«Défendre les droits de l?homme, garantir la cohésion de la Nation, affirmer l?unité de la République» : réagissant aux résultats du premier tour, Jacques Chirac a adopté un langage de combat, attaquant sans prendre de gant Jean-Marie Le Pen, son adversaire du second tour.

Lionel Jospin, visiblement très touché, avait annoncé quelques minutes plus tôt qu?il «se retirerait de la vie politique après la fin de l?élection présidentielle». La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour constitue, selon lui, «un signe très inquiétant pour la France et notre démocratie». Il a appelé les socialistes et les différentes composantes de la gauche plurielle «à se mobiliser pour les législatives afin de préparer l?avenir».

«C?est une grande défaite des deux leaders de l?établissement», s?est félicité de son côté Jean-Marie Le Pen (FN) qui se dit «socialement à gauche, économiquement à droite». Les Français ont rejeté ceux «qui les ont dirigés inefficacement pendant cinq et sept ans» et «ne veulent plus que l?avenir du pays se résume en un duel entre Chirac et Jospin». Le leader du Front national a également estimé que ses chances au second tour dépendaient «du peuple français et de sa capacité à s?arracher à la pression des systèmes et à la décadence qui frappe notre pays».

Crédité d?un peu plus de 2% des voix, le président du Mouvement national républicain (MNR), Bruno Mégret, a appelé à voter pour Jean-Marie Le Pen, le «père ennemi», au second tour de l?élection présidentielle. Du siège de son QG il a demandé aux électeurs «de se mobiliser dès maintenant autour de la candidature du président du Front national pour le second tour».

A droite, on se réjouit du score obtenu par Jacques Chirac et de la déroute de la gauche plurielle. Selon Nicolas Sarkozy (RPR), la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l?élection présidentielle est «le résultat de cinq ans d?inaction de la part des socialistes et la condamnation de la naïveté de Lionel Jospin». «Jacques Chirac arrive en tête assez nettement [?], c?est une bonne nouvelle. Jacques Chirac apparaît comme la seule alternative possible et crédible au socialisme.». François Fillon (RPR) diagnostiquait, lui, que «notre système politique est aujourd?hui malade », la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour illustrant «une certaine déroute idéologique du Parti socialiste». Même s?«il n?y a pas de recul de la démocratie, Chirac est en tête». Michèle Alliot-Marie (RPR), la présidente du RPR, a considéré que «le score de Jean-Marie Le Pen, traduisait l?exaspération des Français devant l?inaction du gouvernement» et que le président sortant, en faisant campagne contre l?insécurité, avait limité le score du président du Front national.

Pour Alain Madelin (DL), «tous les éléments paraissent réunis pour qu?on retrouve une nouvelle fois une cohabitation [?], ce que je ne souhaite pas pour mon pays». «Il y a une leçon à tirer pour la droite et l?opposition: on n?a pas fait notre travail, sinon, il n?y aurait pas un tel score de Jean-Marie Le Pen».

Les leaders de la gauche plurielle sont apparus stupéfaits et abattus par l?élimination de Lionel Jospin, dès le premier tour du scrutin.

Laurent Fabius (PS) a affirmé que le premier tour de ces élections était «un véritable coup de massue». Martine Aubry, l'une des porte-parole de Lionel Jospin, s'est dite «effondrée que l'extrême droite soit au second tour» de l'élection présidentielle, en ajoutant: «C'est très dur pour notre pays». Robert Hue, le candidat communiste, qui enregistre le plus mauvais score du PCF à l?élection présidentielle, a déclaré, à propos de la présence de J.-M. Le Pen au second tour que «c?est triste pour ce grand pays démocratique qu?est la France [?], c?est une nette défaite de la gauche de gouvernement. [?] La classe politique mérite peut-être ce qui lui arrive, mais la France ne mérite pas cette régression.»

Jean Claude Gayssot (PCF) a accusé Jacques Chirac d?avoir «fait le jeu de l?extrême droite» en «axant toute sa campagne sur l?insécurité». Il a ajouté que «la responsabilité de la gauche plurielle et de ceux qui disent que la gauche et la droite, c?est pareil» était également engagée.

Noël Mamère, le candidat des Verts, a appelé «à tout faire pour battre Le Pen». Il a ajouté que «la seule voie juste est celle de la tolérance, de la fraternité et de la justice sociale». Il a appelé à voter Jacques Chirac au second tour, comme Olivier Besancenot, le candidat de la LCR.

Enfin la candidate de Lutte ouvrière, Arlette Laguiller, a déclaré que son parti «n'appellerait pas à voter Chirac au second tour».