Les vacances d'été ne sont pas de tout repos pour le monde du 7e art et de l'audiovisuel. Ces jours-ci, les producteurs et les géants du Net font le siège du bureau de la nouvelle ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, pour faire valoir chacun leurs arguments. Tous veulent peser sur les ultimes arbitrages concernant le montant de la nouvelle contribution dont doivent s'acquitter les plateformes vidéo pour financer la création européenne en 2021.
Si le montant de 25% de leur chiffre d'affaires réalisé en France avait été avancé par le précédent ministre, Franck Riester, plusieurs services de vidéo à la demande, dont Netflix, espèrent abaisser ce taux autour de 16%. Deux autres sujets sensibles doivent être également précisés : quelle part de cette somme sera attribuée au cinéma ou aux séries, et quelles seront les obligations pour soutenir des oeuvres indépendantes ?
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Avant l'ouverture des négociations, l'omerta règne. "Nous serons le premier pays à transposer cette directive et tout le monde nous observe, se contente de souligner Hortense de Labriffe, secrétaire générale de l'Association des producteurs indépendants. C'est un moment historique !"
Plus de 200 millions d'euros de contribution attendus en 2021
La mesure va venir donner un ballon d'oxygène à un secteur bien mal en point, après plusieurs mois de confinement. Netflix, Disney +, Amazon Prime Video, Apple TV +... plus de 200 millions d'euros devraient être injectés dans la création européenne l'an prochain, dont une partie sera affectée à des productions made in France. Une manne destinée à croître en même temps que les usages de consommation basculeront sur Internet et avec l'arrivée de nouveaux noms : Salto bientôt (TF1, France Télévisions, M6), HBO Max, Peacock (NBC) ou Hulu, peut être demain. Une bonne nouvelle, au moment où le grand argentier du secteur, le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), souffre. L'institution est affectée à double titre par la crise.
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Les rendements de la taxe sur les entrées en salle (154,4 millions d'euros en 2019) et celle sur les éditeurs et distributeurs de services de TV (492,4 millions d'euros) devraient baisser de 120 millions d'euros en 2020. La fermeture des cinémas durant les mois de confinement et la chute des recettes publicitaires du petit écran plombent les rentrées d'argent. Devant l'urgence de la situation, le CNC soutient tout de même les producteurs - grâce à un fonds d'indemnisation et de garantie de 50 millions d'euros - dont les tournages ont été reportés ou annulés en raison de l'épidémie. Mais le temps presse, l'embouteillage législatif et le remaniement combinés ralentissent tout.
"Le gouvernement n'a toujours pas mis à l'ordre du jour parlementaire la contribution des plateformes déjà approuvée par le Sénat, souligne Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. Il faudra donc attendre le mois de septembre. C'est ridicule." Un report que les géants du Net comptent bien exploiter pour avancer leurs pions.
