Longtemps, Marseille donnait des leçons à la droite française. Ici, on savait s'unir entre l'UDF et le RPR, on savait gagner ensemble. Ce dimanche soir, Marseille est devenu le cauchemar de la droite, la ville qui va empêcher Les Républicains de crier victoire à l'échelon national pour le second tour - les bons résultats de LR dans toute la France au premier tour sont déjà loin.

Le duo qui donnait l'exemple, Jean-Claude Gaudin et Renaud Muselier, est devenu un duo infernal : le tandem s'est déchiré publiquement et violemment. Le maire sortant a dû faire face au drame de la rue d'Aubagne (l'effondrement d'immeubles provoquant huit morts) et a raté sa fin de mandat. Il n'a eu de cesse de jouer avec ses successeurs potentiels depuis des années, au point que tous ont trébuché. Martine Vassal, la candidate finalement désignée, n'a pas résisté aux divisions et aux dissidences, auxquelles se sont ajoutés des soupçons de fraude sur les procurations. Jean-Claude Gaudin s'en va en critiquant, dans sa dernière interview au Figaro (25 juin), son propre parti, LR, "qui n'aura fait que peu d'efforts pour aider" Martine Vassal. Et c'est ainsi que la ville qui, il y a à peine treize ans, plaçait Nicolas Sarkozy largement en tête au soir du premier tour de l'élection présidentielle s'est donnée à une coalition qui n'est pas venue de nulle part mais qui a surgi de manière inattendue.

Rubirola, une personnalité consensuelle mais sans expérience de l'exercice du pouvoir

Il arrive que la gauche réussisse à travailler ensemble, les gauches, qui à Paris n'ont plus grand-chose en commun mais que l'odeur de la victoire a fini par souder à Marseille. Ce ne sont pas les partis traditionnels qui ont réussi, c'est un mouvement LFI, PS, PC, écolos et autres consorts, qui a choisi à sa tête une personnalité assez consensuelle, Michèle Rubirola.

Elle avait jusque là connu surtout des défaites électorales, aux législatives de 2007 comme de 2012 et son expérience en matière d'exercice de pouvoir se résume à des fonctions de conseillère départemental des Bouches-du-Rhône depuis 2015. Les vents pour elle se sont révélés soudainement favorables, faisant souffler un air romantique sur la Canebière. Il s'agit maintenant pour ce collectif de savoir gérer, la ville comme ses propres contradictions. On saura vite ce qui des deux est le plus difficile.