Les Verts ont indéniablement gagné leur pari au soir du premier tour le 15 mars, réalisant dans les centres urbains des scores jamais vus pour un parti jusque-là cantonné aux seconds rôles à l'échelle locale, derrière les socialistes.
Soit en prenant la tête d'une union plus ou moins aboutie (Toulouse, Grenoble, Bordeaux, Besançon) soit en présentant une liste autonome (Lyon, Lille, Strasbourg), EELV s'est affirmée comme la force la plus dynamique à gauche, même si le PS et le PCF ont affiché une belle résistance.
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La performance a été favorisée par "une visibilité inédite des enjeux écologiques" dans la campagne, souligne une étude des enseignants-chercheurs à Sciences Po Grenoble Florent Gougou et Simon Persico pour la Fondation de l'écologie politique. Or, EELV va devoir refaire surgir ces thématiques après l'interruption de trois mois due à la crise du coronavirus, qui a donné le premier rôle aux maires sortants. Tour d'horizon des grandes villes de France où les Verts pourraient s'imposer au second tour.
Grégory Doucet favori à Lyon
Les Verts vont-ils s'emparer de la capitale des Gaules ? À Lyon, le scrutin est double, municipal et métropolitain, et le second tour oppose trois camps principaux : les écologistes alliés à la gauche et l'extrême gauche ; la coalition formée par LR et Gérard Collomb ; et des dissidents de LREM. Après son gros score sur la ville le 15 mars, sauf revirement complet des électeurs, le candidat EELV Grégory Doucet est le favori pour être le prochain maire, au point que son potentiel exécutif a déjà en partie fuité dans la presse locale.
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"Une crise sanitaire peut engendrer des réflexes conservateurs, et on a des opposants conservateurs", admet pourtant Grégory Doucet, arrivé en tête en mars dernier avec 28,5% des voix. "Il y a un vrai travail politique pour expliquer que la crise sanitaire est le symptôme d'une crise plus générale", estime-t-il.
Alors, le secrétaire national d'EELV Julien Bayou répète interview après interview que "c'est une crise écologique qui provient du vivant, et a été aggravée par les échanges en flux tendu et la rentabilité à court terme".
À Strasbourg et Bordeaux, victimes du pacte LREM-LR ?
Jeanne Barseghian, qui a largement devancé ses concurrents à Strasbourg avec près de 28%, renchérit : "Les aspirations écologiques se sont renforcées avec la crise sanitaire, la fermeture des marchés a été très mal vécue, il était difficile de se fournir en produits frais et il y a donc une envie de consommer local, bio, sain".
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Mais la crise a aussi peut-être eu cette conséquence malheureuse pour les écologistes de laisser du temps aux alliances entre la droite et LREM de se nouer, vrais obstacles dans la conquête des mairies. Jeanne Barseghian en sera peut-être la victime la plus évidente, elle qui confie le "choc" qu'a représenté le pacte, "à 15 minutes du dépôt des listes", entre Alain Fontanel (LREM) et le candidat des Républicains.
En l'absence d'une entente avec l'ancienne maire et candidate PS Catherine Trautmann, elle n'est plus clairement favorite pour l'emporter. "Il fallait tout faire pour empêcher la victoire des écologistes", peste-t-elle.
À Bordeaux, ce devait être une quadrangulaire après 73 ans d'élections de maires de droite dès le premier tour. Il n'y aura finalement que trois listes : le maire sortant LR, le Macron-compatible Nicolas Florian, a fait alliance avec le candidat En Marche Thomas Cazenave, dont la liste avait rassemblé 12,69% au premier tour. Ce n'est pas beaucoup pour un parti présidentiel, mais assez pour donner un peu d'oxygène à l'héritier d'Alain Juppé, dont la liste n'avait devancé que de 96 voix l'écologiste Pierre Hurmic allié à la gauche (34,56% contre 34,38%).
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Florian et Cazenave assurent aujourd'hui que 80% de leurs programmes se recoupaient et invoquent la crise sanitaire pour expliquer cette alliance, tandis que le Vert de 65 ans, qui siège depuis 25 ans dans l'opposition municipale, peut espérer rassembler largement des écologistes à la gauche. Mais pas toute la gauche, car le score au premier tour (11,77%) de la liste "anticapitaliste" NPA de Philippe Poutou a permis à l'ancien candidat à la présidentielle de se maintenir et même d'espérer devenir conseiller municipal, ce qui serait son premier mandat électif à 53 ans.
