C'est une exception française. Quatre jours après le second tour des élections municipales, les Marseillais ne connaissent toujours pas le nom de leur futur maire. Ils devront attendre samedi et la fameux "troisième tour" de scrutin pour le savoir.

Michèle Rubirola, tête de liste du "Printemps marseillais", est arrivée en tête dimanche soir, avec 39,9 % des voix, devant Martine Vassal (LR), avec 29,9%. À première vue, le match semble plié et la cité phocéenne promise à la gauche, après un quart de siècle de règne de la droite. Mais celle-ci n'a pas abandonné l'idée d'obtenir une majorité de conseillers municipaux, et de conserver en son giron la deuxième ville de France.

Dernier coup de théâtre : Martine Vassal a retiré ce jeudi sa candidature à la mairie, tandis que LR présentera le député Guy Teissier pour être maire. Et alors que tous les regards étaient tournés vers le septuagénaire, "vieux routier" de la politique marseillaise, un ultime rebondissement est venu rebattre les cartes dans la soirée de jeudi : un deuxième élu Les Républicains, Lionel Royer-Perreaut, a annoncé sur Facebook sa candidature au poste de maire de Marseille, et son refus de soutenir Guy Teissier. "Je sais qu'il y a des ententes en cours avec le Front national, et je ne peux pas m'inscrire dans une stratégie d'alliance avec le Front national", déclare-t-il ainsi dans un message vidéo. Pourquoi ne connait-on toujours pas le prochain édile de Marseille ? Qui peut l'emporter ? Comment ? L'Express fait le point sur un vote atypique.

Pourquoi ne connaît-on pas le futur maire ?

La ville de Marseille est divisée en huit secteurs, composés de plusieurs arrondissements. La loi attribue à ces secteurs un nombre différent d'élus. Dimanche, ces secteurs ont été très disputés. Les listes Rubiola l'ont emporté dans les quatre premiers secteurs de la ville. Les listes Vassal se sont en revanche imposées dans les 5e, 6e et 7e secteurs. L'ancienne socialiste Samia Ghali a enfin été réélue dans son secteur devant le candidat communiste du Printemps Marseillais et le RN.

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Résultat : la gauche a remporté le vote populaire, mais ne dispose que d'une majorité relative au Conseil municipal, avec 42 élus sur 101. Insuffisant pour conquérir la mairie. Derrière Michèle Rubirola, Martine Vassal, pourtant battue dans son propre bastion, pouvait compter sur 39 conseillers. Battue dans son propre secteur, elle a toutefois retiré sa candidature ce jeudi. LR présentera le député Guy Teissier pour être maire.

Pour la gauche et la droite, l'enjeu est désormais simple : nouer des alliances pour franchir samedi le seuil des 51 voix lors d'un vote du conseil municipal. Précision utile : le vote aura lieu à bulletin secret. Si aucun candidat n'atteint cette majorité absolue lors des deux premiers tours, un troisième tour a lieu à la majorité relative.

Quelles alliances sont possibles ?

Pour être certain de succéder à Jean-Claude Gaudin, le futur maire devra rassembler au moins 51 voix au sein du conseil municipal. Avec huit conseillers, Samia Ghali, réélue dans son secteur devant le candidat communiste du Printemps Marseillais et le RN, peut faire basculer l'élection. Très convoitée, la sénatrice, désormais en rupture de ban avec le PS, est restée muette sur ses intentions depuis dimanche. Parmi les 12 derniers membres du Conseil municipal qui élira le nouveau maire de Marseille, neuf portent les couleurs du Rassemblement national et trois ont été élus sur les listes de Bruno Gilles, un sénateur LR dissident.

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Pour gouverner la ville, Michèle Rubirola a besoin de 9 sièges supplémentaires. Les regards se tournent naturellement vers Samia Ghali. "Je ne peux pas imaginer que Samia Ghali qui, pendant 25 ans, a combattu la droite, le système local, qui a affronté Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal, se retrouve du jour au lendemain leur alliée potentielle. Je ne pense pas que Samia Ghali soit une femme à marchander ses convictions", a lancé dans un entretien à La Provence l'une des figures locales de la gauche, le socialiste Benoît Payan.

De son côté, la droite observe aussi avec gourmandise les voix de Samia Ghali. "Elle a été réélue parce que nous avons décidé de nous retirer, contrairement au candidat du 'Printemps marseillais'", glisse au Figaro Julien Ravier, le maire LR du 6e secteur. La droite ne désespère pas de trouver une majorité alternative pour conserver son principal bastion en France. Le retrait de Martine Vassal lui offre un nouvel espoir. Après une campagne rude, le dissident LR Bruno Gilles avait exclu d'apporter "ses" trois voix à la candidate de droite. Martine Vassal a toutefois assuré ce jeudi que le candidat dissident LR Bruno Gilles allait apporter ses 3 voix à Guy Teyssier. Avec le ralliement de Bruno Gilles, les deux blocs comptent désormais tous les deux 42 voix au conseil municipal.

Une élection à la majorité relative ?

Si aucun candidat n'atteint cette majorité absolue lors des deux premiers tours samedi, un troisième tour a lieu à la majorité relative. Cette hypothèse n'est pas écartée par les figures politiques locales. "Nous pouvons diriger avec une majorité relative. Nous l'avons déjà fait au conseil régional sous la présidence de Michel Vauzelle, assure au Monde Jean-Marc Coppola (PCF), une des têtes de liste du Printemps marseillais. Cela impose de chercher des alliances ponctuelles sur les grands dossiers." D'autres sont plus sceptiques. "La situation est mûre au niveau du Printemps marseillais, il faut un contrat de gouvernance pour un pôle majoritaire et stable afin de ne pas se retrouver dans une configuration compliquée, à devoir dealer au coup par coup, notamment lors du vote du budget", assure à L'Opinion Sébastien Barles, chef de file des écologistes marseillais.

Dernière hypothèse, une égalité parfaite des suffrages. Comme le souligne L'Opinion, la charge de maire reviendra dans ce cas au doyen de l'assemblée. Il s'agit du conseiller municipal et député LR des Bouches-du-Rhône Guy Teissier, âgé de 75 ans.