Il suffit parfois d'un mot pour que l'exécutif se crispe. Celui du moment s'appelle "déconfinement". "Nous en sommes encore loin", a évacué le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, ce mercredi, alors que le 1er décembre - la date fixée pour l'heure par Emmanuel Macron - approche à grands pas. Mardi, Jean Castex, face à la commission d'enquête pour évaluer la gestion de la crise du Covid-19, a quant à lui évoqué des "dispositions de freinage qui perdureront" à l'issue de cette date, sans plus de précisions.
Dans son allocution, prévue dans le courant de la semaine prochaine, le président de la République parlera-t-il d'un nouveau "déconfinement" ? C'est peu probable. Selon les informations de France Inter, le terme serait carrément banni. "Ça ne sera pas un déconfinement, il faut tuer ce mot", abonde un proche du président, ce mercredi soir, à nos confrères du Parisien.
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"Ce serait surprenant qu'il l'utilise", analyse également à L'Express Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique, président d'une agence de conseils aux dirigeants. "Le mot est maintenant associé à son Premier ministre et à son échec, 'Monsieur déconfinement' n'a pu, de fait, empêcher un nouveau confinement. Son plan pour le déconfinement était celui qui devait nous emmener vers l'avenir, la fin de la crise".
Les Français doivent effectivement à Jean Castex le programme de sortie de crise de mai. "Peut-être nous avons déconfiné un peu trop vite. Peut-être aussi que le peuple français avait cru que l'épidémie était derrière nous", a d'ailleurs estimé le Premier ministre devant la commission d'enquête, mettant cependant en avant - à raison - que la deuxième vague du virus a touché une large partie du monde. Reste maintenant à savoir comment l'exécutif compte ouvrir cette nouvelle séquence sur le front de l'épidémie, sémantiquement parlant.
Ne pas jouer "à la roulette russe"
"Le gouvernement se trouve dans une situation compliquée où il doit lâcher du lest et en même temps garder une maîtrise sanitaire. Il doit donc éviter une communication dangereuse qui opposerait un avant et un après confinement radicalement différent", souligne Philippe Moreau-Chevrolet. L'épidémie, si elle montre des signes de ralentissement, est toujours responsable d'une tension importante dans les services de réanimation.
"Si une partie de la population arrête de parler de déconfinement, la bataille sera gagnée, estime de son côté le spécialiste en communication politique Jean-Luc Mano. Car en vérité, c'est un confinement continu, en s'amenuisant petit à petit, qui se profile." Dans le même temps, Emmanuel Macron doit aussi rassurer, afin d'éteindre un "sentiment d'injustice" devant les restrictions prises - notamment pour les petits commerces - et la montée d'une "exaspération face à une maladie qui n'en finit pas."
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D'après les confidences recueillies par France Inter, le chef de l'État voudrait donc donner des perspectives au-delà de Noël, afin que les Français restent "concentrés". "On ne minimise pas les bonnes nouvelles, mais ce n'est pas le moment de prendre des paris, de jouer à la roulette russe, les Français ne nous le pardonneraient pas. Et en même temps, on ne peut pas aujourd'hui dire qu'ils vont manger leur dinde dans des barquettes individuelles devant une visio le soir de Noël", dit également une ministre, citée par France Inter et Le Parisien.
Emmanuel Macron joue gros et doit reprendre la main sur la communication "trop bavarde", juge enfin Philippe Moreau-Chevrolet. Un "stop and go", soit une alternance entre les périodes de confinement et de déconfinement, est particulièrement redouté. "On risquerait de s'interroger sur la compétence même d'Emmanuel Macron à exercer le pouvoir. Or, c'est précisément sur ce critère de la compétence, du sérieux qu'il a fondé sa victoire à l'élection présidentielle", note le spécialiste.
Plusieurs scénarios sont sur la table pour ce "faux déconfinement". Un couvre-feu a été évoqué par le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, pour la seule période de Noël. D'ici là, les commerces devraient retrouver leur public et les églises leurs fidèles.