À Lille, la droite fait barrage
À Lille, trois candidats se sont qualifiés : Martine Aubry, maire PS depuis 2001, arrivée en tête au premier tour (29,8%) devant son allié de la mandature, l'écologiste Stéphane Baly (24,5%), et son ex-directrice de cabinet Violette Spillebout (17,5%), partie sous les couleurs du parti présidentiel.
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Alors que les Verts avaient laissé planer le doute sur leurs intentions réelles, Martine Aubry et Stéphane Baly ont finalement annoncé qu'ils ne feraient pas alliance. Selon Pierre Mathiot, directeur de l'Institut d'Etudes Politiques de Lille, ce scrutin "est probablement l'élection la moins assurée pour" Martine Aubry.
Cette dernière a reçu jeudi soir le soutien de la droite lilloise qui a appelé à faire barrage aux Verts, qualifiés de "fous furieux", d'"extrémistes" et d'"écolos marxistes". Violette Spillebout, qui a repris son poste de cadre dirigeant à la SNCF, partira seule après avoir refusé une alliance avec la droite (8,2%).
À Grenoble, Eric Piolle promis à un second mandat
Tête de la liste EELV-FI-PCF-citoyens arrivée largement en tête (46,68%) au premier tour, Éric Piolle semble promis à un second mandat consécutif dans la seule grande ville actuellement gérée par des écologistes. L'échec de toutes les tentatives de fusion de listes a acté la quadrangulaire qui devrait lui être aussi favorable qu'en 2014.
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Ses trois compétiteurs font campagne pour se placer comme le premier opposant. Deuxième lors du premier tour avec 19,81% et le soutien de LR, l'ancien maire RPR de la ville, condamné pour corruption en 1996, Alain Carignon enchaîne des "e-débats" et appelle au "vote utile". Avec ses 13,75% du premier tour, Émilie Chalas (LREM) a reçu le soutien d'Agir (la droite constructive). Ancrée du coup plus à droite de l'échiquier, elle caresse l'espoir de damer le pion à Carignon.
Enfin, le socialiste Olivier Noblecourt (13,31%), 4e au soir du premier tour, termine sa campagne avec des visio-débats malgré le refus d'alliance net et sans appel de la liste Piolle.
À Toulouse, toute la gauche derrière Antoine Maurice
Dans la ville rose, Antoine Maurice, qui avec 27,5% talonne le sortant LR Jean-Luc Moudenc, a bénéficié du ralliement du PS, du PCF et de Générations pour compléter son alliance avec LFI dans un "Archipel citoyen".
Incertitude à Marseille
À Marseille, le candidat officiel d'EELV Sébastien Barles s'est rangé derrière l'union de la gauche, portée par... l'écologiste Michèle Rubirola, arrivée en tête en mars, et qui a de sérieuses chances de renverser l'héritière de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal (LR). La liste d'Union portée par Michèle Rubirola, le Printemps marseillais, est portée par ses scores du premier tour, même dans des arrondissements bastions de la droite.
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L'issue du scrutin reste néanmoins plus incertaine que jamais dans la cité phocéenne, bastion des Républicains dirigé par Jean-Claude Gaudin depuis 25 ans. La campagne s'est affolée mi-juin, avec l'ouverture d'une enquête sur de possibles fraudes aux procurations chez Les Républicains, qui a accentué les difficultés de Martine Vassal, longtemps donnée favorite. La présidente de la métropole et du département, qui se défend d'avoir fraudé, s'emploie désormais à dissiper le doute et contre-attaque en agitant le spectre du "péril rouge".
Le nom du maire de Marseille ne sera peut-être connu qu'au "troisième tour", lorsqu'une majorité devra se dégager au conseil municipal pour l'élire. Le Rassemblement national de Stéphane Ravier, seul à avoir pu se maintenir dans tous les secteurs, et les outsiders Samia Ghali ou Bruno Gilles (dissident LR) pourraient alors jouer un rôle clé.
