Un SMS qui en dit long. Les sénateurs Les Républicains (LR) ont reçu mardi un message de leur président de groupe Bruno Retailleau. Une invitation à participer à une réunion de groupe "exceptionnelle" ce jeudi à 18h. Son objet : "l'avenir de notre mouvement politique et l'élection prochaine du président du parti". Cette visioconférence est un avant-goût d'une décision officielle. Sauf revirement inattendu, Bruno Retailleau annoncera ce week-end sa candidature à la présidence de LR. Un choix qui relance le suspense dans ce scrutin interne, qui se tiendra les 3 et 10 décembre prochains.

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Cette candidature n'était pas écrite de longue date. Bruno Retailleau a plaidé, en vain, pour que Laurent Wauquiez prenne les commandes de LR cet automne. Au début de l'été, il confie au président d'Auvergne-Rhône-Alpes son intention de ne pas concourir. Mi-juillet, le renoncement de l'ex-président de LR pousse le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti à se lancer. Fin juillet, Bruno Retailleau confie à L'Express s'intéresser à la vie de LR, tout en accordant sa priorité au Sénat. Son état d'esprit ne change guère.

Consultations en pagaille

Sa réflexion a mûri cet été. Selon plusieurs sources, Bruno Retailleau a observé le peu d'enthousiasme généré par un duel entre Éric Ciotti et Aurélien Pradié, autre candidat probable. Le premier est jugé trop clivant, le second trop "à gauche". Plusieurs cadres redoutent les conséquences politiques d'une victoire du finaliste de la dernière primaire, large favori d'un tel match. "Si Ciotti gagne, tous les modérés partent du parti", lâche un cadre LR. Le Vendéen a constaté cette quête d'une troisième voie au sein de sa formation politique. Y compris au Sénat, où certains craignent que la majorité ne soit ébranlée par une présidence Ciotti. "Cela tremblerait moins qu'au parti, mais des élus pourraient par exemple aller chez Claude Malhuret" (président du groupe Les Indépendants), assure un sénateur.

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Bruno Retailleau a donc consulté. Des piliers LR, comme Annie Genevard, Xavier Bertrand ou Jean-François Copé, qui lui a conseillé de se lancer. Mais surtout des sénateurs. La chambre haute est au coeur de sa réflexion. Pas question de se lancer contre l'avis d'une majorité de ses collègues. "Psychologiquement, il a besoin de sentir leur motivation", confie un soutien. La réunion de groupe organisée jeudi s'inscrit dans cette logique. "Il ne veut pas nous prendre en traître", ajoute une élue.

Le Sénat en question

Aucune règle n'empêche Bruno Retailleau de cumuler la présidence de LR et celle d'un groupe parlementaire. A l'absence de frein juridique s'ajoute un feu vert politique. Le président du Sénat Gérard Larcher assure au Figaro ne voir aucune "incompatibilité" entre les deux fonctions. Il prête par ailleurs dans cet entretien à son collègue "toutes les qualités" pour diriger l'héritier de l'UMP. De quoi nourrir la petite musique d'un soutien officieux. Le deuxième personnage de l'Etat n'est pas étranger aux ambitions de Bruno Retailleau. A droite, personne ne doute qu'il poursuivra son office après les sénatoriales de septembre 2023. Cette prolongation libère Bruno Retailleau, qui ne pourra pas conquérir à court terme le "plateau", son autre ambition.

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Et puis, Bruno Retailleau a l'occasion de lutter contre un procès lancinant : celui de buter devant l'obstacle. En 2019, il avait hésité à se porter candidat à la présidence de LR. Renoncement. Deux ans plus tard, il laissait passer son tour lors de la primaire pour la présidentielle. La troisième fois sera-t-elle la bonne ? "J'ai senti ton amertume de ne pas être allé à la primaire", lui a récemment confié un sénateur. "Il a des c.... pour une fois. Il a toujours trébuché au moment fatidique", ironise un député, guère emballé.

Une candidature Retailleau rebattrait les cartes. A court terme, elle dégagerait le paysage politique. Il serait difficile pour la présidente par intérim de LR Annie Genevard de se lancer. La députée du Doubs est en réflexion, mais personne à droite ne l'imagine affronter le sénateur de Vendée, filloniste comme elle. Le vice-président de la région Ile-de-France Othman Nasrou estime qu'il n'a pas vocation à se lancer si un candidat est mieux placé que lui pour porter ses idées libérales. Entre les deux hommes, il n'y pas match.

"Très bon candidat de second tour"

"Retailleau-Ciotti" : voilà le duel qui se dessine à droite. Les deux hommes, aux convictions proches, partagent la même ligne politique. Ils ont mené des combats communs, comme le refus d'investiture LR à Renaud Muselier lors des élections régionales en Paca. Chacun avancera avec ses forces propres. Éric Ciotti jouit d'une forte popularité au sein de la base militante. Bruno Retailleau devrait insister sur son alliage de convictions fermes et de sens du rassemblement.

Au Sénat, ne dirige-t-il pas un collectif allant de la droite dure au centre droit ? Un ancien ministre anticipe la confrontation à venir : "La crainte du duel Ciotti-Pradié offre une fenêtre à Retailleau. S'il y va, il peut être un très bon candidat de second tour face à Ciotti en se présentant comme rassembleur." La campagne sera toutefois difficile face à deux adversaires médiatiques. A un parlementaire, Bruno Retailleau confiait il y a peu : "Ce ne sera pas une sinécure." Doux euphémisme.