Un seul être vous manque, et les ambitions sont décuplées. Le renoncement de Laurent Wauquiez à briguer en décembre la présidence des Républicains (LR) plonge la droite dans l'incertitude. Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes était pourtant promis à une élection de maréchal à la tête de la formation de droite. Son retrait rebat les cartes et promet une dose de suspense. Aucun ténor LR n'a encore fait acte de candidature pour un poste qui n'est plus une rampe de lancement pour la prochaine présidentielle. Des noms circulent toutefois, à commencer par ceux d'Éric Ciotti et d'Aurélien Pradié. L'Express fait le point sur les prétendants possibles à la succession de Christian Jacob. Voici leurs forces et leurs faiblesses.

Éric Ciotti, le ténor de l'aile droite

Eric Ciotti pose le 14 septembre 2021 à Paris

Eric Ciotti pose le 14 septembre 2021 à Paris

© / afp.com/JOEL SAGET

Le député des Alpes-Maritimes ne se serait pas lancé dans la course contre Laurent Wauquiez. Il n'aurait eu guère de chance face à l'ancien ministre, dont il est proche idéologiquement. Sitôt le retrait de Wauquiez annoncé, il a esquissé ses ambitions. "J'oeuvrerai (...) à la reconstruction d'un grand parti de droite, populaire et libéral, fidèle à notre grande histoire", écrivait-il sur Twitter le 17 juillet.

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Ses atouts : libéral et ferme sur les questions régaliennes. Éric Ciotti coche les cases attendues par la base militante des Républicains. En témoigne sa place de finaliste lors de la primaire organisée par le parti à l'automne 20121 en vue de l'élection présidentielle. Candidat, l'homme aurait l'étiquette de favori. L'élection d'un président à la tête de LR fait la part belle aux régions où le parti compte de nombreux militants. Cela tombe bien, Éric Ciotti dirige la puissante fédération des Alpes-Maritimes. "Il ne se voit pas président de la République, mais il veut être respecté à la hauteur du statut qu'il estime avoir", juge un stratège LR.

Ses faiblesses : la ligne droitière d'Éric Ciotti agace de nombreux cadres du parti. A commencer par les élus de la jeune génération, qui appellent LR à ouvrir son spectre idéologique. "S'il prend LR, le parti explose immédiatement", anticipe un député. A droite, on craint qu'une victoire d'Éric Ciotti n'entraîne un schisme et renforce la majorité présidentielle. Un dirigeant LR se montre plus optimiste. "Ciotti sera dur en campagne. Président, il veillerait à ne pas se laisser caricaturer." Comme si la charge pouvait faire naître un nouvel Éric Ciotti.

Aurélien Pradié, la carte jeune

French right-wing Les Republicains (LR) party member of parliament Aurelien Pradie  speaks during a debate on the French government's plan to exit from the lockdown situation at the French National Assembly in Paris on April 28, 2020, on the 43rd day of a lockdown aimed at curbing the spread of the COVID-19 pandemic, caused by the novel coronavirus. - France on April 28 unveils how it intends to progressively lift a six-week lockdown credited with checking the coronavirus outbreak. The French prime minister's address will be followed by a debate and a vote, with just 75 of the 577 lawmakers allowed into the National Assembly in line with social distancing measures. The rest will vote by proxy (Photo by David NIVIERE / various sources / AFP)

Aurélien Pradié. (Photo by David NIVIERE / various sources / AFP)

© / AFP

Brillamment réélu en juin, le député du Lot, 36 ans, ne cache pas son intérêt pour le poste. "J'ai très envie de changer la vie de mes concitoyens, est-ce que ça passe par la présidence des Républicains ? Ce n'est pas impossible du tout ", a reconnu sur Europe 1 cette figure de la jeune génération.

Ses atouts : Aurélien Pradié est un empêcheur de penser en rond. Le parlementaire ouvre son camp à de nouveaux sujets, comme le handicap ou la lutte contre les violences conjugales. Ce héraut d'une droite social, admirateur de Jacques Chirac, juge que LR se rabougrit en se limitant au diptyque libéralisme-régalien. "C'est en traitant les bobos du quotidien que l'on forge une vision de la société, estime-t-il. Pas en faisant des tribunes dans le Figaro Vox."

