Depuis deux semaines, il était l'homme invisible. Voici venue son heure de vérité, avec la présentation, mardi, du plan de déconfinement. Ces derniers jours, Jean Castex avait la tête sous l'eau. Celui qui, selon la formule d'un ministre, "a été nommé pour mettre un terme au bordel", a multiplié les contacts, que ce soit avec les ministres ou avec les élus - sans parvenir totalement, c'est le moins que l'on puisse dire, à rétablir l'ordre au sommet. Il participe aux réunions gouvernementales. Pour sa première apparition dans ce cénacle, le 10 avril, il indique: "Tout cela est très nouveau, mais nous ne sommes pas le seul pays à le faire, nous allons nous appuyer sur la coopération européenne pour échanger des informations."

Les responsables politiques l'accueillent favorablement. "Avec nous, cela a été fluide", se réjouit un ministre en première ligne. "Il est organisé, il sait comment fonctionne l'Etat mais aussi comment on gère une commune", note Renaud Muselier, le président des Régions de France. C'est parfois l'administration qui renâcle en voyant l'un des siens la solliciter de manière verticale. "On a l'impression qu'il fait campagne tout le temps, ce qui est bien pour un haut fonctionnaire, note un conseiller ministériel. Il faut voir maintenant si, derrière le vernis, il fait preuve d'une rigidité administrative ou pas."

Il a demandé à tous les ministères une note en deux points

Jean Castex, qui est un ami du directeur de cabinet d'Edouard Philippe, Benoît Ribadeau-Dumas, a directement appelé nombre de ministres. Il a aussi demandé une note en deux points à tous les secrétaires généraux des ministères : comment chacun a répondu à ses publics respectifs; quelles sont leurs préconisations pour l'après-11 mai.

Autant dire que ce fin connaisseur du secteur hospitalier comme de l'appareil d'Etat est cette fois vite apparu comme l'homme idoine. Il y a 18 mois, le même nom avait provoqué des hurlements dans la majorité. Il faut dire que le poste envisagé pour lui était tout autre : ministre de l'Intérieur, rien que cela.

Le 3 octobre 2018, Gérard Collomb quitte la place Beauvau. Le chef du gouvernement a une idée en tête pour le remplacer : l'ancien directeur de cabinet de Xavier Bertrand au ministère de la Santé (il a alors participé à l'élaboration du plan pandémie) puis du Travail, l'ancien conseiller aux affaires sociales de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Jean Castex. Emmanuel Macron l'a rencontré au début de son mandat élyséen, quand Castex devient délégué interministériel aux Jeux Olympiques. Mais c'est à l'automne 2018 que se joue un épisode significatif des tiraillements internes à la majorité, surtout lorsqu'il s'agit des affaires régaliennes.

Hurlements et fausses rumeurs

Dans les premiers jours d'octobre 2018, Jean Castex rencontre tous ceux qui comptent, à Matignon comme à l'Elysée. Il semble idéalement placé pour être nommé ministre de l'Intérieur, au point que le Journal du dimancheécrit son nom dans son édition du 7 octobre. Aussitôt, c'est la tempête, comme l'avait alors raconté L'Express. L'aile gauche de la macronie, notamment, pousse des hurlements, que François Bayrou ne tempère pas : un sarkozyste à Beauvau, vous n'y pensez pas ! En réalité, Castex, qu'il avait fallu pousser à accepter de succéder à Raymond Soubie, n'a pas revu Nicolas Sarkozy depuis son départ de l'Elysée en 2012...

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Peu importe, dans les coulisses du pouvoir, certains se déchaînent pour annihiler l'hypothèse de cette nomination et font circuler toutes sortes de rumeurs au sujet de Castex, comme une soi-disant appartenance à l'Opus Dei (il s'agit en fait d'une homonymie). Emmanuel Macron est obligé de reculer, alors que son choix était arrêté. Le nouveau ministre de l'Intérieur ne s'appellera pas Cast...ex, mais Cast...aner, Christophe de son prénom.

En avril 2019, Castex est finalement nommé à la présidence de l'Agence nationale du Sport. Le 15 mars 2020, il est réélu maire de Prades (Pyrénées-Orientales) avec plus de 75% de suffrages au premier tour, soit cinq points de plus que pour l'élection précédente : il entame donc son troisième mandat à la tête de cette commune de 6000 habitants. Avec l'étiquette Les Républicains.

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