques, sanitaires, climatiques ou sécuritaires actuels, espérons que nous saurons en faire bon usage.
