"Qui songe à oublier se souvient", disait Montaigne. Nous serions pourtant nombreux à vouloir enfouir au plus profond de nos mémoires les tempêtes de 2021 : la crise sanitaire, la contamination zemmourienne des esprits, le dramatique retour des talibans en Afghanistan, sans parler, pour les amateurs du ballon rond, de la sortie prématurée des Bleus de l'Euro...

Arrive 2022 et ses nouvelles promesses. Celle, évidemment, de voir enfin s'éloigner la menace du Covid, mais comment en être certain ? Ne serait-il pas temps, alors que l'on débute la saison 3 de cette pandémie planétaire, de regarder au-delà de nos frontières, en misant sur plus de solidarité internationale dans la distribution des vaccins ? Sans quoi on verra en 2022 surgir de nouveaux variants, qui pourraient se révéler plus dangereux qu'Omicron.

LIRE AUSSI : Présidentielle, fin du Covid, économie... Les paris de nos chroniqueurs pour 2022

La promesse d'une gouvernance mondiale pacifiée a fait long feu. Rappelez-vous : il y a tout juste un an, l'Occident tremblait en découvrant les images aussi grotesques qu'inquiétantes de l'attaque portée contre le Capitole par la flibustaille pro-trumpienne. Les factieux finalement repoussés, c'est avec un soupir de soulagement que la communauté internationale voyait Joe Biden succéder à Donald Trump à la Maison-Blanche. Un vieillard, certes, mais un vrai démocrate, rompu à l'exercice du pouvoir et qui venait mettre un terme à quatre années de bruits, de tweets compulsifs et de gesticulations hasardeuses, se rassurait-on à l'époque. Bref, les Etats-Unis redevenaient les Etats-Unis. Sauf que, après seulement à peine une année de pouvoir, l'effet Biden a déjà fait pschitt : la déception est telle que, à l'occasion des élections de l'automne 2022, l'Amérique pourrait renouer avec une majorité pro-Trump. Au moment où Vladimir Poutine s'échine à piétiner les dernières libertés civiles en Russie, où Xi Jinping s'apprête à célébrer ses dix années à la tête de la Chine avec la ferme envie de conserver son poste de Grand Timonier, le rêve d'une diplomatie apaisée est déjà enterré.

C'est dire si, en 2022, les adeptes de la démocratie libérale risquent une fois encore de se retrouver fragilisés, dans un monde dominé par les régimes autoritaires. Ils n'oublieront pas qu'il y a cent ans exactement Staline succédait à Lénine, et la Russie se transformait en Union soviétique, tandis que, en Italie, Mussolini marchait sur Rome et imposait le fascisme en Italie.

En France, une présidentielle plus ouverte que jamais

Les Français, eux, n'auront pas nécessairement les yeux rivés sur le passé lorsqu'ils iront déposer en avril prochain leurs bulletins de vote pour choisir leur futur(e) président(e). Et, magie démocratique, alors que depuis des mois les jeux paraissaient faits, l'élection reine de la Ve République semble plus ouverte que jamais. Ces dernières semaines, l'ascension surprise de Valérie Pécresse est venue chambouler le scénario annoncé d'un nouveau tête-à-tête Macron-Le Pen, tandis que les sautes sondagières d'Eric Zemmour et l'encéphalogramme plat de la gauche continuent de recomposer le magma politique français.

L'Express vous guidera tout au long de cette campagne pour décrypter la nature des enjeux pour notre pays, ainsi que les différentes stratégies des candidats. Car la liste de courses que trouvera le futur président est interminable. Quelle place pour la France dans ce monde où s'ourdissent de nouvelles menaces ? Quels nouveaux relais de croissance pour une économie en transformation numérique et écologique ? Quels espoirs pour les jeunes générations, éreintées par deux années de Covid et de libertés rognées ? Comment réformer l'école et l'hôpital, deux institutions brinquebalantes et pourtant au coeur de notre pacte républicain ?

LIRE AUSSI : "C'est une alerte" : face à la percée de Pécresse, la Macronie cherche la parade

En 2017, le candidat Emmanuel Macron promettait "la révolution". Crise des gilets jaunes, mouvements sociaux, choc sanitaire : ces dernières années, il a effectivement flotté sur la France un parfum de "tracassin, de tumulte et d'incohérence", pour plagier le général de Gaulle. Pourtant, Emmanuel Macron n'aura cessé de vouloir moderniser la France durant ce quinquennat. Non sans maladresses, comme il l'a lui-même admis. Hélas, cette énergie mise au service de son pays ne lui aura toutefois pas permis de repriser les accrocs du manteau républicain français. Ni de mettre fin à cet attrait pour la radicalité, à la résistance farouche des antivax ou à la fronde complotiste... A moins de quatre mois des prochaines échéances électorales, la France ressemble toujours à un grand chaudron bouillonnant. "Les Français, où qu'ils le cherchent, ont besoin de merveilleux", pronostiquait un certain Charles de Gaulle en 1932*. Une phrase que les candidats sur la route de l'Elysée devraient songer à ne pas oublier...

Toute la rédaction de L'Express vous adresse ses meilleurs voeux de santé et de bonheur pour l'année 2022 !

*Le Fil de l'épée, Charles de Gaulle, 1932.