Des scènes de tension extrême, de bousculades... Les images de la perquisition houleuse au siège de LFI en 2018 avaient marqué les esprits. Le sujet revient sur le devant de la scène aujourd'hui. Comme l'a révélé le Canard enchaîné mardi, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "abus de confiance" et "recel" portant sur le paiement des dommages et intérêts liés à cette perquisition.
Que reproche-t-on aux dirigeants de LFI ?
Cette enquête vise à vérifier les conditions dans lesquelles les dirigeants de LFI se sont acquittés des dommages et intérêts auxquels ils ont été condamnés en décembre dans cette affaire. Selon le Canard enchaîné, c'est spécifiquement le paiement de "26 500 euros de préjudice moral aux forces de l'ordre" par cinq responsables de LFI, dont le député Bastien Lachaud et Manuel Bompard, qui fait l'objet de vérifications car ces versements "ont été réglés avec le chéquier de La France insoumise".
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Concrètement : il s'agit de savoir si ces dommages et intérêts ont bien été payés par la France insoumise, et vérifier si cela est légal, ou si c'était aux condamnés eux-mêmes de payer. Il s'agit aussi de savoir si de l'argent public a été utilisé pour effectuer ce règlement.
Comment se défendent les Insoumis ?
"La France insoumise a fait le choix de régler ces dommages et intérêts liés à une perquisition dans ses locaux", assume l'ancien candidat à la présidentielle. "Si la partie pénale, les amendes, doivent être réglées personnellement par les justiciables, ce qui a été fait par chacune des personnes concernées, les dommages et intérêts relèvent eux du civil. Ils peuvent donc à ce titre être réglés par un tiers", justifie-t-il, citant un article du code civil qui le prouverait. Le député Adrien Quatennens avance le même argument, dans un message sur Twitter. Mais visiblement, cette interprétation de la loi n'a pas encore convaincu la justice.
"Ce n'est pas un abus de confiance, ces dommages et intérêts ont été réglés à l'issue d'une délibération de l'association LFI qui permet la prise en charge des dommages et intérêts", a de son côté assuré Me Jade Dousselin, avocate de l'eurodéputé Manuel Bompard, également visé par l'enquête.
Pour le leader des Insoumis, il ne s'agit pas moins d'une "nouvelle instrumentalisation de la justice qui semble être motivée pour alimenter des articles visant à nous intimider et à véhiculer des rumeurs infamantes". Un "canon à merde", va même jusqu'à dire son soutien, le député LFI Adrien Quatennens. "L'oligarchie et ses valets veulent salir l'opposition populaire à Macron. Ça ne marchera pas", estime quant à lui le député Bastien Lachaud. En somme, des propos dans la même ligne que le leader, qui dénonce régulièrement depuis la perquisition à LFI des procès politiques, notamment dans son dernier livre Et ainsi de suite.
Selon le député Michel Larive, sur Sud Radio, il s'agit d'une "une poursuite du harcèlement judiciaire contre les oppositions politiques". Sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon a par ailleurs reçu le soutien de sa rivale Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national : "Au-delà de nos vifs et profonds désaccords politiques, ce type de procédure sent l'acharnement à plein nez."
