Deux paquets de tracts." C'est en ces termes que la direction du Parti communiste français aurait accusé réception d'un colis contenant 1 million de dollars, en 1987. Cette manne provenant des caisses de la Banque d'Etat d'URSS et convoyée par des agents du KGB visait à financer la campagne d'André Lajoinie pour l'élection présidentielle de 1988.

Les dirigeants du PCF ont toujours nié cet épisode antérieur à la loi sur le financement des campagnes électorales. Mais, en 1992, quelques mois après l'éclatement du bloc soviétique, l'hebdomadaire Ogoniok publie une lettre adressée, à l'époque, à Mikhaïl Gorbatchev par Anatoli Dobrynine.

Dans ce courrier portant la mention "Top secret", le chef du département international du Kremlin explique au premier secrétaire du parti que Georges Marchais, le grand patron du PCF, a dépêché à Moscou un membre du bureau politique, Gaston Plissonnier, afin de réclamer une aide exceptionnelle, en vue de l'élection de 1988.

"Pour leur campagne, les partis de droite et les socialistes disposent de moyens plusieurs fois supérieurs à ceux du PC", écrit Dobrynine sous la dictée de Plissonnier. En dépit des difficultés économiques de son pays, Gorbatchev accède à la requête des camarades français: le 3 juillet 1987, une note confidentielle du Comité central, également publiée par Ogoniok, valide l'octroi d'une aide de 1 million de dollars pour la campagne de Lajoinie.

L'or de Moscou. "Un mythe", affirmait-on à l'époque au PCF. Ce million de dollars n'a pourtant été qu'une goutte d'eau dans le financement du parti par les Soviétiques. De 1950 à 1990, comme le prouve un autre document retrouvé par L'Express à Moscou dans les archives du Parti communiste d'Union soviétique, le "Fonds international d'aide aux organisations ouvrières de gauche" a servi de couverture au financement des partis frères, à hauteur de 20 millions de dollars par an. Sur cette somme, le PCF, qui a toujours prétendu vivre sur les cotisations de ses militants et de ses élus, recevait environ 2 millions de dollars. Sans compter les rallonges, en période d'élections.

En 1988, malgré le coup de pouce de Moscou, André Lajoinie ne fut crédité que de 6,76%. La fin d'un système.