"Deux trains sont lancés à toute allure l'un contre l'autre. Je dis aux militants : Ecartez-vous des voies !" Ce cri du coeur est lancé par Ségolène Royal en 1995. A l'aube de la présidentielle, la socialiste s'alarme de la confrontation entre Lionel Jospin et Henri Emmanuelli, tous deux candidats à l'investiture PS. Une même inquiétude ronge aujourd'hui la droite. La perspective d'un duel entre Aurélien Pradié et Eric Ciotti pour la présidence des Républicains (LR) n'enthousiasme guère en interne. "Duel mortifère", "Trop court", "Personne n'en veut"... La droite craint pour son unité et se met en quête d'une troisième voie encore bien incertaine.
D'un côté, Eric Ciotti. Le député des Alpes-Maritimes a annoncé sa candidature dès juillet. Apôtre d'une droite assumée et libérale, il est accusé par ses contempteurs de rétrécir LR en insistant sur les sujets régaliens. Le finaliste de la primaire pour la présidentielle plaide pour un "Congrès des idées", synonyme de clarification idéologique. Il entend assumer son positionnement droitier lors de la compétition. "Quand on fait moins de 5% à la présidentielle, ce qui tue est la prudence et l'immobilisme", assume un proche.
Crainte d'une victoire d'Eric Ciotti
De l'autre, Aurélien Pradié. Le député du Lot de 36 ans doit annoncer sa décision d'ici la fin de l'été. Mais peu d'élus doutent de sa candidature. Le secrétaire général de LR porte une droite sociale et appelle son camp à se saisir des sujets du quotidien, comme le handicap ou les violences conjugales. "C'est un rad soc" [NDLR : radical-socialiste], raille un cadre. Le jeune loup, qui compte beaucoup d'ennemis en interne, devrait axer sa campagne sur le renouvellement. "C'est un ressort plus puissant que celui de la ligne", confiait-il en juillet.
Entre les deux hommes, pas de cadavre dans le placard. Ni haine ni ambitions présidentielles ne viendraient parasiter le scrutin. Rien à voir avec le duel Copé-Fillon de 2012. A droite, on craint surtout qu'une telle confrontation ne soit idéologiquement "caricaturale". "Ce duel ne correspond pas aux équilibres politiques, au débat qu'on doit avoir sur la ligne et au centre de gravité politique des adhérents", résume un cadre LR.
Cette crainte en cache une autre. L'issue d'un tel duel ne fait aucun doute. Le député des Alpes-Maritimes serait assuré de l'emporter face à son jeune rival. "Chronique d'une victoire annoncée", résume un ancien ministre. Plusieurs élus craignent qu'une élection d'Eric Ciotti n'ébranle l'unité d'un parti en convalescence. Avec un scénario catastrophe : une hémorragie de cadres vers Edouard Philippe.
"Candidature qui garantisse l'unité du parti"
Alors, une partie de la droite se met en quête d'une troisième voie. "Il faut un président de droite avec une ligne claire et qui n'exclut pas les autres sensibilités. Nous avons besoin d'une candidature qui garantisse l'unité du parti", explique un hiérarque. Un rassembleur qui ne tomberait pas dans la mollesse. Voilà LR parti dans une chasse au trèfle à quatre feuilles. Certes, l'ex-numéro 2 Virginie Calmels a annoncé sa candidature et le libéral Othman Nasrou pourrait le faire. Le maire d'Orléans Serge Grouard est aussi en piste. Mais ces prétendants ont des chances limitées d'accéder à un second tour.
Les contempteurs d'un duel Pradié-Ciotti regardent plus haut. Deux noms reviennent avec insistance. La présidente de LR par intérim Annie Genevard n'exclut pas de se lancer. La députée du Doubs mettait en garde dès juillet contre un affrontement des lignes lors du scrutin interne. Manière habile de se poser en femme de synthèse. "Elle est clairement de droite et a une autorité bienveillante", défend un cadre. Son manque de notoriété nationale est toutefois un handicap relevé en interne.
L'option Retailleau
Mais c'est du côté du Sénat que les regards se tournent. Selon plusieurs sources, Bruno Retailleau est très tenté de se lancer. Le Vendéen multiplie les consultations avant de se décider. Jean-François Copé lui a conseillé de se présenter. "90% de chances qu'il aille", estime un conseiller.
Paradoxal Bruno Retailleau. Le héraut d'une droite conservatrice et libérale n'est pas le plus modéré des élus LR. Mais sa fonction de président du groupe LR au Sénat lui offre une image de rassembleur. "Il tient un groupe qui va du centre droit à une droite très affirmée", note le maire d'Antibes Jean Leonetti. Son ton moins rugueux est enfin un atout supplémentaire. Autre candidat potentiel : François-Xavier Bellamy. La décision du député européen dépendra en grande partie de celle de Bruno Retailleau.
Tous ont jusqu'au 3 octobre pour déposer les parrainages. Qu'importe la liste finale, le vainqueur devra cocher la case du rassemblement. Peu optimiste sur l'hypothèse d'une candidature apaisante, un maire LR résume : "A défaut d'un candidat incontestable qui fait la synthèse dès le départ, il faudra choisir un président capable d'opérer cette synthèse après son élection."