Ses faiblesses : le député n'est pas le plus en phase avec la base militante. Sa promotion d'un "revenu vital" n'est pas forcément de nature à séduire les adhérents LR, apôtres d'une ligne droitière. L'homme souffre enfin de fortes inimitiés en interne. On lui reproche sa brutalité et son individualisme. A droite, rares sont ceux qui portent Aurélien Pradié dans leur coeur. L'intéressé assure avoir le "tempérament de ses convictions" et s'être adouci. "En étant secrétaire général du parti, j'ai appris à jouer collectif. Je suis apaisé depuis ma réélection comme député."

Michel Barnier, l'option du compromis

French right wing party Les Republicains (LR) candidate for the presidential election Michel Barnier, gestures as he speaks during the parliamentary day of the Republicans deputies, in Nimes, southern France, on September 9, 2021. (Photo by Pascal GUYOT / AFP)

Michel Barnier. (Photo by Pascal GUYOT / AFP)

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Le grand vaincu de la primaire 2021 n'exclut pas de tenter sa chance. "Je veux être utile à ma famille politique et je suis prêt à participer à la reconstruction du parti. Qu'on ne sous-estime pas ma propre capacité à relever ce défi", assure au Figaro l'ancien négociateur du Brexit.

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Ses atouts : cet homme d'expérience ne souffre pas d'une mauvaise image en interne. Il pourrait être une solution de compromis dans un parti qui a tant sombré dans des luttes intestines. Barnier, antidote à la guerre des chefs ? Il ne clive pas, et les différentes sensibilités du parti pourraient se retrouver dans ce choix consensuel. Xavier Bertrand l'imaginait déjà en candidat de compromis il y a plusieurs semaines. "C'est un profil proche de Jacob, glisse une députée LR. Il tiendra la boutique. Mais pour redonner du souffle au parti, il devra être bien entouré."

Ses faiblesses : à l'ère des Gabriel Attal ou des Jordan Bardella, l'élection de Michel Barnier n'offrirait pas une image de renouvellement de la droite. L'ancien ministre n'a pas marqué de son empreinte la dernière primaire de la droite et n'est pas doté d'un charisme churchillien. Son nom provoque souvent de simples haussements de sourcils chez les élus LR.

David Lisnard, l'élu qui monte

Le maire de Cannes David Lisnard "porte cette idée depuis assez longtemps"

Le maire de Cannes David Lisnard.

© / afp.com/Valery HACHE

Le maire de Cannes est cité comme candidat potentiel. En mai, ce libéral confiait en privé "réfléchir" à l'hypothèse d'une candidature. La fumée blanche n'est pas encore sortie.

Ses atouts : l'auteur d'une tribune remarquée dans le Figaro sur la bureaucratie compte renouveler le logiciel idéologique de la droite. Il ne compte guère d'ennemis au sein des Républicains et y jouit du respect de ses pairs. L'homme a pris du galon : président de Président de l'Association des maires de France depuis novembre, il déploie sur le territoire son mouvement "Nouvelle énergie".

Ses faiblesses : David Lisnard le reconnaît : il souffre d'un manque de notoriété, malgré son "impact dans le microcosme". Certains cadres LR jugent enfin "surcoté" cet habitué des tribunes dans le Figaro, jamais nommé ministre ni élu parlementaire. "C'est une bulle spéculative, lâche un conseiller LR. C'est un peu comme un fantasme : c'est bien tant qu'on ne le confronte pas à la réalité."

Bruno Retailleau, l'atout Sénat

Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, s'exprime le 31 août 2019 à La Baule lors de l'université d'été des Républicains

Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, s'exprime le 31 août 2019 à La Baule lors de l'université d'été des Républicains

© / afp.com/Sebastien SALOM-GOMIS

Le nom du président du groupe LR au Sénat circule pour briguer la succession de Christian Jacob. L'intéressé semble toutefois privilégier sa fonction de patron du premier groupe d'opposition parlementaire.

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Ses atouts : le sénateur de Vendée est respecté. Sa volonté de renouveler le logiciel de la droite et son analyse des errements du quinquennat de Nicolas Sarkozy sont partagées par de nombreux élus. Dès 2020, Bruno Retailleau alertait sur le risque d'une désignation tardive du candidat de droite à la présidentielle : l'analyse s'est révélée juste. S'il porte une droite résolument libérale et conservatrice, Bruno Retailleau est moins clivant qu'Éric Ciotti.

