"Ni dans la majorité, ni dans l'opposition, et dans la majorité et dans l'opposition." Le 5 septembre, interrogé par L'Express, Franck Riester avait la pensée complexe pour expliquer le positionnement d'Agir, le parti de la droite modérée qu'il a cofondé en 2017. Depuis ce mardi 16 octobre, il a simplifié les choses : il est le nouveau ministre de la Culture du gouvernement d'Edouard Philippe. Il remplace Françoise Nyssen, dont le passage rue de Valois aura été entravé, entre autres, par ses affaires immobilières.

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Fils d'un propriétaire de concession automobile, le quadragénaire est un spécialiste de la communication. En 2008, Jean-François Copé intègre le jeune député de Seine-et-Marne à sa commission chargée de réfléchir à l'avenir de l'audiovisuel public. En 2011, Riester est le rapporteur des projets de loi Hadopi 1 et 2. En juin dernier, dans L'Opinion, il plaidait pour une contribution universelle prenant la relève de la redevance audiovisuelle et prônait la fin, "de manière lissée dans le temps", de la publicité sur les chaînes publiques, en dehors du parrainage sportif.

Porte-parole de Sarkozy en 2012

A droite, Franck Riester a longtemps été un bon petit soldat. En 2009, il est chargé à l'UMP de diriger la campagne des européennes. Un an plus tard, il rempile pour les élections régionales. Pour la présidentielle de 2012, il est l'un des porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy. En novembre 2012, François Fillon et Jean-François Copé s'étripent pour la présidence de l'UMP. Riester soutient le second, son voisin de circonscription en Seine-et-Marne. Mais le discours conservateur, voire très droitier, de l'UMP le gêne de plus en plus. En 2013, il est le seul député UMP, avec Benoist Apparu, à voter en faveur du projet de loi sur le mariage gay. Lui-même a révélé son homosexualité en décembre 2011.

Lors de la primaire des Républicains pour la présidentielle de 2017, il soutient Bruno Le Maire, comme Thierry Solère et Sébastien Lecornu. Tous forment depuis juin 2012 la bande du Bellota-Bellota, ce restaurant espagnol où ils retrouvent Edouard Philippe, Gilles Boyer et Gérald Darmanin. Entre deux plats de charcuterie ibérique, on s'y désespère de l'état de la droite, qui achève de couler avec la candidature Fillon.

Main tendue, mais pas aligné

Lorsque Emmanuel Macron appelle Edouard Philippe à Matignon, il est de ceux qui organisent l'appel aux élus de droite à saisir la main tendue du nouveau président. Réélu en juin 2017 face à un candidat du Front national, Franck Riester est exclu des Républicains en octobre. Quelques semaines plus tard, il cofonde Agir, avec la sénatrice juppéiste Fabienne Keller.

A l'Assemblée, les députés Agir forment un groupe avec les élus UDI de Jean-Christophe Lagarde. Ensemble, ils défendent l'idée d'une droite constructive à l'égard du gouvernement. Constructifs ne veut pas dire alignés. S'il vote la confiance au gouvernement en juillet 2017 et contre la motion de censure en juillet 2018, Franck Riester s'oppose à la réforme de la formation professionnelle, notamment sur le volet apprentissage et régions.

De même, le député critique la hausse de la CSG qui, selon lui, a provoqué le ralentissement de la croissance en France. Il réclame au gouvernement une baisse de la fiscalité et un effort plus grand sur la réduction des dépenses publiques. Problème, lui et son groupe ne sont guère écoutés par une majorité large qui n'a pas besoin d'eux. Pour les européennes, Franck Riester songeait encore début septembre à former une liste autonome par rapport à la République en marche. "On a fait le choix d'être indépendant pour que nos idées soient bien défendues", disait-il alors. Et maintenant ?