Côte à côte, mises en évidence sur le marbre d'une étagère en fer forgé, deux photos : l'une où il pose avec Nicolas Sarkozy, l'autre où il fait de même avec Emmanuel Macron. Dans son bureau à la mairie de Nice, Christian Estrosi affiche fièrement son transfert. Quelques heures avant le meeting où il réunit notamment Edouard Philippe, Roselyne Bachelot et Olivier Véran, en soutien au candidat qu'il a officiellement rallié en octobre, l'ex-dirigeant des Républicains vante les mérites de son nouveau champion. Il applaudit la "dimension gaullienne" du chef de l'Etat, son "esprit de résistance".
De son fauteuil d'édile comme sur scène le soir même, il dresse un long inventaire des mesures "derrière lesquelles il se reconnaît" : les ordonnances réformant le Code du travail, la suppression de l'ISF, les baisses d'impôt pour les entreprises et les particuliers, l'ouverture à la concurrence de la SNCF... En somme, toutes celles que l'on pourrait schématiquement catégoriser à droite de l'échiquier politique. Un appel lancé à ses anciens camarades de la rue de Vaugirard, au moment où leur candidate Valérie Pécresse dégringole, s'approchant dangereusement de la barre des 10%. Avec ses compères Renaud Muselier, patron de la région Paca, et Hubert Falco, maire de Toulon, il avait déjà planifié le voyage de la droite sudiste vers la Macronie. Reste désormais à finaliser l'OPA du président sur ce qui restera des LR après le premier tour de l'élection présidentielle.
L'entreprise a débuté dès 2017. Entouré de strauss-kahniens et d'apparatchiks socialistes, installé à l'Elysée en majeure partie grâce aux voix des électeurs de François Hollande, Emmanuel Macron sait bien qu'il lui faut faire travailler la poutre à droite après avoir déchiqueté le PS. Edouard Philippe à Matignon, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy, des relations apaisées, voire - malicieusement - complices avec Nicolas Sarkozy... Il réduit, à chaque étape, le couloir de nage des Républicains. Etouffe leur capacité à se distinguer. "La droite, on leur a fait perdre ce qu'ils ne pouvaient pas se permettre de perdre : tout leur espace politique sur l'économie, les forçant à faire, derrière, de la surenchère sécuritaire", se félicitait il y a quelques mois Stéphane Séjourné, ex-conseiller politique d'Emmanuel Macron et président du groupe Renew au Parlement européen.
Philippe, le nouveau rassembleur ?
Après les multiples banderilles, l'estocade finale. A l'Elysée, on parie sur la scission des Républicains après leur échec à la présidentielle, et on compte bien agréger tout un pâté de maison peuplé d'élus modérés, européistes, à la future majorité présidentielle. "Un parti de gouvernement qui n'est pas présent au second tour d'une présidentielle, c'est un assassinat, souffle un proche conseiller d'Emmanuel Macron. En 2017, les Républicains pouvaient plaider la catastrophe industrielle avec les affaires ; là, il n'y a pas d'affaire et pourtant leur score est beaucoup plus bas que celui de Fillon." La grande transhumance est prévue entre le 10 avril et le 12 juin, date du premier tour des élections législatives.
Un pilier de la Macronie, marcheur historique, qui considère qu'Emmanuel Macron est "désormais idéologiquement plus à droite qu'à gauche", anticipe : "Vous aurez des LR historiques qui considéreront que leur aventure là-bas est terminée, et ils viendront nous manger dans la main." Combien de députés refuseront de passer cinq nouvelles années dans le rôle ingrat de l'opposant, sans prise sur la vie politique du pays ? Dans l'entourage du chef de l'Etat, les estimations divergent, mais beaucoup jugent qu'entre trente et cinquante parlementaires pourraient rejoindre la majorité : soit sans étiquette, soit en adoptant la marque LREM, soit en rejoignant Horizons, le parti créé par Edouard Philippe pour son aventure présidentielle de 2027. Le maire du Havre a bien l'intention de reconstruire la droite de gouvernement, dynamitée par Emmanuel Macron, autour de lui. Le diviseur va-t-il laisser les coudées franches au nouveau rassembleur ?