Ses faiblesses : Bruno Retailleau aime à répéter que le François Fillon de 2017 était au barycentre des droites. La remarque vaut aussi pour lui. Pas sûr qu'elle soit partagée par l'ensemble des adhérents et cadres des Républicains. Certains le trouvent trop conservateur pour faire revenir au bercail les électeurs séduits par Emmanuel Macron. Pas assez central. "Avec le liberal-conservatisme, on tombe dans la crevasse, déplore un parlementaire LR. C'est une dead-end."

Rachida Dati, la puncheuse

L'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati à Paris, le 3 juin 2020

L'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati à Paris, le 3 juin 2020

© / afp.com/Thomas SAMSON

La maire du 7e arrondissement assurait en mars à L'Obs qu'elle envisageait de se présenter à la présidence de LR. En privé, elle se montrait plus discrète en juin : le poste l'intéresse, mais sa priorité reste la ville de Paris.

Ses atouts : l'ancienne ministre de Justice jouit d'une forte popularité chez les militants LR. Sa notoriété est nationale, son expérience politique en fait une prétendante légitime. "J'incarne la France du travail, du mérite et de la liberté. Tout chez moi est autonomie et liberté", confiait-elle en juin.

Ses faiblesses : l'hypothèse Dati convainc peu au sein des Républicains. Beaucoup ont vu dans sa manifestation d'intérêt une envie d'exister médiatiquement. "Elle souhaite faire parler d'elle et rester dans le jeu", estime un cadre. Un stratège LR juge enfin que ses interventions musclées à la télévision - elle y malmène ses adversaires pour le plus grand bonheur des réseaux sociaux - la desservent. "Elle s'enferme dans sa caricature."

François-Xavier Bellamy, le retour ?

François-Xavier Bellamy après l'annonce des résultats des élections européennes au siège de LR à Paris, le 26 mai 2019

François-Xavier Bellamy après l'annonce des résultats des élections européennes au siège de LR à Paris, le 26 mai 2019

© / afp.com/JACQUES DEMARTHON

La tête de liste malheureuse des européennes de 2019 se tient prête. "La démocratie française a besoin d'une formation politique de droite qui assume ses idées, qui assume sa ligne (...) et si cette perspective n'est pas représentée dans ce débat qui s'engage, je prendrai toutes mes responsabilités", a averti sur France Inter l'eurodéputé, tenant d'une ligne conservatrice.

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Ses atouts : sa ligne conservatrice peut plaire à certains adhérents. Ils pourraient trouver en lui l'élu capable de reconstruire intellectuellement un camp qui a cessé de réfléchir, attendant l'alternance par simple effet de balancier.

Ses faiblesses : le souvenir de ses 8,5% aux dernières européennes reste vivace. Ce désastre avait contraint Laurent Wauquiez à quitter la présidence de LR. La ligne portée par François-Xavier Bellamy est de plus minoritaire dans le parti : une candidature du philosophe aurait d'avantage vocation à peser sur la future direction de LR qu'à remporter le scrutin.

Les seconds couteaux

C'est le lot de toute élection interne. Elle attire des poids plumes, qui voient dans le scrutin un tremplin politique. Un ascenseur vers la notoriété. Leur but n'est pas de gagner l'élection mais de tirer profit de l'exposition médiatique qu'elle suscite. Ainsi, le maire d'Orléans Serge Grouard a déjà posé sa candidature. L'ex-porte-parole de Valérie Pécresse Othman Nasrou est lui aussi intéressé.

Leurs atouts : Ils n'ont aucune chance de l'emporter. Ils peuvent en revanche régénérer la compétition s'ils y déploient un discours neuf. Lors de la primaire de 2021, Philippe Juvin s'était distingué en insistant sur la défense des services publics.

Leurs faiblesses : attention à ne pas faire de l'élection du président de LR un scrutin au rabais. Le syndrome du "pourquoi pas moi ?" est la meilleure illustration de la crise d'un parti en manque de leadership. "Ce sont des candidatures d'ego. Rien de plus", résume un conseiller LR.