Le 10 avril, soir du premier tour de l'élection présidentielle, TF1 rendra l'antenne dès 21h15 pour diffuser Les Visiteurs. Il y a fort à parier que lorsque Jacquouille apparaîtra, la droite aura déjà quitté l'écran depuis un certain temps, victime de la dépolitisation ultime de la scène publique, à moins qu'elle n'en soit également la complice. Vainqueur en 2007, finaliste en 2012, éliminée d'emblée en 2017 et peut-être aussi, donc, en 2022, elle descend les marches de l'histoire, renonce à son rôle d'actrice. La devançant un peu, le fantôme socialiste lui laisse entrapercevoir ce qu'elle risque d'être dans cinq ans, un vestige d'une époque révolue, une assemblée de notables qui observent de loin la scène nationale avec la sérénité de ceux qui la savent inaccessible pour eux.

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Attendre n'est pas une option, le temps n'est plus un allié car l'alternance est cassée, corde usée d'avoir trop servi. Il n'a jamais été autant question de la droitisation du pays, or la droite ne se relève pas d'une distorsion fatale : son coeur militant se réduit comme peau de chagrin, à l'image d'une primaire croupion, et ne bat plus la chamade au même rythme que son coeur sociologique. Eric Zemmour est le héraut de cette division, qui chante d'autant plus l'union de la droite qu'il en incarne l'impossibilité. Emmanuel Macron est le profiteur de cette situation, mais l'avenir de ce camp ne l'intéresse pas, il n'est pas là pour cela.

Les recompositions nées des défaites électorales ne sont pas les plus simples à réussir, elles surgissent entre les cris de trahison lancés envers ceux qui rallieront le vainqueur et les réflexes de radicalisation de ceux qui se recroquevillent pour ne pas mourir. Faudra-t-il espérer qu'un candidat issu d'un parti à l'ancienne s'installe de nouveau à l'Elysée pour que le fleuve retrouve son lit et le clivage droite-gauche sa raison d'être ? Est-ce seulement encore souhaitable, voire possible ? Même la nostalgie n'est plus ce qu'elle était.